Presses universitaires de France (réédition numérique FeniXX)

  • En 1687 Isaac Newton a publié son plus important ouvrage : Philosophiae Naturalis Principia Mathematica. La nouveauté de l'apport newtonien est considérable : en soumettant à la seule loi de la gravitation universelle les phénomènes célestes et terrestres, Newton a unifié la physique. Les mêmes principes, les mêmes lois s'appliquent désormais à la terre comme au ciel. Le Cosmos hiérarchisé aristotélicien est définitivement détruit. Ce n'est pas tout. Par-delà ce travail conceptuel extrêmement novateur, le texte newtonien est aussi traversé par un souci d'organisation déductive qui conduit Newton, tout à la fois, à énoncer en pleine clarté les principes qui gouvernent les développements théoriques et à mettre en place les mathématiques qui rendent possibles ces développements. L'oeuvre newtonienne est l'aboutissement des travaux du XVIIe siècle et le point de départ de ce que l'on appelle aujourd'hui la mécanique rationnelle. C'est ce double aspect que cette étude vise à éclairer en analysant à la fois en quoi Newton renouvelle le travail des contemporains et en quoi aussi son ouvrage n'est, par certains aspects, qu'un écrit de la fin du XVIIe siècle.

  • La réflexion morale s'est donné un nouvel objet : l'environnement. Au début des années 70, le besoin d'une éthique environnementale a été formulé et tout un débat s'est développé sur ces problèmes : différentes tendances philosophiques s'y sont exprimées, des questions critiques ont été déterminées. L'éthique environnementale existe, comme une réflexion philosophique qui a su associer les questions morales classiques et les problèmes contemporains qui font de la nature l'objet d'un débat philosophique. Ce débat affecte plus particulièrement la communauté de langue anglaise : la crise environnementale y a été entendue comme une incitation à redéfinir les rapports de l'homme et de la nature, à ne plus voir dans celle-ci un simple réservoir de ressources, à remettre en question l'anthropocentrisme moral, à développer, donc, une nouvelle éthique. Ce livre a pour objet de présenter les principaux thèmes débattus : la question de la valeur intrinsèque, celle du bien-être animal, la conception de la communauté, celle de la wilderness, le problème du pluralisme moral.

  • Dans les romans de Dostoïevski, la philosophie est partout présente. Les personnages ruminent les questions les plus abstraites, et en discutent passionnément. Les meurtriers-théoriciens, les suicidaires par conviction, les débauchés lucides s'y côtoient, et s'interrogent sur les rapports entre religion et morale, sur notre environnement scientifique et technique ou sur le sens de la beauté. Mais la folle surabondance de ces idées entrave paradoxalement la formulation d'une philosophie de Dostoïevski. La multitude des personnages, la violence des situations dramatiques, une écriture étrange, apparemment négligée, altèrent également la clarté conceptuelle. L'oeuvre du romancier russe a marqué et fasciné de nombreux philosophes, comme Nietzsche ou Heidegger, mais les raisons de son influence n'ont pas été mises à jour. Nous nous demanderons où apparaît finalement l'unité d'une philosophie dostoïevskienne. Dans les thèmes de la liberté et du mal qui obsèdent ses personnages ? Dans une forme littéraire nouvelle, la polyphonie, entraînant une réflexion sur le double et le rapport à autrui ? Ou bien dans une présentation inédite du corps, de la parole, des idées des personnages, qui bouleverse les modèles traditionnels de compréhension de l'homme ?

  • L'histoire du concept de champ en physique, depuis son élaboration (liée à la notion d'éther) jusqu'au moment où, en 1905, Einstein l'a rendu tel qu'en lui-même, tout en posant, avec l'hypothèse des quanta de lumière, les bases de sa modification, lui conférant ainsi son sens actuel.

  • Ce qu'on nomme ici poésie (disposition et opération) est donc impliqué... partout. En tout jeu de langage - puisque c'est le jouer même du langage. Dans l'opération de penser quoi que ce soit - ou logique du penser, sont impliqués l'oxymore, la contrariété, l'allégorie, l'homologie, l'analagon, la transposition, le comme d'antidosis ou de réciprocité, la logique du un-peu... Figures qui, comme dans toute danse, se cherchent, se trouvent, se prennent par la main, s'organisent autrement, se reforment, attenantes puis disjointes, croisées, séparées, réunies... Métamorphose d'aujourd'hui, qui n'est plus réelle/réaliste, mais idéale, c'est-à-dire littérale-littéraire, dans l'idéation-écrituration appelée poétique. Et je le prouve (la pluie ; les ombres ; le progrès ; passim).

