La partita

La partita

d’Alberto Ongaro

Ed. Anacharsis . 20 euros.

Lorsqu’il revient chez lui après un an d’exil, le jeune et riche Francesco Sacredo trouve Venise bien changée… La lagune est prise dans les glaces, et il ne reste plus rien de sa fortune : son père a tout perdu à la table de jeu face à une redoutable comtesse borgne, Mathilde von Wallenstein. Pour tenter de récupérer ses biens, il ne dispose pas d’autre mise que… lui-même. Perdant à nouveau, il s’échappe de la salle de jeu. Mais la comtesse n’est pas du genre à renoncer à ses gains !
Ami et scénariste d’Hugo Pratt, Alberto Ungaro est une sorte d’Alexandre Dumas égaré au XXIe siècle. Son talent de conteur éclate dans un premier chapitre éblouissant – à tous les sens du terme ! – où la Venise de Turner se couvre de glace et de neige comme si Breughel était passé par là. Puis vient une course-poursuite haletante à travers cette pittoresque Italie encore morcelée par les principautés et les duchés rivaux. Si le roman d’aventure classique n’est jamais loin, avec son comptant de chevauchées et de spadassins, La Partita cousine aussi avec la chronique libertine façon Casanova : les jeunes filles croisées par Francesco sont loin d’être les plus laides… et les plus farouches ! Mais toute cette cavalcade d’émotions et de plaisirs se teinte progressivement d’une nuance plus sombre et plus « moderne », car le héros, ainsi impétueux soit-il, n’ignore pas les subtilités du jeu d’échec ; et dans la partie grandeur nature qu’il livre pour sauver sa vie, Francesco tente inlassablement de prévoir le prochain coup de son adversaire. Cela tourne à la paranoïa, à tel point que bientôt le lecteur ne sait plus sur quel pied danser ! Les dernières pages de ce roman ébouriffant en prennent une tournure presque kafkaïenne. Œuvre ambitieuse, servie par un style brillant et chamarré, La partita conjugue le plaisir immédiat de l’aventure avec celui, plus subtil et peut-être plus sulfureux, de la quête métaphysique.

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Les boites

Les boites

d’Istvàn Örkény

Ed. Cambourakis . 11 euros

Gyula Tôt est au front. Quoi de plus naturel, pour ses parents, que d’accueillir son supérieur hiérarchique le temps d’une permission ? Dans l’espoir d’améliorer le sort de Gyula, la famille Töt va se mettre en quatre pour favoriser le repos de ce commandant insomniaque, un peu fragile des nerfs, et atteint de quelques bizarres symptômes compulsifs…
Non contents de rendre fous les linguistes et les imprimeurs avec leur langue atypique et leurs escouades de trémas, les Hongrois donnent aussi du fil à retordre aux historiens de la littérature… car comment répertorier des énergumènes du calibre de Dezsö Kosztolányi, Frigyes Karinthy ou Gyula Krúdy, sinon justement dans la catégorie commode des « inclassables » ? L’éditeur d’Istvàn Örkeny tente bien un rapprochement courageux avec Ionesco et Adamov – rapprochement légitime, certes, mais qui est loin de venir à bout de son originalité radicale… et c’est tant mieux ! On peut lire Les boîtes comme une farce antimilitariste d’autant plus grinçante que le pauvre Gyula Töt (le lecteur l’apprend très vite) est mort au champ d’honneur, et que toutes les avanies endurées par sa famille le sont donc en pure perte ; ou bien comme un catalogue de troubles obsessionnels compulsifs particulièrement gratinés ! Car le fameux commandant ne supporte ni le bruit ni les odeurs, passe ses nuits à fabriquer des boîtes en carton, et se croit obligé de franchir d’un bond l’ombre du transformateur du village comme si c’était une tranchée… Nous n’en dirons pas plus du calvaire enduré par le brave pompier Töt, sa femme sa fille : apprenez simplement qu’il se retrouvera avec une lampe de poche allumée dans la bouche et que, même caché sous le lit du curé ou enfermé dans les latrines, il ne pourra échapper à la fureur maniaco-dépressive de l’officier, jusqu’à ce qu’une légitime vengeance…

