Belles Lettres

  • À côté de George et de Hofmannsthal, Rilke (1875-1926) est, dans le monde germanique, le poète-phare du début du XXe siècle.
    Polyglotte, esprit cosmopolite (on se souvient de son voyage en Russie avec Lou Andréas Salomé), il fut très attaché au monde latin et spécialement à la France. Un temps secrétaire de Rodin à Paris ? il dédia à l'artiste une passionnante monographie en 1903 ?, traducteur de Paul Valéry notamment, il composa des poèmes français (Vergers) en 1926.

  • « Rien que fou, rien que poète », écrit Nietzsche dans Ainsi parlait Zarathoustra, livre IV. En France, on s'est beaucoup intéressé à la pensée, un peu à la langue, davantage aux rapports du philosophe avec la musique. La poésie en revanche n'a pas fait l'objet d'une présentation autonome et systématique, seuls les Dithyrambes pour Dionysos ont connu une meilleure fortune. Or, l'activité poétique de Nietzsche a été constante et ce mode d'écriture a toujours accompagné une activité philosophique dont les fondements philologiques sont omniprésents.
    Le but de cette édition bilingue est de restituer dans sa totalité ce vaste ensemble dont les éditions dites complètes parues à ce jour n'offrent que des versions tronquées. On a donc voulu remédier à la dispersion liée à la composition par volume ainsi qu'à la disparité des différentes versions françaises. La présente publication est au contraire l'oeuvre d'un seul responsable qui a tenu compte de la portée philosophique de la forme et du style et s'est appliqué à la plus grande précision conceptuelle possible.
    Cette édition des Poésies complètes donne accès à une vision générale et cohérente de ce vaste corpus. C'est une première mondiale appelée à coup sûr à faire date.

  • Souvent considéré à tort comme un pâle représentant du Biedermeier, Adalbert Stifter (1805-1868) a pourtant suscité les éloges de Nietzsche, Hofmannsthal, Thomas Mann et plus récemment de Kundera. Surtout connu en France pour son roman intitulé L'Arrière-saison (1857), il est aussi l'auteur de nombreuses nouvelles rassemblées sous le titre d'Études (1850). Le présent volume en propose trois : Le Sentier forestier (1844), Le Sceau des Anciens (1844) et Le Sapin aux inscriptions (1843). La première raconte l'histoire d'un homme qui semble destiné à rester un sot après avoir reçu l'influence de parents fantasques et d'un oncle qui lui donne le surnom ridicule de Tiburius, pris pour son véritable prénom. Cet homme sera transformé par un cheminement sur un simple « sentier forestier » qui le rendra à une vie meilleure en l'ouvrant à la plénitude de ce qui est. Cheminement qui passe par une union progressive à la nature. Cheminement qui culmine dans la rencontre, tout aussi inopinée, de l'amour : une jeune cueilleuse de baies achève l'éveil à la vie. La guérison morale transforme le sot en un « cadeau de Dieu », selon la promesse que portait son véritable prénom, Théodore.

  • Theodor Storm (1817-1888), écrivain le plus marquant de l'espace hanséatique (il annonce Thomas Mann), est le représentant majeur de la nouvelle, genre dans lequel l'Allemagne a affirmé sa suprématie depuis Goethe et Schiller. On lui doit une cinquantaine de récits dont Le Cavalier au cheval blanc (Der Schimmelreiter) qui lui a valu une réputation internationale.
    Les huit nouvelles qui composent ce recueil ont été publiées entre 1862 et 1881. Elles développent des thèmes sociaux (luttes contre les préjugés, condition des femmes...), abordent la question du destin individuel à travers l'hérédité, expriment souvent une angoisse existentielle proche de « l'inquiétante étrangeté » freudienne.
    L'art de Storm nouvelliste éclate dans le recours à la narration rétrospective qui fonde la psychologie sur la remémoration.

