Fayard

  • Il n'est pas facile de parler de Shoah. Il y a de la magie dans ce film, et la magie ne peut pas s'expliquer. Nous avons lu, après la guere, des quantités de témoignages sur les ghettos, sur les camps d'extermination; nous étions bouleversés. Mais, en voyant aujourd'hui l'extraordinaire film de Claude Lanzmann, nous nous apercevons que nous n'avons rien su. Malgré toutes nos connaissances, l'affreuse expérience restait à distance de nous. Pour la première fois, nous la vivons dans notre tête, notre coeur, notre chair. Elle devient la nôtre. Ni fiction, ni documentaire Shoah réussit cette re-création du passé avec une étonnante économie de moyens: des lieux, des voix, des visages. Le grand art de Claude Lanzmann est de faire parler les lieux, de les ressusciter à travers les voix, et, par-delà les mots, d'exprimer l'indicible par des visages.

    C'est une composition musicale qu'évoque la subtile construction de Shoah avec ses moments où culmine l'horreur, ses paisibles paysages, ses lamentos, ses plages neutres. Et l'ensemble est rythmé par le fracas presque insoutenable des trains qui roulent vers les camps.

    La construction de Claude Lanzmann n'obéit pas à un ordre chronologique, je dirais _ si on peut employer ce mot à propos d'un tel sujet _ que c'est une construction poétique.

    Jamais je n'aurais imaginé une pareille alliance de l'horreur et de la beauté. Certes, l'une ne sert pas à masquer l'autre, il ne s'agit pas d'esthétisme: au contraire, elle la met en lumière avec tant d'invention et de rigueur que nous avons conscience de contempler une grande oeuvre. Un pur chef-d'oeuvre.
    SIMONNE DE BEAUVOIR

  • " Rien ne me paraît plus nécessaire aujourd'hui que de découvrir ou redécouvrir nos paysages et nos villages en prenant le temps de le faire. Savoir retrouver les saisons, les aubes et les crépuscules, l'amitié des animaux et même des insectes, le regard d'un inconnu qui vous reconnaît sur le seuil de son rêve. La marche seule permet cela. Cheminer, musarder, s'arrêter où l'on veut, écouter, attendre, observer. Alors, chaque jour est différent du précédent, comme l'est chaque visage, chaque chemin.

    " Ce livre n'est pas un guide pédestre de la France, mais une invitation au vrai voyage, le journal d'un errant heureux, des Vosges jusqu'aux Corbières, au coeur d'un temps retrouvé. Car marcher, c'est aussi rencontrer d'autres personnes et réapprendre une autre façon de vivre. C'est découvrir notre histoire sur le grand portulan des chemins. Je ne souhaite rien d'autre, par ce livre, que de redonner le goût des herbes et des sentiers, le besoin de musarder dans l'imprévu, pour retrouver nos racines perdues dans le grand message des horizons. " J. L.

  • Christian Ranucci, 22 ans, a été guillotiné le 28 juillet 1976 à 4 h 13 dans la cour de la prison marseillaise des Baumettes.

    Etait-il coupable ou innocent?

  • Ce livre d'une exceptionnelle puissance raconte l'histoire mondiale de la diplomatie, du XVIIe siècle à nos jours.

    Pourquoi le XVIIe siècle

  • Loin de leur pays natal transformé en ghetto colonial, c'est la liberté qu'ils venaient chercher en France. L'Algérie, ils la rêvaient indépendante. Mais c'est dans les cafés-hôtels de l'exil qu'ils allaient créer les premières organisations nationalistes des années trente.

    Vint la guerre clandestine du FLN en France, combat contre les autorités françaises mais aussi lutte secrète et féroce pour le contrôle de la communauté immigrée qu'encadrait encore le Mouvement national algérien de Messali Hadj.

    1962, l'indépendance. Ecartés par le FLN, les dirigeants de sa fédération de France goûtent le fruit amer des espoirs déçus. Libre, l'Algérie devait nourrir tous ses fils et mettre fin à leur exil. Mais le destin en décide autrement: au lieu de disparaître, l'immigration s'installe.

