Les boites
Les boites
d’Istvàn Örkény
Ed. Cambourakis . 11 euros
Gyula Tôt est au front. Quoi de plus naturel, pour ses parents, que d’accueillir son supérieur hiérarchique le temps d’une permission ? Dans l’espoir d’améliorer le sort de Gyula, la famille Töt va se mettre en quatre pour favoriser le repos de ce commandant insomniaque, un peu fragile des nerfs, et atteint de quelques bizarres symptômes compulsifs…
Non contents de rendre fous les linguistes et les imprimeurs avec leur langue atypique et leurs escouades de trémas, les Hongrois donnent aussi du fil à retordre aux historiens de la littérature… car comment répertorier des énergumènes du calibre de Dezsö Kosztolányi, Frigyes Karinthy ou Gyula Krúdy, sinon justement dans la catégorie commode des « inclassables » ? L’éditeur d’Istvàn Örkeny tente bien un rapprochement courageux avec Ionesco et Adamov – rapprochement légitime, certes, mais qui est loin de venir à bout de son originalité radicale… et c’est tant mieux ! On peut lire Les boîtes comme une farce antimilitariste d’autant plus grinçante que le pauvre Gyula Töt (le lecteur l’apprend très vite) est mort au champ d’honneur, et que toutes les avanies endurées par sa famille le sont donc en pure perte ; ou bien comme un catalogue de troubles obsessionnels compulsifs particulièrement gratinés ! Car le fameux commandant ne supporte ni le bruit ni les odeurs, passe ses nuits à fabriquer des boîtes en carton, et se croit obligé de franchir d’un bond l’ombre du transformateur du village comme si c’était une tranchée… Nous n’en dirons pas plus du calvaire enduré par le brave pompier Töt, sa femme sa fille : apprenez simplement qu’il se retrouvera avec une lampe de poche allumée dans la bouche et que, même caché sous le lit du curé ou enfermé dans les latrines, il ne pourra échapper à la fureur maniaco-dépressive de l’officier, jusqu’à ce qu’une légitime vengeance…
Petite perle loufoque et drolatique, Les boîtes nous donne l’occasion de rendre hommage au travail d’orfèvre des éditions Cambourakis. En ces temps où tout le monde publie tout et n’importe quoi, du manuel d’informatique au livre-bain, en passant par les mémoires de tel ou tel has been de la chansonnette et le thriller estampillé « meilleur livre de la semaine ! » par Michael Connelly ou Dan Brown, quel plaisir de voir des gens qui creusent patiemment – et obstinément – le sillon d’une littérature à nulle autre pareille !


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