Jeudi 24 janvier 2008 à 18h
Jennifer JOHNSTON
Rencontre exceptionnelle
avec l’une des figures majeures
de la littérature contemporaine irlandaise
En partenariat avec Lettres du monde
Née à Dublin en 1930, Jennifer Johnston vit aujourd’hui à Derry. Fille d’une actrice et du dramaturge Denis Johnson, auteure de pièces de théâtre elle-même et de nombreux romans, son œuvre, publiée à partir de 1972, est traduite dans de nombreux pays. L’histoire politique et culturelle de l’Irlande est très présente dans ses ouvrages (Les Ombres sur la peau, Une Histoire irlandaise, Un Homme sur la plage, Le Sanctuaire des fous) qui sont aussi, et parfois surtout (Un Noël blanc), de bouleversants portraits de femmes et des mélodrames magnifiques. « Dans ses livres, écrivait Anthony Burgess, toute la tristesse de l’Irlande semble se concentrer en faisceaux subtils et teintés d’humour où l’on chercherait en vain une once de sentimentalisme. Son art est unique et touche à la perfection. »
Ses romans les plus récents sont Petite musique des adieux (Belfond 2003 ; 10/18, 2004), Ceci n’est pas un roman (Belfond, 2004 ; 10/18, 2007) et De grâce et de vérité (Belfond, 2007).
« J’entends dans ma tête des voix qui me dictent ce que je vais écrire. Je suis incapable de planifier mon travail de manière précise. Je m’assois à ma table et j’écoute. Ce n’est pas facile, mais c’est ainsi que j’écris. ». Jennifer Johnston
À propos de De grâce et de vérité
Quand une actrice part à la recherche de ses secrets de famille.
Portrait d’une femme entre espoir et pardon, par Jennifer Johnston.
Il y a beau temps que l’Irlande comme paradis des baba-cool, la « verte Erin » de L’Homme tranquille et d’Un taxi mauve, a laissé la place - en littérature, tout au moins - à une Irlande sombre, violente (qu’on pense au Trépasseur, d’Eoin McNamee, ou aux romans de Robert McLiam Wilson), un pays de secrets enfouis, de haines, d’obscurantisme. On songe bien sûr aux belles nouvelles de Colum McCann (Ailleurs, en ce pays), mais aussi à l’oeuvre imposante d’Edna O’Brien, grande dame de la littérature irlandaise. Moins connue chez nous, Jennifer Johnston (née en 1930) explore les mêmes troubles territoires, avec un goût marqué pour les portraits de femme. Découverte en France par Maurice Nadeau, qui publia en 1977 son premier roman, Princes et Capitaines, dans sa prestigieuse collection des « Lettres nouvelles », elle a suivi un parcours discret, jalonné de près d’une quinzaine de titres chez quatre ou cinq éditeurs différents. Elle semble avoir trouvé un havre chez Belfond, qui publie aujourd’hui un troisième livre d’elle.
Avec De grâce et de vérité, les amateurs retrouvent Jennifer Johnston telle qu’en elle-même : une écriture discrète, un goût du récit décanté, bref, réduit à l’os, une peinture subtile des mouvements de l’âme féminine. On comprend qu’elle ait été comparée à Jean Rhys, ou à Katherine Mansfield.
Sa nouvelle héroïne, Sally, a trente-cinq ans. Elle est actrice de théâtre - comme l’étaient la mère de Jennifer Johnston et la romancière elle-même avant de se consacrer à l’écriture -, elle aime Shakespeare, Beckett, sa maison et Charly, son mari. Mais voilà qu’au retour d’une tournée triomphale avec Le Baladin du monde occidental, de Synge, Charly lui annonce qu’il la quitte. Et Sally, soudain, s’effondre, comprend qu’elle est seule - d’autant plus que sa mère s’est suicidée, encore jeune, trois ans plus tôt et que la jeune femme ne sait qui est son père. L’unique famille qui lui reste est son grand-père, qu’elle a vu deux fois dans sa vie : cet évêque anglican vit seul avec sa gouvernante et rédige ses mémoires. Le vieil homme se montre tout d’abord très rétif à l’idée de recevoir sa petite-fille, et celle-ci devra forcer sa porte plusieurs fois avant qu’il n’accepte d’échanger avec elle plus que de rapides et froides banalités… L’évêque finira par se confier
De grâce et de vérité est un roman secret, mystérieux, d’apparence anodine, qui tire sa force de cette banalité assumée, chape rassurante destinée à empêcher que ne s’en échappent des effluves de violence. Lorsque l’évêque acceptera de se confier, c’est tout un pays, avec son passé, ses haines, ses rancoeurs, qui se révélera. L’écriture de Jennifer Johnston est de plus en plus sèche, squelettique, et d’autant plus forte.
Christophe Mercier , Le Figaro.fr,
De grâce et de vérité de Jennifer Johnston traduit de l’anglais par Anne Damour Belfond.

À propos de Petite musique des adieux
Jennifer Johnston, pilier des lettres irlandaises, réussit une oeuvre superbe. Son héroïne, drôle et sensible, secoue le cocotier des convenances, entre dans le lard de tous ceux qui l’empêchent d’avancer, s’accroche à la vie comme à un arbre plein d’épines. … Remarquable entomologiste des sentiments, Jennifer Johnston excelle à composer des héros cabossés, des personnages en crise, agrippés comme ils peuvent à ce qui leur reste de vie.
Christine Ferniot, Télérama
Jennifer Johnson signe un texte enlevé et intimiste – une exploration des petits riens de la vie, gestes du quotidien à réapprendre après les bouleversements de la vie. Tout y est traité sur le mode du fugace, et saisit joliment les amitiés et les relations brèves qui permettent de renaître. »
Clémence Boulouque, le Figaro littéraire.
Petite musique des adieux de Jennifer Johnston, traduit de l’anglais par Anne Damour, Belfond.

Rencontre animée par Maïalen Lafite, professeure de lettres à l’Université Michel de Montaigne - Bordeaux 3.
Traduit de l’anglais par Patricia Barbe-Girault.