    Ils venaient d'Algérie, ils resteront en France. Les jeunes Maghrébins des années quatre-vingt s'interrogent: comment s'intégrer dans la société française sans renier leurs racinesoe Parce qu'il fait revivre l'histoire si mal connue de la communauté algérienne en France, parce qu'il rappelle que son passé ne la rend guère sensible aux sirènes de l'intégrisme islamique, ce livre se veut une réponse à ceux qui cherchent à situer la " crise des banlieues " et les événements actuels d'Algérie dans leur vraie dimension.

    Auteur de plusieurs ouvrages sur le nationalisme algérien et la guerre d'Algérie, Benjamin Stora a notamment conçu Les Années algériennes, la série d'émissions diffusées en octobre 1991 par Antenne 2.

  • Il est entré dans la vie publique à dix-sept ans comme journaliste aux côtés de Clemenceau, en pleine affaire Dreyfus. Il fut un des ministres les plus redoutés de la IIIe République. Emprisonné sur ordre de Vichy, déporté à Buchenwald puis ramené en France et livré à la Milice, il a été assassiné dans la forêt de Fontainebleau à la veille de la libération de Paris. La vie de Georges Mandel (1885-1944) a croisé les grands événements et les heures sombres de notre siècle.

    Avec son élégance invariable, son humour glacial, ses reparties cinglantes, il a marqué la vie parlementaire de l'entre-deux-guerres et laissé un souvenir impérissable dans le Médoc où ses campagnes homériques sont demeurées légendaires. Cible désignée des antisémites, il leur opposa un mépris hautain sans jamais trahir sa blessure. Homme politique, il plaida vainement pour un renouveau du régime parlementaire. Ministre, il entreprit des réformes audacieuses, fut le précurseur de la télévision publique, puis l'organisateur d'une grande armée coloniale qui, bientôt, devait porter les couleurs de la France libre.

    Mais c'est sa lucidité sur les faiblesses de la politique extérieure française depuis 1920 qui donne une dimension prophétique à ses exhortations souvent taxées de bellicisme. Premier résistant à l'armistice de 1940, il en sera la première victime. Dès le 17 juin, le gouvernement de Pétain le fait arrêter, avant de l'abandonner, en 1942, aux autorités allemandes qui le remettront plus tard à ses assassins.

    De ce destin solitaire, pour la première fois une biographie exhaustive restitue les espérances et les incertitudes, les grandes heures et les moments tragiques, les tourments et la mémoire.

    Bertrand Favreau, avocat, ancien bâtonnier du barreau de Bordeaux, est l'auteur de Georges Mandel, un clémenciste en Gironde (1969).

  • " Le Printemps de Pékin sur la place Tiananmen et, surtout, la tuerie du 4 juin 1989 semblent marquer une si brutale coupure, qu'on serait tenté de tenir pour péripéties les événements qui les ont précédés, comme la Révolution culturelle, cette formidable poussée d'hystérie collective.

    En juillet 1973, paraissait la première édition de cet ouvrage, rapport d'enquête sur l'état de la Chine dans l'été 1971, au beau milieu de la Révolution culturelle: quelques mois pour préparer le voyage, quelques semaines pour observer, deux ans pour digérer...

    L'ouvrage restait-il encore valide, après si longtempsoe Les événements de ces dernières années sont assurément importants; mais les structures de la vie collective et de la mentalité chinoises en ont-elles été transformées en profondeuroe Ce que j'avais essayé de mettre à nu, c'étaient les ressorts fondamentaux de ce peuple et de cette révolution. Ils demeurent.

    Fallait-il donc republier ce livre en l'étatoe C'eût été possible, s'il se fût agi d'un simple récit de voyage. Toutefois, j'avais tenté d'écrire une introduction à l'intelligence de la Chine contemporaine. Pour que le livre pût encore rendre ce service, il fallait l'actualiser, sans rien toucher à son équilibre interne.