Petite perle loufoque et drolatique, Les boîtes nous donne l’occasion de rendre hommage au travail d’orfèvre des éditions Cambourakis. En ces temps où tout le monde publie tout et n’importe quoi, du manuel d’informatique au livre-bain, en passant par les mémoires de tel ou tel has been de la chansonnette et le thriller estampillé « meilleur livre de la semaine ! » par Michael Connelly ou Dan Brown, quel plaisir de voir des gens qui creusent patiemment – et obstinément – le sillon d’une littérature à nulle autre pareille !

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Jardiniers d’Avant-Garde

Jardiniers d’Avant-Garde

de Tim Richardson

Ed. Actes Sud . 39 euros


Jardiniers d’Avant-Garde présente les cinquante architectes paysagistes ou cabinets contemporains les plus novateurs et passionnants à travers le monde, esquissant le travail de chacun d’entre eux au moyen de textes, de photographies et de plans. Des essais thématiques explorent les principes qui sous-tendent ces approches extrêmement personnelles, et expliquent le façon dont la nouvelle génération a rejeté la tradition naturaliste du paysagisme occidental pour se tourner vers les influences du modernisme, du postmodernisme, du pop art et du land art.

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Le petit livre du compost

Le petit livre du compost

Ed. Larousse . 4,90 euros

Le compost évoque encore pour vous une chose un peu répugnante cachée dans un coin du jardin à l’abri des regards ?

Voilà un petit livre original, à la fois sérieux et ludique, qui célèbre joyeusement le compost dans “tous ses états”.

Secrets de fabrication, tours de main, recettes… plusieurs menus vous sont proposés, comme en cuisine, du “Sushi Spécial” au “Pudding vapeur à la Californienne” ou au “Cocktail de consoude”.

Pour chacune des recettes, budget, ingrédients, matériel et temps de préparation sont indiqués, y compris le profil des “invités” (verres de terre, micro-organismes… qui fabriquent le compost).

A table, les plantes !

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Le plaisir du diable

Le plaisir du diable

de Jacques Gélat

Ed. Corti . 17 euros.

L’ombre d’un doute

Sonia tient une galerie à Paris. Son patron Van Holl lui confie la vente d’un magnifique tableau peint par un petit maître hollandais du XVIIe, et représentant deux musiciennes. Sonia tombe aussitôt sous le charme, mais un curieux soupçon l’assaille simultanément : et si Les musiciennes était un faux ?

Jacques Gélat est un auteur rare, aux deux sens du terme. D’abord, loin d’encombrer les librairies comme certains romanciers stakhanovistes, il publie tous les trois ou quatre ans un petit joyau longuement médité et peaufiné. Ensuite, il creuse un sillon singulier qui l’apparente à la grande tradition française du fantastique et de l’insolite, et le rend de ce fait inclassable dans le contexte de la littérature actuelle. Voici deux raisons suffisantes pour saluer la réédition, chez José Corti, de son premier roman qui avait disparu depuis longtemps de nos étalages.

La fascination de Sonia relève du fameux « syndrome de Stendhal » (d’ailleurs évoqué dans le roman), mais elle se double d’une lancinante inquiétude quant à l’authenticité du tableau. C’est ce doute diabolique qui sert de fil conducteur au roman de Jacques Gélat dont la structure évoque une partie d’échec. Plongée dans « l’univers impitoyable » des collectionneurs, Le plaisir du diable est aussi, et surtout, une réflexion vertigineuse sur l’illusion artistique. La tension savamment orchestrée du récit se résout dans une apothéose digne de Eyes wide shut de Kubrick : un bal masqué où les musiciennes du tableau prennent chair tandis que les personnages « réels » se dissolvent dans les pièges de la fiction.
Comme La couleur inconnue, du même auteur, Le plaisir du diable a toutes les qualités pour devenir un de ces livres dont le culte, réservé tout d’abord à un petit cénacle de dévots, s’élargit peu à peu grâce à ce mystérieux agent littéraire que l’on nomme « bouche-à-oreille »…

