Reflets en eau trouble

Reflets en eau trouble
Coll. Babel, éd. Actes Sud . 6,50 euros

de Joyce Carol Oates

La voiture d’un sénateur américain ambitieux et charismatique dérape et s’abîme dans un étang. À son bord, Kelly, une jeune étudiante en science politique qu’il a séduite quelques heures plus tôt. Le sénateur s’extrait de la voiture. Pas Kelly…
Avec un stupéfiant réalisme, Oates décrit minute par minute les derniers instants de Kelly, l’eau noire et vaseuse qui s’insinue peu à peu dans l’habitacle. Mais comme toujours chez l’auteur de Blonde, ce réalisme est transfiguré par une construction magistrale où sensations, souvenirs et fantasmes se mêlent. Et les valeurs de l’Amérique se noient en même temps que la jeune fille…

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Kafka sur le rivage

Kafka sur le rivage
Coll. 10X18 . 9,40 euros

de Haruki Murakami

Kafka Tamura, adolescent de quinze ans, projette de fuir son domicile de Tokyo pour échapper à la terrible prophétie oedipienne que son père a prononcée contre lui. Parallèlement, Nakata, un vieil homme victime dans sa jeunesse d’un mystérieux accident l’ayant privé d’une large partie de ses facultés intellectuelles, se voit également contraint d’abandonner sa vie de quartier routinière et sécurisante après avoir commis un meurtre dans d’étranges circonstances. Dès lors, les destinées des deux personnages vont inexorablement converger l’une vers l’autre.
Un superbe roman initiatique où le réel se teinte à chaque page d’un onirisme suave et envoûtant. Dans cette oeuvre étrange au caractère universel, la plume de Murakami nous ouvre les portes d’un ailleurs rimbaldien, où chacun pourra discerner une vérité qui lui est propre.

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Quinzinzinzili

Quinzinzinzili
Ed. Arbre vengeur . 13 euros

de Régis Messac

Publié en 1935, ce formidable roman d’anticipation revisite avec brio et originalité le thème de l’anéantissement de l’humanité. Quatre ans avant les faits, Messac élabore un scénario de conflit mondial quasi prophétique dont l’issue sera néanmoins plus tragique. Au bord de la défaite, les japonais libèrent un gaz mortel qui se répand à la surface du globe, détruisant toute forme de vie. Le narrateur accompagné d’une poignée d’enfants qui visitaient ensemble une grotte au moment des faits sont les seuls survivants. Mais de cet embryon d’humanité, nulle société nouvelle ne naîtra. Sous le regard sarcastique et détaché du narrateur, l’innocence présumée des enfants laisse place à la résurgence d’une primitivité méprisable. Verdict sans concession à l’égard du genre humain, Quinzinzinzili fascine par sa noirceur, son pessimisme et sa clairvoyance. Une réflexion puissante sur la nature de notre société doublée d’une réussite littéraire qui s’étend bien au-delà du roman de genre.

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La grande vie

La grande vie
Ed. L’arbre vengeur . 9 euros

de Jean-Pierre Martinet

Nul n’est prophète en son pays, hélas… Jean-Pierre Martinet, libournais d’origine, n’a pas droit de cité au Panthéon des « grands » écrivains aquitains. Raison de plus pour découvrir ce texte fulgurant qui contient en réduction tout son univers macabre, certes, mais aussi désopilant, et magnifié par une splendide écriture célinienne.

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L’ami Butler

L’ami Butler
Ed. Quidam . 18 euros

de Jérôme Lafargue

Avec ce premier roman, Jérôme Lafargue tisse, avec poésie, une originale histoire fraternelle.
Bien que brouillé avec lui depuis un an, Johan est à la recherche de son frère jumeau, Timon. Ce dernier, écrivain à succès, et sa femme ont disparu du village où ils venaient de s’installer. En s’enfermant dans le bureau de son frère, Johan va plonger dans ses derniers écrits, pour comprendre. L’auteur pousse ainsi ses personnages, et le lecteur avec, dans une mosaïque de récits, inventés ou vécus.
Au-delà de la simple réflexion sur la littérature, l’auteur installe le principe de fiction face à ses ambiguïtés.
Et au sortir du roman, il ne reste plus qu’à se demander si l’imaginaire peut-être réel.