    Avouons-le, ces dernières années, la Chine nous a encore étonnés: plus semblable à elle-même de nous surprendre toujours, que de se conformer à l'image que nous nous en faisions. Elle nous interroge de nouveau, et sur elle, et sur nous. "

  • S'il fallait d'un mot résumer ce qui anima tout au long de sa vie l'action du général de Gaulle, c'est évidemment " l'indépendance nationale "; c'est elle qui le révéla aux Français et aux autres nations de 1940 à 1946, c'est elle aussi qui le guida durant les onze années où il fut de nouveau en charge des destinées de la France.

    Le présent ouvrage constitue la première étude globale sur la politique étrangère de 1958 à 1969 et porte sur tous ses aspects: aussi bien sur les conceptions géopolitiques du Général que sur ses méthodes et sur les hommes qui mirent sa politique en oeuvre; sur les questions européennes comme sur l'affrontement Est/Ouest, sur les affaires nucléaires comme sur les relations avec le tiers-monde. Maurice Vaïsse s'appuie sur le dépouillement d'archives inédites _ françaises et étrangères _, sur des centaines d'ouvrages et des dizaines d'interviews d'acteurs et de témoins. En historien, il restitue toute sa vigueur à une politique servie par une volonté inflexible et dont les Français comme les pays étrangers ne purent à l'époque _ et pour cause _ saisir la profonde cohérence.

    Maurice Vaïsse, historien des relations internationales et des questions de défense, professeur à l'université de Reims, directeur du Centre d'études d'histoire de la défense (CEHD) et président du conseil scientifique de la fondation Charles-de-Gaulle, a publié entre autres ouvrages Diplomatie et Outil militaire, 1871-1991 (1992, en collaboration), Les Relations internationales depuis 1945 (5e édition, 1996), etc.

  • En juin 1940, Pierre Mendès France, lieutenant aviateur, s'embarque à Bordeaux sur le Massilia pour suivre son unité militaire repliée au Maroc et continuer la guerre contre l'envahisseur allemand.
    Arrêté par les autorités de Vichy, il est incarcéré à la prison militaire de Clermont-Ferrand et condamné à six ans de prison, après une procédure mouvementée.
    Il s'évade le 21 juin 1941 et, après dix mois de vie clandestine en France, il s'engage dans les Forces aériennes françaises libres et effectue de nombreuses missions de bombardement avec le Groupe Lorraine.
    Cet ouvrage est le récit écrit sur le vif, en 1942, de son " voyage "freux à travers la patrie défaite, humiliée et asservie. De ce voyage _ écrit l'auteur _ j'ai rapporté quelques photographies qui sont un témoignage authentique et émouvant sur le choc du printemps de 1940 _ depuis la scène politique jusqu'aux prisons où on entasse les patriotes. C'est aussi le récit d'une évasion pittoresque, de la vie clandestine quotidienne dans " la faim et le froid " _ du réveil du pays et des débuts de la Résistance.

  • Député gaulliste à 33 ans et titulaire de plusieurs grands ministères, porte-parole du général de Gaulle pendant quelque quatre ans, Alain Peyrefitte a eu avec celui-ci, entre 1959 et 1969, trois centaines d'entretiens en tête à tête.
    Sans compter autant de Conseils des ministres, des dizaines de Conseils restreints, des rencontres avec des chefs d'Etat ou de gouvernement étrangers.
    Il a estimé qu'il était de son devoir de prendre note au jour le jour des propos tenus par le fondateur de la Vème République, pour les soustraire à l'oubli, en respectant non seulement leur teneur, mais aussi leur style et le ton des dialogues. Il s'était interdit jusqu'à présent de les publier.

    La transcription fidèle de ces notes produit un effet saisissant. Comme si le temps s'effaçait, le lecteur voit surgir, dans toute l'intensité de sa présence, un homme habité par une idée plus grande que lui.
    Nous entrons dans l'intimité du Général. Nous l'écoutons penser tout haut. C'est un de Gaulle en liberté, qui va beaucoup plus loin que dans ses textes officiels, et s'exprime avec une familiarité et une franchise surprenantes.

    Par la richesse et la diversité des révélations qu'il apporte, par le portrait intellectuel et moral qui s'en dégage, ce livre constitue un témoignage capital sur le dernier héros de notre Histoire.