  • Comment disposer d'un pouvoir politique suffisamment dégagé de toute entrave pour pourvoir, en toutes circonstances, de la communauté des lois dont elle a besoin ? Comment instituer ce pouvoir pour que, dans le même temps, sa liberté ne se tourne pas en moyen d'oppression ? Telles sont les deux questions auxquelles le concept bodinien de souveraineté tente de répondre, sans les séparer. Parce qu'il faut un pouvoir qui ne soit jamais paralysé, c'est à une souveraineté indivisible et sans partage qu'il appartient de faire la loi et de pourvoir à son exécution. Mais parce que cette souveraineté n'existe que pour la défense de la république et de ses membres, l'arbitraire en est nécessairement exclu. En imaginant une combinaison possible entre l'efficacité du pouvoir et la garantie des sujets, l'oeuvre politique de Jean Bodin (1529-1596) se situe donc aux origines de la réflexion moderne sur le droit de l'État.

  • Le thème de la sexualité est présent dans l'oeuvre de Rousseau de façon insistante, qu'il s'agisse de donner à l'amour et à la jalousie la charge d'engendrer les premiers liens sociaux et langagiers, d'imposer à la vertu la tâche de surmonter les désirs, de justifier la domination des hommes sur les femmes, ou même de confesser impudiquement quelques manies et fantasmes érotiques. Mais ce thème paraît d'abord marginal et décoratif, lié surtout au caractère passionné et romanesque de l'auteur, voire à son exhibitionnisme morbide. L'étude présente établit, au contraire, le statut théorique de la sexualité, sa fonction explicative à l'intérieur de la philosophie de Rousseau. Il apparaît, en effet, que le philosophe conçoit une nouvelle forme de causalité à partir de la réflexion qu'il mène sur la révolution pubertaire de l'adolescent et sur la psychologie féminine, dans les Livres IV et V d'Émile. Cette nouvelle conception associe le mécanisme et le finalisme, et propose la figure d'une causalité énigmatique. Mais cette causalité nouvelle ne se borne pas à expliquer les émois du désir humain, elle concerne l'humanité dans son histoire et devient le modèle du passage de la nature à la civilité ; du coup, la misogynie rousseauiste prend une dimension inattendue, car c'est au nom de sa différence insurmontable (y compris ses vices incorrigibles) que la femme devient l'avenir de l'homme, chargée de la mission d'humaniser l'humanité.

  • Qu'est-ce qui, d'Aristote, émerge face aux questions d'aujourd'hui ? Aristote est le paradigme du phénoménologiquement correct. Car correct non seulement dans l'aisance ontologique à dire le monde comme il est : phénoménologie où les choses, les affections de l'âme et les sons de la voix coïncident naturellement. Mais correct aussi pratiquement, parce que les hommes qu'il nous dépeint vivent dans un monde commun et, y compris poétiquement et politiquement, présentable, au sens cette fois de respectable. Le livre interroge cette belle image à partir des inconsistances et des hiatus qu'Aristote, trop honnête, ne cherche jamais à cacher. Dire le monde ? Mais on s'aperçoit qu'il y a un saut entre ce qu'on sent et ce qu'on dit, entre la logique de la sensation et celle de la phrase. Parler en homme ? Mais il y a des hommes, les sophistes, les esclaves, les femmes, pour qui cela ne va pas de soi. En prenant le logos comme fil conducteur, on voit Aristote travailler à la fois avec et contre les sauts et les passages qu'autorise la langue grecque, elle qu'on dit un peu vite toujours déjà phénoménologique. Aristote permet ainsi de s'en laisser moins conter par les contes de la phénoménologie ordinaire.