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Le traducteur cleptomane

Le traducteur cleptomane
Ed. Viviane Hamy . 7 euros

de Dezsö Kosztolànyi

La nouvelle éponyme donne le ton : un traducteur névrosé ne peut s’empêcher de « voler » de l’argenterie, du cristal et des sommes d’argent… à l’intérieur du livre qu’il est en train de traduire. On apprendra aussi comme tenir une interminable conversation avec un Bulgare… sans connaître un mot de bulgare ! L’humour corrosif du grand écrivain hongrois fait merveille : il s’attaque en priorité aux petites bassesses de ses confrères écrivains… et règle son compte à « l’humanité dite civilisée ». Comme dit son préfacier, « Kosztolànyi est persuadé qu’elle ne l’est pas du tout, et l’histoire lui donnera bientôt raison ».

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Carnets du sous-sol

Carnets du sous-sol
Coll. Babel, Ed. Actes Sud . 6,50 euros

de Fédor Dostoïevski

On a beaucoup glosé sur ce monologue halluciné, qui inspira presque toute la littérature du vingtième siècle ; pourtant, près d’un siècle et demi après sa rédaction, sa violence, sa cruauté et sa lucidité giflent encore chaque nouveau lecteur en pleine face. À travers les imprécations du « héros » de cette fable de la déchéance s’expriment toutes les terreurs de l’humanité.

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Pierre de lune

Pierre de lune
Ed. Phébus . 12,04 euros

de William Wilkie Collins

Cette « pierre de lune » est un diamant fabuleux dont la possession n’attire que déboires à ses propriétaires. Le livre, lui, est tout aussi fabuleux ; mais, au contraire de la pierre, il garantit quelques heures de délices à ceux qui en font l’acquisition ! Tout y est éblouissant : le style, la composition – plusieurs narrateurs se succèdent, comme autant de facettes –, le sens du mystère et le jeu délectable des fausses pistes. Pour T. S. Eliot, c’est tout simplement « le meilleur roman policier jamais écrit en langue anglaise » ! Et Borges n’est pas loin de partager cet avis…

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La maison muette

La maison muette
Ed. Métaillié . 8 euros

de John Burnside

Quelle est la nature du langage ? Quels moyens de communication peut développer un être coupé de toute forme de parole et élevé dans un environnement d’une totale neutralité ? Déterminé à résoudre cette énigme, un homme décide de se livrer à une terrible expérience en isolant dans une cave deux nouveau-nés, ses propres enfants. Récit sombre et implacable où l’histoire personnelle du narrateur se fond dans le compte-rendu de ses observations cliniques, La Maison muette, fascine dès les premières lignes par son ambiance sourde et malsaine, qui esquive, grâce à son excellente tenue littéraire, toute forme de gratuité. Un roman époustouflant, mené de main de maître, à découvrir de toute urgence.

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La vie aux aguets

La vie aux aguets
Coll. Points, Ed. Seuil . 7,50 euros

de William Boyd

Eté 1976. Ruth Gilmartin rend visite à sa mère Sally dans son cottage de l’Oxfordshire. Mais ce jour là, cette retraitée anglaise d’ordinaire si paisible présente des signes d’anxiété et se prétend menacée par un mystérieux rôdeur. Face à l’incrédulité de sa fille, Sally décide de lui révéler son incroyable passé et sa véritable identité…
Au-delà d’un roman d’espionnage parfaitement maîtrisé, Boyd nous offre une œuvre au visage résolument humain : deux vies de femmes prises dans la toile de l’Histoire, une relation mère/fille bouleversée par l’émergence d’un secret. Une belle alchimie romanesque, talentueusement distillée.