  • Saviez-vous qu'en pleine Révolution française, les Anglais avaient envoyé une expédition de cinq voiliers et sept cents hommes dans l'Empire chinois, pour l'amener à " s'ouvrir " à euxoe Qu'ils entendaient, bien qu'ils ne fussent encore que huit millions, négocier fièrement d'égal à égal avec un pays qui en comptait déjà trois cent trente _ le tiers de l'humanitéoe Que la Chine, considérant qu'elle était " la seule civilisation sous le Ciel ", repoussa brutalement toutes leurs demandesoe Qu'elle traita leurs envoyés comme des prisonniers de marqueoe Qu'ils furent soumis _ de Macao à la Tartarie, à travers les rites de la Cour et les surprises de la Ville, parmi les bureaucrates célestes et les missionnaires-otages _ à un véritable voyage initiatiqueoe Que cette occasion historique fut un rendez-vous manquéoe C'est un double voyage initiatique que le lecteur fera en leur compagnie; au tréfonds de l'Empire du Milieu, enclos dans une perfection figée, mais aussi de l'Empire britannique, tendu dans son essor; vers l'identité de l'Extrême-Orient, comme vers celle de l'Extrême-Occident; vers l'essence du dirigisme et celle du libéralisme.

    La mission Macartney dans une Chine à son apogée fait retenir le heurt de deux cultures: la brillante civilisation chinoise, plus de quarante fois séculaire, et la jeune civilisation occidentale, emportée par les effets croisés des révolutions intellectuelle, scientifique, technologique, marchande, maritime, agronomique, industrielle, financière. Une seconde mission, en 1816, dirigée par lord Amherst, reçut un accueil encore plus humiliant. Pour accéder à la Chine, les Anglais décidèrent de recourir à la force: ce fut la peu honorable guerre de l'Opium. Une société raffinée s'effondrait sous le poids de son enfermement et de son immobilisme. Cet enchaînement dramatique jette une lumière nouvelle sur la double énigme du " développement " et du " sous-développement ".
    A.P.

  • " le printemps de pékin " de 1989 marque une brutale rupture: l'histoire de la chine a paru alors aux occidentaux prendre un tour odieux que peu d'entre eux imaginaient. pourtant, comment ne pas repérer dans cette tragédie-là tous les ingrédients d'une constante tragédie chinoiseoe et dans cette dernière, comment ne pas reconnaître un simple cas particulier _ mais significatif entre tous _ de l'universelle tragédie du tiers-monde?

    Cette tragédie au carré et au cube, même si elle semble sans précédent à l'observateur rapide, récapitule tous les facteurs de l'éternelle équation chinoise. sans doute ceux-ci se retrouveront-ils longtemps dans les inévitables épisodes à venir d'un drame à rebondissements, qui bouleverse tour à tour bien des pays sous-développés et, par contrecoup, la planète entière. le grand écrivain révolutionnaire lu xun, lui, ne se faisait pas d'illusions: " pour les peuples attardés, il n'y a pas de raccourcis... peuvent-ils se permettre la démocratieoe " le " printemps de pékin " a placé la chine en face des terribles problèmes qui lui restent à résoudre. lui en a-t-il donné la clef?

    Et si nous avions été victimes d'autant de désinformation à propos du drame chinois qu'à propos du drame roumain?

    Franz-olivier giesbert: " alain peyrefitte est le seul à avoir annoncé que le printemps de pékin se terminerait très mal... quand l'histoire est là, nous aussi, on doit faire preuve d'un peu plus de distance... " alain genestar: " effectivement, quand peyrefitte a dit: " attention, vous allez voir, il va les reprendre en mains ", il était tout seul, j'étais de ceux qui disaient: " il a une conception un peu xixe siècle de la chine. " " europe n° 1 (10 juin 1989)

  • Guy sorman a exploré les décombres du communisme, de léningrad à moscou, budapest, varsovie, prague, pékin et shanghai. il y a rencontré les puissants et les humbles, des intellectuels, des chefs d'entreprise, des ouvriers, des paysans; il les a interrogés pour pressentir quel monde nouveau allait surgir en europe centrale, en union soviétique et en chine.

