La Femme de midi

La Femme de midi

de Julia Franck

Ed. Flammarion . 21 euros

Allemagne, 1944. l’armée rouge vient d’envahir la ville de Stettin. Alice emmène à la gare son fils de sept ans, Peter… et l’abandonne sur le quai. Pour comprendre un geste aussi radical, il faut lire, patiemment et avidement à la fois, les 371 pages de ce roman dont l’écriture se tend peu à peu comme les fils du destin. Revivre l’enfance d’Alice - alias Hélène - entre un père invalide de guerre et une mère dont l’étrange folie affecte la maisonnée entière. S’abandonner avec elle dans la relation trouble, sensuelle, qui l’unit à sa soeur aînée Martha. Puis se perdre dans le Berlin des Années Folles, période de tous les espoirs et de toutes les craintes, où elle connaîtra coup sur coup l’amour et le mariage… mais hélas pas avec le même homme.

La Femme de midi n’est certes pas le premier livre allemand à autopsier le cadavre du nazisme ni à évoquer la Shoah, mais la manière dont il le fait, allusive, dérangeante, insistante, et le style de Julia Franck - puissamment évocateur et pourtant toujours retenu - sont en revanche inédits. Cette traversée du siècle n’a rien d’une fresque pesante. Elle ne perd jamais de vue son sujet : de destin d’une femme qui, bien que ballottée par l’histoire, reste fidèle à elle-même jusque dans ses paradoxes. Musicale sans pathos, subtile sans affection l’écriture de Julia Franck éblouit.

Ce livre exigeant et ambitieux fut un best-seller en Allemagne. Quand on le compare au top ten des ventes en France, on ne peut que faire ce constat : nos voisins d’Outre-Rhin ont meilleur goût que nous…

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Je vous raconterai

Je vous raconterai

de Alain Monnier

Ed. Flammarion . 17 euros

Rien ne semble pourvoir sauver le narrateur de ce livre. Il a tout perdu : son travail, sa maison, sa femme, sa fille, jusqu’à sa dignité ; il n’attend qu’un moment favorable pour passer à l’acte. La rencontre de l’étrange monsieur Igor va changer sa vie - ou sa mort ? Il accepte de jouer à la roulette russe devant un parterre de parieurs, et devient le protégé : celui que le revolver épargne inlassablement, contre toutes les règles de la statistique ; et c’est dans ce voisinage de la mort qu’il retrouve goût à l’existence.

S’il est un roman… percutant, c’est bien celui-là. Le jeu de mot est facile mais il est tout à fait approprié. Alain Monnier nous prend aux tripes dès les premières lignes : il ne nous lâchera plus. Fable sociale, conte noir, apologue métaphysique, son livre ne dévie jamais de sa course impérieuse, quitte à entraîner le lecteur dans cette trajectoire qui est à la fois une descente aux enfers et le récit d’une transfiguration. Le monde du protégé ressemble au nôtre, dont les dérives inhumaines, les ambiguïtés morales, les noirceurs décadentes sont simplement accusées par le tranchant de la parabole. On pense parfois au superbe Voyage au bout de l’enfer de Cimino (auquel Monnier rend d’ailleurs hommage) : le livre est digne en tout point de son pendant cinématographique. Et l’on n’est pas prêt d’oublier ce final vertigineux dans lequel le titre énigmatique, Je vous raconterai, prend tout son poids. Avec le héros, on se prend à rêver d’un monde ou rien ne serait impossible… pas même les miracles.

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Cèpes

Cèpes

de Eric Audinet et Jean-Luc Chapin

Ed. Confluences . 28 euros


Cèpes n’est pas un ouvrage de plus sur l’identification des champignons. Il raconte l’histoire de deux amateurs de forêts françaises.

La cueillette des cèpes - cette excroissance mystérieuse, bonhomme et succulente de la terre et des arbres - a été l’occasion de matinées enivrantes, de traversées de bois prometteuses, de promenades le long de rivières sauvages, d’espoirs de découvertes exceptionnelles. Dans les grandes hêtraies pyrénéennes comme dans les chênaies de la côte atlantique, dans les châtaigneraies de Dordogne, les forêts profondes de la Corrèze, sous les épicéas du plateau de Millevaches, en Auvergne ou en Ariège, la rencontre improbable de l’homme et du bolet est devenue pour nous source de vrais bonheurs. Nous avons voulu dans ce livre partager les excitations qui nous mènent à travers bois. Où trouver, comment trouver, quand trouver ?

Un travail photographique et des prises de notes de plusieurs années ont permis de mener à bien ce projet, pour tout ceux que les forêts et la nature sauvage font encore rêver.