  • La publication de ce texte, fruit de la découverte fortuite d'une copie authentique du manuscrit, date de 1910/1911 seulement. Il s'agit de la première mouture des Années d'apprentissage de Wilhelm Meister. Les similitudes (personnages, situations...) sont fortes entre les deux versions. Mais La Vocation est plus proche du monde du théâtre dont elle dessine un tableau coloré, évoquant le monde des actrices et des acteurs, ses intrigues, ses affaires parfois louches. Elle offre également un panorama des formes populaires que sont les spectacles de foire, les jeux de marionnettes, les improvisations. C'est un Goethe jeune qui s'exprime ici au moment où se constitue un répertoire national nourri de Shakespeare.
    On s'est interrogé sur les raisons pour lesquelles Goethe a interrompu prématurément son récit. C'est en fait l'enfermement du protagoniste dans l'imitation d'Hamlet, ce « procrastinateur mélancolique », et la confusion de la fiction et du réel qui rendent compte de l'inaboutissement d'un projet appelé à s'accomplir à la lumière d'une anthropologie renouvelée.

  • L'histoire d'amour entre Cécile et l'ingénieur civil Gordon débute dans un cadre idyllique (les montagnes du Harz) par les premiers jours d'un été torride. C'est un coup de foudre. Cécile et Gordon se retrouveront à Berlin.
    L'idylle, non consommée, s'achève tragiquement dans les premiers jours de décembre par la mort en duel de Gordon et le suicide de l'héroïne.
    Ce roman, publié en 1887, et dont l'auteur est un descendant de huguenots, présente une image originale et fidèle du XIX e siècle allemand, avec sa singularité littéraire, sociale et politique par rapport à la France mais aussi ses points communs.
    Dans un siècle fortement misogyne, aussi bien en France qu'en Allemagne et en Autriche, Theodor Fontane valorise la femme qu'il présente en victime tant dans la haute société qui est celle de Cécile que dans les milieux populaires. Il lui confère une supériorité morale quelles que soient les fautes que la société s'acharne à lui imputer. Cette réhabilitation s'accompagne d'un jugement sans indulgence sur la société contemporaine.
    Celle-ci apparaît dans toutes ses composantes, l'aristocratie, les hauts fonctionnaires, les militaires, les pasteurs luthériens, mais aussi, plus fugitivement, les classes populaires et la grande bourgeoisie. À partir de ce tableau de la société en un lieu donné (alternativement une station climatique et Berlin), Fontane dégage une image intemporelle de l'homme, irréductible aux typologies des romans contemporains, notamment français et anglais. Ses personnages sont bons et mauvais. À la différence du roman balzacien, Fontane renonce à une typologie normative. Son réalisme aspire à la vérité psychologique, son déterminisme, qui en est tributaire, est la marque d'un destin que l'on pourrait qualifier de fatalité. Sans excès, en toute clarté, Fontane s'inscrit dans le courant pessimiste qui envahit la littérature de son siècle.

  • Aux côtés du Moine de Lewis (1795) et du Melmoth de Maturin (1820), Les Elixirs du Diable (1816) figure parmi les chefs-d'oeuvre absolus du "roman noir" de la période romantique. Pour Hoffmann, ce récit de toutes les indécences et de tous les excès - Henri Heine relève qu'il y a là "les choses les plus terribles, les plus effrayantes que puisse imaginer l'esprit humain" - n'était rien moins que le pivot secret autour duquel devait s'orienter toute son oeuvre de conteur...Texte déconcertant à coup sûr, où viennent se fondre, comme en un creuset, toutes les intuitions du Romantisme allemand.Contemporain des Tableaux nocturnes, ce roman singulier, touffu et passionnant a exercé une influence considérable sur toute la littérature de la deuxième moitié du XIXe siècle ( la première édition étrangère paraît en Angleterre, en 1824, la seconde en France, en 1829) il a fondé toute la réflexion narratologique sur le fantastique moderne, défini non pas comme une allégeance naïve au surnaturel, mais comme une poétique de l'incertain, refusant de trancher quant à la primauté de l'imaginaire ou des realia, quant à leur propriété respective pour dire la relation de l'individu au monde. Freud ne s'y est pas trompé qui, dans son essai sur Das Unheimliche, reconnaît dans les Elixirs du Diable le modèle exemplaire de la littérature de l'"inquiétante étrangeté".

