Baleine

  • Morituri

    Yasmina Khadra

    • Baleine
    • 15 Avril 1997

    De ma fenêtre, je peux voir la misère de la casbah, sa noirceur de rinçure et au bout, la méditerranée.
    Il fut un temps oú, de mon mirador de patriote zélé, il me semblait que la noblesse naissait de ces gourbis meurtris par la guerre et les déconvenues. c'était le temps oú alger avait la blancheur des colombes et des ingénuités. c'était le temps des slogans, du chauvinisme ; le temps oú le mensonge, mieux qu'un pépé mythique, savait nous conter fleurette.
    Aujourd'hui, de sous les décombres des abus, la nation retrousse ses robes sur des avortons terrifiants, et mon havre de fierté supplante en laideur la plus horrible des barbaries.

    Désormais, dans mon pays, à quelques prières du bon dieu, il y a des jours qui se lèvent uniquement pour s'en aller, et des nuits qui ne sont noires que pour s'identifier à nos consciences.

  • Pendant que les théoriciens traquent ailleurs la chimère, le bled brûle.
    Les pompiers qui se proposent d'intervenir ne sont autres que des pyromanes. Ils ont tiré la bonne carte : l'intégrisme. La confrérie était disponible, salivante de frustrations, belliqueuse, endoctrinée. Hier, elle cultivait la haine. Aujourd'hui, elle divertit. On n'apprend pas à son papa à faire des enfants. L'officialisation des partis à caractère religieux était négociée dans le but exclusif de légitimer la sédition.
    On a élevé la mouvance islamiste au rang des prophéties, puis on l'a jetée aux orties. Forcément, les floués ont pris les armes. Le mal d'abord, l'aile armée du FIS. Ensuite de GIA, le bras de fer du père. Cette guerre n'est qu'un chantier que se partage convivialement la mafia politico-financière. Quand les fondations de son empire seront enfin achevées, elle calquera des doigts et le calme reviendra comme dans un rêve.

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