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U-Boot

U-boot

de Robert Alexis

Ed. José Corti . 16 euros

Un sous-marin au mystérieux armement, une équipe de marins endurcis, une attaque ultime pour assurer les mille ans de règne du IIIe Reich, un archipel perdu dans l’océan atlantique…

Et non, ce n’est pas le dernier thriller mystico-historique de la rentrée. C’est le sixième roman de Robert Alexis, auteur lyonnais fidèle à la maison Corti.

Réuni à Bergen, Norvège, un équipage de sous-marin, battant pavillon à croix gammée, s’embarque pour une mission inconnue. La lente plongée du U-823 et la conduite erratique du commandant poussent cinq marins à s’isoler. Fatigués de conjecturer sur l’avenir de leur mission, ils vont se lancer tour à tour dans un récit, “que chacun dise ce qu’a été sa vie avant la guerre”. Bloqués dans un océan belliqueux, sous les rafales de mitraillettes, et enfermés dans la coque d’acier, les hommes livrent chacun une histoire intime.

Alternant les scènes de guerre et les voix des jeunes soldats, Robert Alexis nous conduit dans des univers disparates mais reliés par un même désir de dire avant de disparaître. Lorsque s’avoue l’éveil sexuel ambigu, la figure paternelle, la confrontation à la mort ou le meurtre, l’auteur montre le visage d’hommes s’échappant d’une condition humaine étouffante.

Une attaque fatale à l’engin contraint les marins à un exil forcé sur une île à l’étrange population autochtone.

Robert Alexis écrit toujours aussi précisément, enchâssant minutieusement un onirisme discret qu’il manie si bien dans une vaste trame historique au style ample et maîtrisé. Brillant.

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Cadence

Cadence

de Stéphane Velut

Ed. Christian Bourgois . 15 euros

Clap-clac, clap-clac font les bottes des soldats,

Tic-tac, tic-tac fait la petite fille.

Il y a des livres qui vous attaquent aussi sûrement qu’une bête. Ils sont rares, en tenir un entre les mains reste un événement. Les commencer est un plaisir, en sortir un arrachement. Cadence en fait partie.

Stéphane Velut livre le journal fictif, on préfère le croire, d’un artiste peintre. Berlin, 1933. A l’arrivée de Hitler au pouvoir, un peintre misanthrope n’a pas fuit l’Allemagne par désintérêt, il n’est ni sympathisant ni opposant. Les autorités lui commandent une oeuvre officielle, le portrait majestueux de la beauté et la force d’une Allemagne nouvelle, le tableau d’une petite fille blonde. Il se cloître avec son modèle dans un meublé.

Certes, il travaille pour un gouvernement pointilleux qui le harcèle par petits chefs interposés. Mais, grâce à eux, il va réaliser son oeuvre la plus poussée, son enfant. Avec l’aide d’un ami de longue date et d’une logeuse conciliante, il créera une oeuvre perverse. Le lecteur en est témoin, impuissant mais toujours tenté par la fascination pour l’imagination humaine, conscient de prendre part à une monstruosité et cachant le plaisir que l’on peut y prendre. Aux scènes étouffantes de huis-clos entre le peintre et la fillette s’entremêlent des extérieurs sur les trottoirs enneigés de Berlin.

S’affranchissant d’une période historique devenue référence littéraire, l’auteur modèle la brusquerie militaire et la violence des harangues du führer avec une précision mécanique. Il nous laisse contempler une ville et ses habitants en pleine métamorphose, une ville lourde des prémisses du IIIe Reich. Entre la torture de la petite fille et l’avènement du régime meurtrier, le lecteur n’a pas de place pour se cacher. Il assiste au malheur de l’enfant comme au stupéfiant changement de la capitale. Le lecteur croit trouver le repos lors des visites de Dora, femme belle et mystérieuse. Mais il n’en est rien.

Un livre qui bouscule et ne laisse rien en paix. Dérangeant.

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Dictionnaire amoureux du ciel et des étoiles

Dictionnaire amoureux du ciel et des étoiles

de Trinh Xuan Thuan

Ed. Plon/Fayard . 26 euros

Depuis la nuit des temps, les hommes scrutent le ciel, l’interrogent, le poétisent et le dramatisent. Tout dans l’univers change, bouge, et a une histoire. L’univers a un début, il a un présent et il aura un futur. Les étoiles sont impermanentes, elles naissent, vivent leur vie et meurent. Pas à l’échelle du temps d’une vie humaine de cent ans mais sur des millions, voire des milliards d’années.

Comment l’infiniment petit a-t-il accouché de l’infiniment grand ? Comment l’univers tout entier avec ses centaines de milliards de galaxies a-t-il jailli d’un vide microscopique ? Comment le soleil et la lune sont-ils apparus ? Nous sommes tous des poussières d’étoiles, nous sommes donc des enfants du temps.