  • Avec ses quelque dix pièces, qui figurent en bonne place dans le répertoire des scènes allemandes, Friedrich Schiller assume et fait fructifier un héritage multiple, légué par le modèle antique, la dramaturgie shakespearienne et les réflexions de Lessing sur l'esthétique et la pratique théâtrales.
    Moins connue que sa production dramatique, son oeuvre théorique, accessible ici dans son intégralité, n'en est pas moins essentielle pour comprendre les interrogations et les enjeux esthétiques qui la sous-tendent. Ces Ecrits sur le théâtre, à travers la grande variété de formes qui les caractérise (préfaces, avis au public, comptes rendus critiques, traités d'esthétique), dessinent le portrait d'un auteur qui, de la scène de Mannheim à celle de Weimar, a toujours fait preuve d'une connaissance intime de la pratique théâtrale dans toutes ses composantes, une connaissance dont s'est abondamment nourrie sa réflexion sur les modalités, les potentialités et les visées de l'art dramatique.
    Cette riche expérience théorique et pratique de la scène, l'homme des Lumières lucide, vigilant mais convaincu qu'est Schiller la met au service d'un art dont il fait le support, vivant et dynamique, d'une éducation esthétique de l'homme, elle-même garante d'un équilibre anthropologique et social. C'est au théâtre que Schiller confie le soin de réconcilier l'homme avec le monde et avec lui-même.

  • Texte emblématique du premier romantisme allemand, les Hymnes à la nuit de Friedrich von Hardenberg, alias Novalis, paraissent au mois d'août 1800 dans l'Athenäum. Chef-d'oeuvre incontournable de la poésie allemande, ce cycle de 6 poèmes est écrit dans le contexte de la mort de la fiancée, Sophie von Kühn. Inspiré notamment par la lecture de Roméo et Juliette de Shakespeare, Novalis célèbre les puissances de la nuit. Par leur association du vers et de la prose, leurs références habilement entremêlées au christianisme, à Edward Young, à Schiller, à Jakob Böhme, ou encore à Shakespeare, les Hymnes ont largement contribué à la réputation de la littérature romantique, et n'ont cessé d'influencer les écrivains ultérieurs.

    Les Chants spirituels sont publiés après la mort de Novalis. Certains de ces chants, très purs, ont été adoptés des églises protestantes. Par leur utilisation raffinée et ciselée des images, ils expriment toute la complexité du rapport de Novalis à la religion.

    Les Disciples à Saïs constituent le premier roman de Novalis. Non publié de son vivant, et resté inachevé, la rédaction de ce texte remonte à 1798. Ce dernier se présente comme un « roman de la nature » en deux parties. Formé à la Bergakademie de Freiberg dans les sciences naturelles, Novalis se penche très tôt sur la question de la nature. Il participe, avec Schelling, Goethe, Baader, Ritter et d'autres à l'élaboration d'une Naturphilosophie, dont la moindre énigme n'est pas - chez Novalis spécifiquement - son caractère supérieurement poétique.

    Si la traduction des textes philosophiques et scientifiques de Novalis souffre encore de lacunes importantes, le terrain poétique et romanesque est quant à lui déjà bien balisé. Toutefois, on remet ici en question le Novalis « francophile », excessivement latin, popularisé en France par Armel Guerne (1911-1980). Celui-ci souffre indubitablement d'une forme d'héroïsation et de complaisance. La langue de Novalis, en d'autres termes, y apparaît trop chargée de pathos et son caractère volontiers prosaïque se voit franchement effacé. Cette nouvelle traduction marque donc un tournant dans la compréhension de Novalis en France.