    Contrairement à ce que l'on voudrait croire en occident, l'écroulement du " socialisme réel " ne conduit pas nécessairement à la démocratie et à l'économie de marché. ces pays sont en proie au réveil des nationalismes, à la séduction des hommes providentiels, aux illusions d'un etat fort. d'où la nécessité de leur proposer une méthode, afin que les solutions libérales l'emportent, autant que faire se peut, sur les tentations totalitaires.

    Guy sorman, 46 ans, éditeur et journaliste, est en particulier l'auteur de la solution libérale et de les vrais penseurs de notre temps.

  • " le trafic des stupéfiants menace les institutions et les économies ", vient d'admettre un rapport des nations unies. du triangle d'or à la méditerranée, du croissant d'or à l'amérique latine, les narco-profits sont souvent le nerf de guerres civiles ou de rébellions tribales. dans les pays du tiers monde, les cultures de pavot, de coca ou de cannabis sont le principal moyen de survie des minorités ethniques. en colombie, au pakistan, en birmanie, en thaïlande, les barons de la drogue tirent de formidables profits du trafic des stupéfiants. palerme, hong kong, medellin, miami, carrefours des routes de l'héroïne ou de la cocaïne, sont aujourd'hui le quartier des grandes organisations criminelles et le haut lieu du blanchiment de l'argent de la drogue...

    C'est toute cette face cachée de la production et du trafic des drogues qu'éclaire cet ouvrage, où l'on voit que si les pouvoirs publics se mobilisent pour faire la guerre à la drogue, il leur arrive aussi de fermer les yeux dès que leurs intérêts sont en cause.

    Alain labrousse est l'auteur de nombreux ouvrages sur l'amérique latine et le coauteur de coca coke.

  • Lorsque Jean-Paul II a été élu, en 1978, personne ne savait que le communisme était près de sa fin.

    Dans ces conditions, l'élection d'un pape slave, né en Pologne, était une audace dont le caractère prophétique apparaît aujourd'hui à tous les yeux.

    Depuis, l'histoire a changé brusquement de direction. L'empire totalitaire de l'Est, que l'on croyait établi pour des siècles, est entré comme spontanément dans le chaos, et ne sait où le mène son destin.

    Quel regard ce pape, qui a mérité d'être appelé " le pape des droits de l'homme ", porte-t-il aujourd'hui sur ce monde où se mêlent, en parts égales, les raisons de craindre et d'espéreroe Ce livre, qui fait suite à bien des entretiens avec Jean-Paul II, s'efforce de répondre à cette question.

  • L'horloge du communisme a sonné tous ses coups.

    Mais l'édifice de béton ne s'est pas encore écroulé.

    Et il ne faudrait pas qu'au lieu d'en sortir libérés, nous périssions écrasés sous ses décombres.

    A.s.

  • Depuis les débuts de la Ve République, l'Afrique noire a été l'objet d'une attention très particulière des hauts dirigeants français qui l'ont incluse dans leur " domaine réservé ", sous le contrôle tutélaire et direct de l'Elysée: du Secrétariat aux Affaires africaines et malgaches de Jacques Foccart, sous de Gaulle, jusqu'à ses équivalents actuels.

    Nombre d'" affaires " ont révélé, au fil des ans, le caractère trouble, aventureux et parfois compromettant des relations entre Paris et certains gouvernants de ses anciennes colonies. " Diamants ", barbouzes, mercenaires, putsches, safaris, sacres impériaux, votes des " Français de l'étranger ", affaires du S.A.C., financement des partis politiques, trafics d'influences, pots de vin et prébendes: l'accent fut alors souvent mis sur des cas de corruption, des excès de potentats locaux _ plus rarement sur les véritables intérêts en cause, les réseaux et groupes de pression, les jeux d'influences réciproques, l'intrication croissante de la politique franco-africaine des gouvernements successifs et de leurs préoccupations de politique intérieure...