  • Contre les simplifications, plus ou moins habituelles, du récit de la querelle du vide qui s'est déroulée en France de 1645 à 1648, cet ouvrage s'efforce d'en souligner le foisonnement. Il analyse aussi bien la diversité des prises de position adoptées par ses différents protagonistes, Pascal tout le premier, que les recompositions majeures qu'elle a permis d'opérer dans le champ de la philosophie. Souvent oubliée et exclue de ce récit, l'oeuvre de Gassendi a joué, en outre, et il a paru indispensable de le rappeler, un rôle déterminant dans cette entreprise de recomposition. La complexité historique du processus de constitution de la science moderne, au confluent d'une configuration sociale et d'une configuration intellectuelle spécifiques, en apparaît avec d'autant plus de force.

  • Dans quelle mesure s'éclairent mutuellement la définition de l'animal et celle de l'homme ? C'est à cette question proprement philosophique que s'attache cet ouvrage, en proposant une réflexion sur le rapport entre les discours zoologiques et anthropologiques dans la philosophie antique, de Platon jusqu'à Augustin.

  • Au centre de ce livre : la différence sexuelle dans les écrits d'Emmanuel Levinas. Différence qui hante la philosophie depuis ses débuts mais dérange les systèmes de pensée. Le féminin serait alors un nom pour ce reste qui échappe aux systèmes de pensée. L'enjeu de Levinas consistant à penser l'Autre comme irréductible au Même, il rompt avec l'apparente neutralité du sujet philosophique. Il établit corrélativement un rapport entre la femme, le féminin et l'hospitalité. À travers l'irruption du féminin, de la voix féminine dans le champ philosophique, le présent ouvrage propose une nouvelle image de la pensée. À partir de l'examen de la différence des sexes comme douce défaillance, se trouve dégagée la subjectivité au féminin qui ramène à l'immémorial. De cet examen, à la fois précis et vivant, de ses occurrences dans le texte de Levinas, émerge la trace du féminin dans l'un des textes majeurs de la philosophie contemporaine de l'altérité.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • Tous semblent courir après la vérité, mais peu l'atteignent et la saisissent (Siris, 368). Même si Berkeley, au printemps de sa vie, avait vu qu'exister c'est être perçu ou percevoir, il a dû, pour en avoir une pleine intelligence, y consacrer encore les fruits de son automne. Tôt, il s'était évertué à dissiper les ténèbres qui faisaient croire le principe extravagant ; mais des voiles s'interposaient pour en brouiller la vue. Pour les ôter, Berkeley recourt à l'idée de la Nature, raffine son analyse du langage, précise le sens métaphysique de la langue visuelle naturelle, chasse les fantômes éthérés des physiciens pour, enfin, élaborer dans la Siris une philosophie de la vie. Si l'action de Dieu s'exprime en ce monde comme lumière solaire et force de vie, elle agit dans la perception. L'oeil voit clair et vrai, grâce à quoi l'esprit peut connaître.

  • Thomas Hobbes représente sans doute la racine secrète de toutes les conceptions modernes de l'État et du Droit. Ce partisan de l'absolutisme a fondé rigoureusement la réduction de l'État à la volonté des citoyens, l'analyse des mécanismes de pouvoir, la théorie de la guerre civile et celle du consensus. S'il a pu le faire, c'est parce qu'avant de penser la politique, il élabore une réflexion sur l'homme, au noeud de la philosophie, de la science, et de la lecture de l'Écriture sainte. C'est parce que l'homme est un animal tout à fait particulier, un animal temporel, que naissent en lui le langage et la violence, l'aventure scientifique et la solution juridique.

  • La théorie de la reconnaissance est la reprise par Hegel d'un problème largement élaboré avant lui, par Kant déjà, mais surtout par Fichte. De plus les luttes pour la reconnaissance n'ont cessé de hanter notre modernité post-hégélienne et un retour aux textes de Fichte et Hegel autorise une relecture de ce thème de l'Anerkennung qui ne coupe pas ceux-ci des enjeux de notre monde contemporain.