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La rafale des tambours

La rafale des tambours

de Carol Ann Lee

Ed. Quai Voltaire . 22,50 euros

Blessure de guerres

1920, le corps du Soldat Inconnu est mis à terre à l’abbaye de Westminster à Londres. La guerre est terminée mais elle n’a pas livré tous ses secrets…

Passionnante saga romanesque, puissante réflexion sur les rouages de la guerre, témoignage historique saisissant, La Rafale des tambours constitue, à n’en pas douter, l’une des oeuvres les plus riches de cette rentrée littéraire. Carol Ann Lee entrecroise avec subtilité le destin de trois personnages, tous impliqués de près dans le terrible quotidien des tranchées : Alex Dyer, le narrateur, correspondant de guerre pour un journal londonien, Ted Eden, son meilleur ami, officier dans l’infanterie, et Clare, la jeune épouse de ce dernier, infirmière affectée dans un hôpital militaire. Les deux hommes sont liés par un sentiment quasi fraternel, jusqu’au jour où Alex et Clare succombent à l’attirance qu’ils éprouvent l’un envers l’autre. A l’horreur de la guerre s’ajoute dès lors le poids du secret, les affres de la trahison, et leur crise de conscience se fond peu à peu dans l’Histoire. Car derrière cette passion tumultueuse, aux allures de tragédie classique, se déroule inexorablement le fil d’un conflit dont l’insoutenable violence imprègne chaque page du roman. La lutte change de visage selon la voix narrative : combattre la censure, combattre les soldats adverses, combattre de désespoir des blessés, mais plus que tout combattre ses propres démons et vaincre sa culpabilité. Car au-delà de sa remarquable rigueur historique, une véritable dimension littéraire émane de ce roman, dont le style impeccable et la dramaturgie soignée, entraînent le lecteur vers un final éblouissant. Carol Ann Lee a su maîtriser son sujet de bout en bout sans jamais succomber aux sirènes du pathos pour nous livrer un premier roman d’une étonnante maturité.

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Contrebande

Contrebande

de Enrique Serpa

Ed. Zulma . 20 euros

Dans les bas-fonds de La Havane

Il aura fallu patienter plus de 70 ans avant que ce classique de la littérature cubaine fasse l’objet d’une traduction française. Le résultat est à la hauteur de l’attente…

Dès les premières pages, Contrebande s’impose avant tout comme un magnifique roman d’atmosphère, émaillé de métaphores d’une somptueuse justesse, et servi par une prose naturaliste qui jongle avec les genres romanesques pour mieux s’en affranchir. Serpa transpose littéralement son lecteur dans le bas-fonds de La Havane, au coeur de cette misère cubaine des années trente, une île grisée par les vapeurs de rhum, les volutes des cigares et le parfum lourd des prostitués. Il esquisse avec subtilité cet univers opaque et sulfureux où l’aventure semble encore possible mais où l’aventure semble encore mais où chacun doit cependant lutter pour subsister au quotidien. Car si la fièvre révolutionnaire n’a pas encore embrasé l’île, le grondement populaire ne cesse de s’amplifier, en particulier chez les pêcheurs, qui doivent faire face à un effondement progressif mais inexorable du cours du poisson.

La prohibition américaine offrant des perspectives plus lucratives, le narrateur décide d’utiliser l’une de ses goélettes pour acheminer illégalement une cargaison de rhum, périlleuse opération dont les préparatifs et l’accomplissement constitueront la toile de fond narrative. Mais notre armateur s’improvise contrebandier sans réellement en avoir l’étoffe : lâche, couard, hypocrite et mythomane, ce dernier vit dans l’ombre de Requin, son capitaine de bord - un baroudeur, pirate à ses heures, mais homme d’honneur avant tout - respecté et vénéré par la totalité de l’équipage. Entre les deux hommes se noue dès lors une relation de rivalité complexe, teinté de jalousie compulsive et d’indifférence condescendante, dont Serpa imprègne chaque page pour la plus grande jubilation du lecteur. Stylistiquement à mi-chemin entre Conrad et Stevenson Contrebande élabore un univers narratif magnétique qui vagabonde des comptoirs poisseux de La Havane aux étendues océanes, entre récit d’aventure aux accents initiatiques et roman socio-historique ; une très belle alchimie littéraire dont l’intensité ne saurait laisser indifférent.

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Forum des Arts & de la Culture

Forum des Arts & de la Culture

www.talence.fr/vivre-a-talence/culture/forum-des-arts-de-la-culture.html






Lire en poche 2009

Lire en poche 2009

2, 3 et 4 octobre 2009 Gradignan

www.lireenpoche.fr






MINI

Mini

Icon of style

de Alessandro Sannia

Ed. Tectum . 9,99 euros

Dessinée en 1959 pour Morris par Sir Alec Issigonis, la Mini Minor est très vite devenue un objet culte. Son style, son agilité et sa grande maniabilité l’ont rendue imbattable dans la circulation urbaine. Dans la foulée, sa version sport, la Mini Cooper, a remporté une poignée de trophées dans les rallyes comme celui de Monte-Carlo.

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