Petit-déjeuner littéraire

26 09 2009

Samedi 26 septembre de 10h à 12h

Petit-déjeuner littéraire

A l’occasion de notre petit-déjeuner littéraire, nous aurons le plaisir de recevoir l’écrivain ALAIN MONNIER, pour une présentation de son dernier roman paru chez Flammarion, Je vous raconterai.

Rien ne semble pourvoir sauver le narrateur de ce livre. Il a tout perdu : son travail, sa maison, sa femme, sa fille, jusqu’à sa dignité ; il n’attend qu’un moment favorable pour passer à l’acte. La rencontre de l’étrange monsieur Igor va changer sa vie - ou sa mort ? Il accepte de jouer à la roulette russe devant un parterre de parieurs, et devient le protégé : celui que le revolver épargne inlassablement, contre toutes les règles de la statistique ; et c’est dans ce voisinage de la mort qu’il retrouve goût à l’existence.

S’il est un roman… percutant, c’est bien celui-là. Le jeu de mot est facile mais il est tout à fait approprié. Alain Monnier nous prend aux tripes dès les premières lignes : il ne nous lâchera plus. Fable sociale, conte noir, apologie métaphysique, son livre ne dévie jamais de sa course impérieuse, quitte à entraîner le lecteur dans cette trajectoire qui est à la fois une descente aux enfers et le récit d’une transfiguration. Le monde du protégé ressemble au nôtre, dont les dérives inhumaines, les ambiguïtés morales, les noirceurs décadentes sont simplement accusées par le tranchant de la parabole. On pense parfois au superbe Voyage au bout de l’enfer de Cimino (auquel Monnier rend d’ailleurs hommage) : le livre est digne en tout point de son pendant cinématographique. Et l’on n’est pas prêt d’oublier ce final vertigineux dans lequel le titre énigmatique, Je vous raconterai, prend tout son poids. Avec le héros, on se prend à rêver d’un monde ou rien ne serait impossible… pas même les miracles.






Antone

L’album est en écoute gratuite sur : http://www.myspace.com/antonemyocean

Album vendu 5 Euros (+ Frais  de port), Points de vente :

Guitarshop, 540 Cours de la libération, 33400 Talence

05 57 96 94 64 - www.guitarshop.fr - contact@guitarshop.fr

Librairie Georges, 300 Cours de la libération, 33400 Talence

05 56 04 68 00 - www.librairiegeorges.com - librairiegeorges@wanadoo.fr

Rock & Chanson AREMA Rock School - 181 Rue François Boucher, 33400
Talence 05 57 35 32 30 - www.rocketchanson.com - info@rocketchanson.com

Drums & Co - 42 Rue de la Croix de Seguey, 33000 Bordeaux
05.56.48.06.27 - www.drumsandco.fr - drumsandco@wanadoo.fr

Guitarshop Label
http://www.myspace.com/guitarshop






André Comte-Sponville

21 09 2009

Lundi 21 septembre / 14h à Bordeaux Ecole de Management

André Comte-Sponville

Inscription : www.forum-events.com

Vente des livres assurée sur place par la Librairie Georges.






Le voyageur sans commerce

Le voyageur sans commerce

de Charles Dickens

Ed. L’Arbre Vengeur . 13 euros

Il aura bientôt deux cent ans mais il se porte comme un charme. Sa sainte indignation face à l’injustice est plus que jamais salutaire. Son style foisonnant et baroque n’a pas pris une ride, ses métamorphoses bizarroïdes nous enchantent toujours (saluons au passage le travail de la traductrice Catherine Delavallade) ses visions macabres nous dressent encore le poil. Bref, Charles Dickens, doyen de cette rentrée littéraire, en est aussi à bien des égards l’une des principales attractions. Permettons-nous un petit cocorico : c’est grâce à un éditeur talenço-bordelais que Le voyageur sans commerce, inexplicablement resté inédit en français, voit enfin le jour après cent cinquante ans de purgatoire, dans une éditions très élégante agrémentée de belles illustrations de David Prudhomme. A l’origine de ce recueil, une série d’articles écrits par Dickens à partir de 1860 (il a quarante-huit ans) pour son propre périodique All the year round, dans lesquels il semble renouer avec la veine désinvolte des Esquisses de Boz, son premier livre. Le voyageur sans commerce enquête dans les hospices et les prisons pour dettes, se perd dans la campagne anglaise, revisite Londres ou Paris ; mais l’auteur est maintenant au sommet de son art, et le “moteur à deux temps” de la mécanique dickensienne fonctionne ici à plein régime : d’abord l’observation - un regard acéré auquel rien n’échappe, qui traque le grotesque, le monstrueux, le dérisoire comme un scanner dévoile la tumeur. Et puis l’alchimie de l’écriture : elle amplifie, réduit, biffe, souligne, développe, et trouve un angle d’attaque insolite qui transfigure le réel sans le vider de sa substance.