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Bruno Doucey

5 02 2009


Jeudi 5 février de 18h à 20h

Echanges autour de la poésie…

En présence de Gabriel Okoundji et

BRUNO DOUCEY
directeur éditorial
des éditions Seghers

Bruno Doucey est né le 3 mai 1961 à Saint Claude, dans le Jura. Après des études de lettres à Lyon et un mémoire de maîtrise sur le thème de « la vitre dans la poésie contemporaine », il passe le CAPES de lettres modernes et enseigne le français au lycée, en collège et à l’IUFM.
Les affectations professionnelles l’entraînent successivement dans le massif Central, à Nice, en Normandie, puis en Champagne-Ardenne où il séjournera pendant une quinzaine d’années. Parallèlement, il se consacre à l’écriture entreprenant, presque malgré lui, une carrière d’auteur d’ouvrages à caractère pédagogique, principalement aux éditions Hatier, Nathan et Retz. Après avoir publié des études critiques sur l’œuvre de Modiano, Ponge, Le Clézio, Marivaux, il écrit une biographie romancée de Moïse pour les enfants, rédige deux anthologies de poésie aux éditions Gallimard (La Poésie engagée et La Poésie lyrique) et s’engage dans l’élaboration d’un vaste projet collectif : Le Livre des déserts (éditions Robert Laffont, coll. « Bouquins », 2006) qui témoigne de son goût des voyages et de l’intérêt qu’il porte aux régions désertiques.
Entre-temps il quitte l’Éducation Nationale pour prendre la direction éditoriale des Éditions Seghers avec l’objectif de donner un avenir au passé. Son expérience de l’enseignement et sa passion de la poésie feront l’objet d’un essai publié aux éditions Entrelacs en 2007 : Le Prof et le poèteÀ l’école de la poésie. Il a récemment confié à des éditeurs indépendants le soin de publier des textes qui lui tiennent à cœur : Poèmes au secret (Le Nouvel Athanor, 2006), La Cité de sable (Rhubarbe, 2007), recueil de nouvelles, et Agadez (Transbordeurs, 2007), premier titre d’une collection de guides géo-poétiques consacré aux Touaregs du nord Niger. Il vient enfin de consacrer un court roman au chanteur chilien Victor Jara qui l’habite en compagnon secret depuis des années (Actes Sud Junior, coll. « Ceux qui ont dit non », 2008).
Bruno Doucey vit aujourd’hui à Paris, dans le XIXe arrondissement.

PRESENTATION DES EDITIONS SEGHERS
PAR BRUNO DOUCEY

  • Une maison d’édition née des valeurs de la Résistance et de la Libération.
  • Présentation des collections et de la politique éditoriale.
  • Quel avenir pour Seghers à l’heure du capitalisme et de la crise économique ?

A PROPOS DU TRAVAIL DE BRUNO DOUCEY

  • Du sable à la cité : rêveries poétiques et engagement d’un écrivain
  • Lecture de textes poétiques…





Livre de poche et Pocket*

*Collections Livre de poche & Pocket

2 achetés = 1 gratuit

à choisir parmi une sélection de 22 titres







Poésies de langue française

Poésies de langue française

144 poètes d’aujourd’hui autour du monde

Anthologie présentée par Stéphane Bataillon, Sylvestre Clancier

et Bruno Doucey

Ed. Seghers . 21 euros

“Le projet de publier cette anthologie est né alors que l’auteur du Cahier d’un retour au pays natal s’apprêtait à rejoindre ses anciens compagnon de route : Léon-Gontran Damas, Guy Tirolien, Léopold Sédar Senghor, Jacques Rabemananjara. Dans le chagrin du départ et le bruissement des hommages empathiques, l’idée de rassembler la grande famille des voix francophones a imposé son impérieuse évidence. Une “ceinture de mains fraternelles” se formerait devant la dépouille de Césaire. La solidarité répondrait à l’absence.”