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Le dernier paradis de Manolo

Le dernier paradis de Manolo
Ed. Christian Bourgois . 28 euros

de Allan Warner

Après l’annonce de sa maladie, Manolo se lance dans le parcours de sa ville natale et de sa vie. Sous le vernis d’une retenue toute bourgeoise, il nous présente ses amis, ses morts et ses amours. Sur le chemin du bord de mer, dans l’hôtel de ses parents, chaque lieu est prétexte à se souvenir.
De récits d’enfance en nouvelles rencontres, Manolo acceptera peut-être de comprendre et de combattre la maladie.
Allan Warner signe ici un roman sincère, illuminé d’un optimisme discret. Le récit ne cherche pas à expliquer, il se déroule au fil des pages, comme une vie traversée.

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La douce colombe est morte et Un brin de verdure

La douce colombe est morte et Un brin de verdure
Ed. Christian Bourgois . 15,24 euros

de Barbara Pym

Leonora, une femme d’âge mûr, s’éprend d’un tout jeune homme, et connaît la mélancolie de la dernière passion tandis qu’Emma, austère ethnologue spécialiste des questions urbaines, découvre l’amour là où elle l’attendait le moins : dans un village anglais stéréotypé en diable. Le talent de Barbara Pym éclate dans ces deux romans aux tonalités faussement différentes, car on y retrouve la même exploration patiente et amusé du quotidien le plus banal, et le même goût amer masqué par celui du thé et de la marmelade… La discrétion de Barbara Pym ne doit nous faire oublier que beaucoup la considèrent à juste titre comme un très grand écrivain.

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Tentative d’épuisement d’un lieu parisien

Tentative d’épuisement d’un lieu parisien
Ed. Christian Bourgois . 5 euros

de Georges Perec

Tentative d’épuisement d’un lieu parisien. Le titre est précis. Le lieu parisien, c’est la place Saint Sulpice. La tentative, c’est la description fidèle de l’activité diurne de la place, bus voitures, piétons.
Georges Perec a épuisé avec patience la vision sans cesse changeante qui se déroule derrière la vitre des cafés.
Loin de la platitude, Perec construit une poésie du constat, dans une prose logique et infatigable.
Invitation à l’attente et à la solitude, ce texte montre en peu de pages la force de transcription littéraire d’un écrivain génial.

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La vie secrète de E. Robert Pendleton

La vie secrète de E. Robert Pendleton
Ed. Christian Bourgois . 26 euros

de Michael Collins

Robert Pendleton est un professeur d’université dépressif, adepte des congés maladie. Comme il a raté sa vie, il bâcle son suicide. Adi, jeune étudiante dévouée, se précipite à son chevet. Elle déterre un roman du professeur, le Cri, et le fait publier. La reconnaissance est immédiate, les ennuis aussi. La base du roman n’est-elle pas la copie conforme d’un meurtre atroce resté non élucidé il y a des années ?
Michael Collins nous offre un joyeux mélange de genres. Il dresse un portrait acide d’une université bancale, il philosophe joyeusement sur la création, la littérature ou la gloire, il ficelle une intrigue policière avec un enquêteur sombre et implacable.
Entraînant le lecteur dans une enquête entre présent et flash-back, l’auteur réussit une œuvre solide et efficace.

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Construire un feu

Construire un feu
Ed. Phébus Libretto . 7,50 euros

de Jack London

Construire un feu est sans doute la nouvelle la plus connue de London, mais n’en finit pas d’émerveiller de nouvelles générations de lecteurs. Le combat désespéré de cet « homme » (qui n’est d’ailleurs jamais nommé) contre les éléments devient emblématique de la condition humaine. Magnifique traduction de Paul Gruyer et Louis Postif.

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