    Un cas résume à lui seul toute l'ampleur et l'ambiguïté de ces relations d'" interdépendance ": le Gabon, petit émirat équatorial gorgé de pétrole et d'autres ressources stratégiques. La minutieuse enquête menée par Pierre Péan à partir de cette plaque-tournante des enjeux franco-africains révèle que certain néocolonialisme risque de n'être plus aujourd'hui à sens unique, et que la politique de Paris n'est pas à l'abri des pressions de lobbies ou de chantages aux renversements d'alliances...

    Chronique d'un quart de siècle de relations franco-africaines, ce livre ne constitue pas un mince chapitre de l'histoire secrète de la Ve République.

  • L'Histoire est tragique.
    Que ceux qui ne l'auraient pas encore compris lisent ce livre. Tous les éléments de la tragédie sont là : les traîtres, les vrais et les faux ; la politique et le cynisme des hommes politiques au nom de la raison d'Etat ou de l'ambition nationaliste ; les hommes de bonne volonté dépassés par la violence et l'enchaînement des événements ; les idéologies, les passions mais aussi le hasard ; et surtout, les véritables héros de Mohand Hamoumou, les hommes, les pauvres hommes, victimes d'un piège historique, qui ne comprennent pas ou mal ce qui leur arrive et qui souffrent.

    Il raconte l'histoire de ces " Français musulmans " qui participèrent à des titres divers à l'action de la France en Algérie.
    Lorsque furent signés les accords d'Evian, malgré les engagements pris, et après quelques semaines pendant lesquelles rien, ou presque rien ne se passa, beaucoup d'entre eux furent massacrés par les membres du FLN victorieux. Les autorités militaires françaises avaient reçu l'ordre de ne pas intervenir.

    Unanimement condamnés par l'opinion, certains officiers qui avaient engagé leur parole auprès de " leurs hommes " désobéirent au pouvoir politique au nom de leur honneur personnel et de ce qu'ils pensaient être l'honneur de la France. Ils purent rapatrier leurs anciens supplétifs et leurs familles, directement menacés de mort. Environ la moitié, à leur arrivée, furent installés dans des camps, où d'anciens sous-officiers ont longtemps fait régner un ordre quasi militaire.
    Tous ceux qu'on appelle les " harkis " et leurs enfants n'en sont pas encore sortis aujourd'hui. Régulièrement, un incident violent rappelle l'existence du drame. Puis le silence retombe.
    Avec précision, talent et pudeur, Mohand Hamoumou explique pourquoi le silence recouvre cette tragédie et le destin des harkis : silence des Français, silence des victimes.

  • De même que dans sa course le Rhône traverse le lac Léman sans s'y perdre, de même l'histoire du peuple juif traverse l'histoire du monde sans se confondre avec elle. En dépit de toutes les persécutions et de toutes les tentatives de carbonisation de la haine, ce peuple étrangement insoluble a reparu depuis quelque temps sur la terre promise à ses ancêtres, où les plus religieux de ses enfants vont et viennent par cinquante degrés à l'ombre avec le chapeau, la redingote et les bottes qui sont le prêt-à-porter du prêt-à-partir.

    " Ecoute Israël, lui dit l'auteur, tu n'as pas d'amis, tu n'en as jamais eu. A peine venais-tu de naître, il y a quatre mille ans, que tu étais déjà environné d'ennemis. " Pourquoioe Qu'est-ce donc que ce Juif, ce martyr intact qui revient périodiquement d'entre les morts pour accomplir ici-bas son indéchiffrable missionoe C'est à cette question que ce livre s'efforce de répondre.

  • Au Kosovo, tout un peuple est entré en résistance contre l'oppression serbe. Une résistance politique et civique inspirée par un intellectuel formé à l'école de la non-violence, de l'universalité des droits et de la démocratie.

    Cet homme, ancien étudiant de Roland Barthes à Paris, s'appelle Ibrahim Rugova. Il apporte la preuve qu'il n'est pas vain d'agir pour que les nationalités qui aujourd'hui se déchirent dans les Balkans acceptent demain de vivre ensemble, qu'il est possible de défendre une cause nationale sans tomber dans le piège du nationalisme.

    La question du Kosovo est mal connue en France. C'est pourtant sur la reconquête de cette région autonome de l'ex-Yougoslavie, peuplée à 90% d'Albanais, que s'est articulée la politique expansionniste du leader serbe Slobodan Milosevic dont on a vu les applications en Croatie et en Bosnie.