  • À travers ses trois drames dont les sujets sont empruntés à l'histoire et à la mythologie grecques, Sappho (1818), La Toison d'or (1821) et Les Vagues de la mer et de l'amour (1831), Franz Grillparzer (1791-1872) s'inscrit dans la tradition de la grande tragédie allemande (Goethe et Schiller) dont il est sans doute l'ultime héritier. Revisitant l'Antiquité avec le regard nostalgique de celui qui se voit comme « le dernier des poètes dans une époque prosaïque », il brosse trois remarquables portraits d'héroïnes mythiques (Sappho, Médée, Héro) écartelées entre une vocation sacrée et un amour profane qui tout à la fois les arrache et les rend à elles-mêmes, mais au prix de leur vie.
    Placée sous le double signe d'Éros et de Thanatos, cette expérience transgressive de la passion met à l'épreuve la relation de l'individu à l'autre, au monde et à soi.
    Franz Grillparzer, ce fils des Lumières profondément enraciné dans la culture classique et antique, explore les ressorts de cette crise d'identité avec une acuité psychologique et une sensibilité analytique qui, à maints égards, font de lui un des pionniers de la modernité viennoise.

  • Ulrich Bräker, fils d'un simple agriculteur, a découvert tardivement la lecture et l'écriture, en parallèle de son travail d'ouvrier agricole dans une nature peu généreuse. C'est à Lichtensteig qu'il accède véritablement à la lumière d'une sensibilité qu'il n'a alors de cesse de former, d'épanouir et de communiquer à ses contemporains.
    Prenant la plume, il compose avec grande application, pour lui-même et son entourage, un Journal qui attirera l'attention du pasteur de la localité, puis la présente autobiographie qui intéressera un éditeur de Zurich. Le récit de ses bonheurs et de ses malheurs éclaire le siècle d'une lumière particulière : celle d'un acharnement face à l'adversité des situations et à l'hostilité rencontrée dans le milieu le plus immédiat où l'économie du salpêtre ou celle toute nouvelle du coton s'obstine bien souvent à tromper l'ardeur des plus ingénieux.
    Cette vallée de la Thur, ouverte sur le monde, enregistre ainsi par la main d'Ulrich Bräker les moindres tressaillements planétaires, transmis à travers le miroir d'une âme d'abord vouée à la méditation religieuse puis soucieuse en priorité du bien-être de l'humanité.
    À soi-même son propre sujet, il manifeste ainsi une forme d'achèvement dans la conquête de soi face à un monde livré au désordre des passions et s'obstinant dans le refus de voir les intérêts de la communauté humaine.

  • Longtemps confiné aux scènes des collèges luthériens et jésuites, soumis aux aléas qui affectent le sort des troupes ambulantes, exposé à la concurrence des acteurs professionnels français favorisés par les cours, le théâtre peina à trouver sa place dans le système socioculturel de l'Allemagne de la modernité.
    Lessing reproche aux efforts de la génération qui le précède son formalisme esthétique et moral, en quoi il voit une caricature du modèle français.
    Le projet de « Nationaltheater » qu'il soutient à Hambourg et commente dans sa Dramaturgie (1767-1769) cherche, à travers une critique d'un répertoire qu'il ouvre à Shakespeare et Diderot, et la mise en cause des principes de base des genres comique et tragique, à dégager une voie nationale propre.
    /> Outre la proximité produite par la langue, les sujets et la sensibilité renforcée par l'illusion, Lessing prône la pitié qui universalise et la rationalité qui autonomise la scène en tant qu'institution civique.

  • Si Walter Benjamin en 1935 l'évoque comme homme allemand, c'est pour avoir su "sans gloire préserver l'honneur, sans éclat la grandeur, sans appointement la dignité".
    Malgré son effacement, Seume céda à ses amis et se plia à contrecoeur à la tâche de décrire sa vie, se jugeant seul dépositaire de son originalité. Lecteur passionné des ouvrages des Anciens, il fait de la sérénité une conquête permanente mais possible. L'époque n'est pas au lyrisme : observateur du monde, il y décèle les avatars de l'esclavagisme et de l'injustice. Puisant dans ses seules ressources morales, il s'efforce de surmonter les bouleversements personnels et ceux d'un pays où s'installe la domination napoléonienne.
    Le travail d'écriture accompagne dans l'ombre le refus d'un ordre établi inégalitaire. De l'autobiographie, écriture intime livrée au public, et ici dans sa première phase historique, s'extrait une individualité sans compromission. Prônant l'émancipation des tutelles dans la droite ligne des penseurs du XVIIIe siècle, cet esprit toujours en éveil est porté par une sensibilité aux choses les plus communes.
    Avec une ultime lettre à Wieland, dictée par une fidèle amitié, et un tout dernier récit de voyage, ces fragments d'une remémoration manifestent une foi en la seule humanité.