Florilège de l’esprit et du style de Dickens, Le voyageur sans commerce est aussi une confession à l’intérêt autobiographique exceptionnel : le ton en est souvent intime, voire introspectif, surtout dans Dullborought Town (un Chatham à peine déguisé) où il arpente le décor de sa jeunesse enfuie, livrant sur la nostalgie de l’enfance, la fuite du temps et l’impasse de la maturité des pages quasi-proustiennes. Enfin, comme enhardi par la proximité du lecteur, il n’hésite pas à lever le voile sur ses plus secrètes obsessions dans Souvenirs de la mort. La contemplation des cadavres à la morgue parisienne lui inspire des pages stupéfiantes où compassion, méditation métaphysique et fascination morbide se mêlent, sublimées par la vigueur du style et l’intensité baroque de la poésie. Bien plus qu’une oeuvrette de circonstance ou qu’un délassement de créateur surmené, Le voyageur sans commerce est l’une des pièces maîtresses de ce puzzle gigantesque, étrange et chatoyant qui, des Esquisses de Boz jusqu’au Mystère d’Edwin Drood, constitue l’un des sommets de la littérature. Pour paraphraser Chesterton, c’est “un morceau d’une substance fluide et composée appelée : Dickens.”

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Grand homme

Grand homme

de Chloe Hooper

Ed. Christian Bourgois . 24 euros

Après le succès de son premier livre, Un vrai crime pour livre d’enfant (Bourgois, 2002), Chloe Hooper aurait pu tranquillement continuer sa carrière de romancière prodige. Mais la jeune femme aime la difficulté, et elle se penche sur un fait divers qui a défrayé la chronique en Australie en 2004 : la mort suspecte d’un Aborigène, Cameron Doomadgee, lors de sa garde à vue à Palm Island, dans le Nord du Queensland. S’inspirant de la démarche à la fois documentaire et littéraire d’un Norman Mailer, elle se rend sur les lieux, suit tous les rebondissements de l’affaire, en rencontre tous les acteurs, en pénètre toutes les zones d’ombre. Hélas, le constat est accablant. “J’avais voulu en savoir plus sur mon pays et à présent j’en avais plus, conclut-elle… j’en savais plus que ce que j’aurais voulu savoir.” Après avoir subi un quasi-génocide à la fin du XIXème siècle, les Aborigènes sont aujourd’hui encore souvent “parqués” dans des sortes de réserves qui ne veulent pas dire leur nom où, faute de travail et de reconnaissance, il s’adonne au seul plaisir que l’état australien leur dispense avec une générosité sans faille : l’alcool…

Une chose est de prendre parti pour une cause en signant des pétitions, une autre de lui consacrer presque trois ans de sa vie. De l’enquête préliminaire à l’instruction, de renvois en appels jusqu’au procès final, de Palm Island au Golfe de Carpentarie, haut lieu de la culture aborigène, Chloe Hooper fait remonter à la lumière le passé peu glorieux de son pays, dont les plaies jamais refermées infectent encore le passé. Si elle semble se perdre parfois dans l’anecdote, c’est pour mieux rebondir et atteindre l’essentiel. Parmi les Aborigènes, elle évoque des êtres lumineux qui cultivent encore la sagesse de leurs ancêtres, d’autres, plus sombres, qui remâchent leur rancoeur ou s’abandonnent au désespoir. Chez les Blancs, elle met à jour les préjugés ancrés dans une crainte instinctive ou une ignorance de l’autre. Avec mesure et honnêteté, elle cherche à cerner la personnalité complexe de Chris Hurley, le policier blanc mis en accusation, traque les responsabilités où qu’elles se trouvent et met à nu une véritable mécanique de la discrimination et du refoulement.

On a souvent comparé Grand homme au De sang froid, de Truman Capote. La jeune australienne se montre digne de son maître américain.

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Lark et Termite

Lark et Termite

de Jayne Anne Phillips

Ed. Christian Bourgois . 26 euros

Difficile de résumer un tel livre sans piétiner sa complexe et subtile mosaïque où deux époques et quatre voix s’interpénètrent. La voix de Robert Leavitt d’abord, caporal de l’armée américaine chargé de soustraire à la menace des troupes du Nord les populations civiles du sud de la Corée. Accidentellement pris pour cible par ses propres compatriotes, il se terre, blessé, dans un tunnel, et y vit ses derniers instants. La voix de Termite ensuite, neuf ans plus tard, le fils que Robert n’a jamais connu : mais s’agit-il d’une voix ou d’un flux de conscience ? Termite est un petit garçon autiste, handicapé moteur, ce qui ne l’empêche pas d’avoir une vie intérieure - en tout cas c’est la conviction de sa demi-soeur Lark - et d’éprouver une étrange fascination pour un tunnel ferroviaire qui passe près de chez lui, en Virginie-Occidentale. Et puis la voix de Lark, justement, cette lumineuse adolescente qui consacre sa vie au jeune handicapé, et parle comme on chante ; en anglais, Lark signifie alouette. La voix de Nonie, enfin, la tante qui a élevé Lark et Termite, aide le lecteur à démêler l’inextricable drame de leur famille, tandis que se dessine en creux le portrait de la grande absente : Lola, la mère des deux enfants, qui les a abandonnés tour à tour.

Jane Anne Phillips maintient miraculeusement l’équilibre entre drame psychologique, réalisme social (à travers le portrait convaincant d’une petite communauté de l’Amérique profonde), et onirisme. Sa réussite doit beaucoup au chatoyant personnage de Lark dont l’inspiration poétique et le dévouement fraternel font penser à une icône religieuse, sans toutefois oblitérer sa sensualité adolescente. Quand à Termite, qui semble enfermé dans son propre mystère, il n’en est pas moins le déchiffreur de tout un jeu de correspondances qui unissent passé et présent, morts et vivants, Corée et Virginie-Occidentale. Ce beau roman aux accents parfois faulknériens culmine avec une scène d’inondation mémorable, presque biblique. Une grande réussite.

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