    Le dossier qu'on lira ici a pour ambition d'informer et de sensibiliser à une cause qui est aussi la nôtre. Car si demain la résistance non violente échoue à canaliser l'attente de tout un peuple, c'est l'ensemble de la région (Albanie, Grèce, Turquie, Macédoine) qui risque de s'embraser et de réduire en cendres, aux marches cette fois de la CEE, les valeurs auxquelles nous sommes le plus attachés.

    Entretiens réalisés et présentés par Marie-Françoise Allain et Xavier Galmiche.

  • Comment naît une idée, même incongrue, même fausse ? Pourquoi, au sortir de la guerre, se trouve-t-il un homme pour émettre un doute sur la réalité des chambres à gaz ? Et pourquoi est-ce un déporté pour fait de Résistance, un responsable fédéral de la S.F.I.O.
    De tendance pacifiste, député lors de la seconde Constituante ? Pourquoi Paul Rassinier (1906-1967) ? Comment, pourquoi ce qui n'est au départ qu'un doute se transforme-t-il peu à peu en hypothèse de travail, puis en quasi-certitude ? Se peut-il qu'une simple idée, même incongrue, même fausse, puisse bouleverser une vie ? Quelle est la part de l'idéologie, de la psychologie, voire de la manipulation dans un tel discours ? Est-il digne d'intérêt ou simplement inadmissible ? Comment se construit-il ? Sur quel malentendu ou quelle malhonnêteté ? Quelles sont ses lignes de fracture et ses lignes de fuite ? Pourquoi ce discours, à peine émis, trouve-t-il un fort écho ? Pourquoi le scandale a-t-il duré ? Qu'en reste-t-il ? Telles sont les questions que l'étude du révisionnisme - cette mise en doute radicale de la réalité du génocide juif et de son instrument, les chambres à gaz - invite à se poser.
    A toutes ces questions, Florent Brayard apporte de nombreux éléments de réponse. Chemin faisant, il fait également un sort à la prétendue scientificité de ce discours qui pourrait bien n'être, au bout du compte, que l'avatar moderne du vieil antisémitisme. Loin de ne concerner que l'histoire de ce phénomène marginal, son ouvrage apporte un éclairage nouveau sur de nombreux aspects de notre histoire contemporaine.

  • Le secret est un des moyens importants de défense d'un Etat comme la France, au même titre que la détention de l'arme absolue. Au demeurant, la Bombe n'aurait pas de raison d'être si tout le monde la possédait. D'où le secret qui a longtemps entouré sa fabrication.Le secret protège donc les intérêts vitaux de la Nation, mais il ne sert pas qu'à cela. Toute une organisation complexe s'est constituée pour protéger les différentes sortes de secrets. Les règles de ce système sont elles-mêmes tenues secrètes, bien que la loi précise depuis 1978 que l'information du citoyen soit la règle, et le secret l'exception. L'Administration a en fait rédéfini et consolidé une forteresse à l'abri de laquelle elle a loisir de fonctionner selon ses propres lois, souvent en contradiction avec la Loi.Le secret justifié par la raison d'Etat _ qui, par définition, n'a pas elle-même à être argumentée _ permet toutes les illégalités: cambriolages, écoutes téléphoniques, interconnexions d'ordinateurs, décisions arbitraires de toute nature. Le système de protection du secret est une organisation fermée de la communication à l'intérieur de l'appareil d'Etat avec de nombreux réseaux protégés: téléphones, télex, valises, radios, etc. A l'intérieur de ces réseaux ne circulent pas seulement des secrets nécessaires à la défense du pays contre les menaces externes ou intérieures, mais bien d'autres secrets moins avouables...C'est sur les rouages de cette machinerie du secret d'Etat, sur ses règles, ses hommes, ses objectifs, ses méthodes, que porte la nouvelle enquête de Pierre Péan.Pierre Péan, journaliste, est notamment l'auteur chez Fayard d'Affaires africaines (100 000 ex.) et de V (l'affaire des avions renifleurs) (40 000 ex.).

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