  • Le recul de la littérature en Allemagne au XIXe siècle au profit de la philosophie donne-t-il raison à Hegel, prophète de « la fin de l'ère artistique » ? N'y aurait-il rien entre la mort de Goethe (1832) et le renouveau des années 1880 ? Heinrich Heine s'inscrit évidemment en faux contre ce jugement péremptoire. Mais une autre oeuvre domine ce temps, celle du Souabe Eduard Mörike (1804-1875). Conteur et nouvelliste, ce dernier a été cependant surtout un très grand poète lyrique.
    Nourrie des Grecs et des Latins, inimaginable sans le siècle romantique et classique, sa langue est d'une rigueur formelle exceptionnelle. Elle dit une expérience de la vie tendue entre le proche et le lointain, le jeu et le sérieux, le matériel et le spirituel.
    En des temps prosaïques partagés entre l'attente révolutionnaire et le repli sur une médiocrité maquillée en sagesse, Mörike a tenté de réenchanter le monde par le Verbe. Loin de l'histoire idolâtrée, il a fait de l'instant l'outil d'une saisie délicate de la réalité, mariant le concret à l'onirique.
    Avec lui, la première place échoit aux sensations propres aux états transitoires. Par l'image, c'est à ces instants que s'accomplit dans l'écriture même qui la restitue l'alchimie délicate de la création poétique.

  • La présente traduction est la première à pouvoir se reposer sur le texte original de 1826 tel qu'il vient d'être réédité par Harry Fröhlich (Reclam, 2012) ainsi que sur le monumental travail d'exégèse d'Otto Eberhardt (Eichendorffs Taugenichts. Quellen und Bedeutungshintergrund, Königshausen & Neumann, 2000), qui fait un sort définitif à l'image convenue d'un texte plein de fraîcheur mais sans profondeur ni complexité.
    Ce roman fondateur apparaît dorénavant pour ce qu'il est :
    Un texte aux multiples strates et aux renvois incessants, conforme à l'écriture d'Eichendorff, en constante dérive puisqu'il s'agit de construire un texte où le déplacement correspond à une conception existentielle, la vie étant ellemême un voyage poétique, et la poésie un voyage dans la langue - créatrice d'infini dans le fini et par là-même anticipation de cet « autre pays » qu'est l'au-delà.
    Cette traduction nouvelle n'est pas simplement une nouvelle traduction, après les six déjà existantes. Elle est l'expression aboutie de principes traductologiques élaborés depuis une trentaine d'années et déjà mis en oeuvre par Philippe Forget dans les retraductions de classiques que sont La Nouvelle rêvée de Schnitzler (1991 Livre de poche, 2002), Les Passions du jeune Werther de Goethe (« La Salamandre »/imprimerie nationale, 1994), et les Tableaux nocturnes de E.T.A. Hoffmann (deux volumes, « La Salamandre »/imprimerie nationale, 1999 et 2002).