Cette anthologie rassemble les contributions inédites de 144 poètes de langue française. Du Maghreb, d’Afrique noire, des Caraïbes, d’Amérique, de l’océan indien, du Proche et du Moyen-Orient, d’Asie ou des pays européens, tous nous ont adressé deux textes, un poème et une page de réflexion, pour que soit offerte aux lecteurs une brassée d’espérance poétique.

Trois écrivains ont mené à bien ce projet : Stéphane Bataillon, né en 1975, pour qui la poésie est l’étoile qui suit le navigateur ; Sylvestre Clancier, président du PEN club français, qui sillonne depuis longtemps l’archipel du monde francophone ; Bruno Doucey, qui s’est donné pour objectif de ramener le bateau des Editions Seghers vers la haute mer.

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Embrasures

Embrasures

-cd audio-
28 poèmes extraits du recueil Poèmes au secret, Ed. le Nouvel Athanor

de Bruno Doucey

Illustration musicale : Jean-Marie Frédéric (Hymne, Fado Bruno, New masurka, Padoudi, Improvisations)

Interprètes : Claude Aufaure, Céline Liger et Bruno Doucey
Co-édité par Sous la Lime & Le Beau Label . 21,50 euros

En compagnie de Claude Aufaure, Céline Liger et du guitariste Jean-Marie Frédéric, Bruno Doucey vous entraîne dans son univers à la rencontre de l’aurore, des “sapins persistants qui jamais ne se signent”, et des senteurs du mimosa.

Tantôt au coeur des “vallées insoumises”, “le long des chemins creux noyés sous la verdure”, tantôt au fil “des petites et grandes rivières de la vie”, c’est sans hésitation aucune que vous partagerez avec l’auteur les bonnes fortunes trop brèves mais toujours renouvelées et la douce amertume des désirs assouvis. Vous ne serez donc pas surpris si le poète, lui-même porté par une irréfragable attirance, vous invite également à le suivre “au pays de Senghor”, une main posée sur “l’épaule du temps”.

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La résistance et ses poètes

La résistance et ses poètes

(France 1940/1945)

de Pierre Seghers

Ed. Seghers . 30 euros

“J’ai hésité longtemps avant d’écrire cette histoire. Trente ans. Avec le recul, je crois aujourd’hui qu’un témoignage vécu au jour le jour peut être utile. A-t-on jusqu’ici entrepris de relever l’itinéraire des poètes de la Résistance, d’en regrouper les auteurs, de fournir à l’Histoire un travail de synthèse ? Dans le labyrinthe des réseaux, le chassé-croisé des pseudonyme, au détour des événements, des prisons au maquis, de Lyon à Alger, des camps de déportation aux clandestins, du musée de l’Homme à Poésie 40-44 et à bien d’autres, a-t-on essayé, depuis plus de trente ans, d’aller aux sources, aux motivations, de faire revivre cette époque ? Si surprenant que cela paraisse à première vue, non !

Ceux qui se pencheront sur le poésie de la Résistance trouveront ici le rappel d’un temps de misères et de sang, de férocité et de colère, de contestation et d’espoir. Au-delà de mon expérience personnelle, et pour reprendre un titre de Pablo Neruda, j’essaierai de faire entendre le “Chant général” qui fut celui de cette époque, l’écho d’une opposition viscérale, celle du chagrin et de la parole, de la mort vaincue par la volonté de vivre.”

La Résistance et ses poètes, publiée pour la première fois en 1974 aux éditions Seghers, est l’histoire, exaltante et douloureuse, d’un combat mené dans l’ombre et la clandestinité par des êtres épris de justice, de paix et de liberté.

Un livre magistral enfin réédité.

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