  • Vous menez là-bas le délicat combat qu'il faut, tout d'avant-garde, écrit Mallarmé en avril 1895 à Stefan George (1868-1933) pour le remercier du second tome des Blätter für die Kunst. C'est en effet après des séjours prolongés à Paris, où il avait été admis aux « mardis » du maître français, que le jeune poète allemand décide, selon les termes d'un poème ultérieur, d' « engager le combat dans sa triste patrie » pour y imposer les nouvelles idées esthétiques du symbolisme français et y susciter un «réveil» poétique, et donc « vital », comparable. C'est dans ce but qu'il fonde, avec peu de moyens et en pleine effervescence naturaliste, la revue des Feuilles pour l'Art qui paraîtra entre 1892 et 1919 et à laquelle collaboreront des auteurs comme Hugo von Hofmannsthal, Karl Wolfskehl, Ludwig Klages, Ludwig Derleth, Friedrich Gundolf et Friedrich Wolters.
    Ce livre rassemble tous les textes à dimension poétologique ou théorique parus dans les Feuilles pour l'Art ainsi que les avant-propos des Annales pour le mouvement de l'esprit, suivis d'une conférence de Friedrich Gundolf sur Stefan George prononcée en 1913. Il complète ainsi la traduction de ses Poésies complètes et permet au lecteur français de retracer l'évolution d'un mouvement de renouvellement poétique et moral qui compte sans doute parmi les plus nobles de l'humanité européenne.

  • Romantisme et genre oratoire en Allemagne Notice biographique et bibliographique Douze discours sur l'éloquence et son déclin en Allemagne I. Avant-propos II. De la conversation III. De l'art d'écouter IV. Rapport de l'éloquence à la poésie V. Du bon goût VI. De l'éloquence politique et de son déclin en Allemagne VII. De la langue et de l'écriture allemandes VIII. Du caractère moral de l'orateur et de l'éloquence de la chaire IX. De la nouvelle sorte de « littérature » chez les Allemands X. De l'éloquence de chancellerie, des affaires et de l'histoire XI. De l'influence de la religion chrétienne sur l'éloquence XII. De l'ultime objectif de ces discours sur l'éloquence
    />

  • En 1814, Goethe, alors âgé de 65 ans, vient de découvrir le Diwan du poète persan Hafiz (vers 1320-1389).
    Subjugué par la lecture de ce recueil, Goethe entreprend de composer à son tour un cycle de douze livres de poèmes dans lequel la reprise de thèmes et de motifs orientaux sert de miroir à la tradition poétique et religieuse de l'Occident. Au même moment, il se rend depuis Weimar à Francfort, sa ville natale, et visite la Rhénanie. Le voyage réel vers l'ouest sur les lieux de sa jeunesse se fait ainsi sous le signe d'un voyage de l'esprit vers l'est, d'une écriture résolument "orientalisée".
    La rencontre amoureuse avec Marianne von Willemer, de 35 ans sa cadette, rapidement sublimée en relation épistolaire, va accompagner le ressourcement du poète. Goethe adjoindra bientôt à ce cycle de poèmes des "Notes et Dissertations" destinées à ses contemporains peu au fait des civilisations orientales.
    Méditation en actes sur le dialogue interculturel, le Divan d'Orient et d'Occident est la première oeuvre littéraire majeure de langue allemande qui participe de la construction "orientaliste".

  • Joseph Fouché, portrait d'un homme politique Nouv.

    Ce volume est le deuxième des biographies historiques composées par Stefan Zweig. Comme les autres traductions en préparation (Marie-Antoinette, Marie Stuart, Magellan), il propose une traduction nouvelle et intégrale venant se substituer aux traductions incomplètes et de fidélité variable aux originaux parus depuis les années trente et reprises sans modification depuis lors.
    Le livre sur Joseph Fouché constitue de toute évidence une exception dans la série des Vies publiées par Zweig entre 1929 et 1938.
    Paru en 1929, cet ouvrage met en son centre une figure mal aimée de l'histoire de la France de la Révolution et de l'Empire, que Zweig qualifie lui-même d' « antipathique ». Par son comportement et les choix qu'il opère à divers moments historiques, Fouché eut en effet une vie qui n'eut rien d'« héroïque ». La genèse du livre est en résonance avec l'époque contemporaine, essentiellement la crise de 1929 et les effets qu'elle entraîna sur les comportements individuels et collectifs avec, pour point commun, la perte des valeurs morales et civiques.

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