  • S'intéresser en philosophe à un sociologue qui faisait dépendre le caractère scientifique de sa discipline du rejet de toute interrogation philosophique, n'est-ce pas une gageure ? L'oeuvre de Max Weber n'est pas, cependant, le monument de la pensée positiviste à quoi l'interprétation française a généralement voulu la réduire. Sa réflexion sur la méthodologie d'un savoir empirique de l'histoire, a pour fondement une théorie de la modernité, nourrie de la polémique avec les économistes et historiens de son temps, et dans laquelle les héritages de Marx et de Nietzsche sont consciemment assumés. Sous quelles conditions peut-on comprendre l'action des agents sociaux ? La discursivité des sciences humaines, sociologie et histoire notamment, met-elle en jeu des procédures irréductibles à celles des sciences exactes ? À ces questions toujours actuelles, l'oeuvre wébérienne propose des réponses qu'on aurait tort de croire désuètes. Avant tout, Weber nous invite à méditer le lien de la rationalité scientifique avec les structures d'un monde qui a nom : l'Occident.

  • Platon pourrait-il être considéré comme le précurseur de la grammaire philosophique - cette discipline à laquelle la philosophie analytique a donné ses titres de noblesse ? Cette question, reprise à partir de la tentative méconnue de Gilbert Ryle, dans l'horizon de la philosophie de Russell et du second Wittgenstein, est examinée ici à travers une étude minutieuse de la philosophie, du langage du Sophiste, et de ses présupposés dans le Cratyle. C'est, plus précisément, la sémantique catégoriale articulée à la théorie des idées, qui est soumise à l'examen. De la réévaluation de l'outil du langage à la signification des phrases fausses, c'est la voie d'une sémantique de l'énoncé qui s'ouvre sous la forme d'un projet catégorial. Cette relecture d'une lecture de Platon, en ses acquis et ses limites, permet aussi bien de revenir au coeur même du problème avec lequel s'explique son oeuvre : celui d'une grammaire du sens. Tout se passe comme si le philosophe grec pressentait notre distinction moderne entre forme logique et forme grammaticale du langage. Avec les genres suprêmes, il s'agit d'une logique non analytique dominée par la figure de l'Autre - ce qui ouvre la voie au mathème : question de la liaison de sens que constitue l'énoncé, par où se trouve élaboré un au-delà de la mimesis. C'est ainsi une oeuvre fondatrice de la philosophie qui est mise en débat avec des schèmes analytiques - au moyen d'une construction qui réfléchit les rapports entre l'oeuvre, la méthode de lecture et la tradition. Ainsi se trouve fixé le seuil où la fondation platonicienne peut faire retour dans la modernité philosophique.

  • La représentation, pierre de touche de l'État démocratique moderne, est-elle un concept rationnellement analysable ou le mystère constitutif du logos politique ? Une généalogie de la théorie de la représentation contenue dans le Léviathan, dont elle est la clé de voûte, telle que la propose la présente étude, s'avère un révélateur privilégié de cette question majeure. L'analyse précise des présupposés, de la structure et des conséquences de la théorie hobbienne, permet de repérer le thème de la personne fictive ou artificielle comme déterminante pour cette problématique - ce qui requiert l'examen des filiations, refontes et polémiques menées par l'artificialisme et le matérialisme. Là, se dessine le destin de l'individualisme dans la modernité politique. Une fois restitué dans la problématique qui lui est propre, Hobbes se révèle, dans un second temps, éminemment éclairant pour les enjeux du séisme politique que constituera la Révolution française : la volonté générale rousseauiste, la Déclaration de 1789, les thèses sur la représentation de Madison ou Sieyès, sont réexaminées à partir du terrain de Hobbes. Il se révèle ainsi que le moment hobbien reste consubstantiel de l'actualité de la théorie politique. L'examen de ses apories vaut donc ipso facto comme élucidation de certaines contradictions du présent de la philosophie politique, à travers son point aveugle : la représentation.

  • Etude du contenu et de la genèse de la notion de sujet dans la pensée d'Emmanuel Levinas, qui habite de plus en plus les oeuvres du philosophe : on voit ainsi se constituer, de façon aussi nuancée que rigoureuse, la fonction de sujet en sa dimension éthiq

  • Le développement de la consommation accroît-il la participation aux valeurs centrales de la vie sociale ? Y a-t-il encore aujourd'hui des classes sociales ? L'étude scientifique de leurs budgets donne-t-elle la clé de toutes les relations qu'elles entretiennent entre elles : ségrégation, exploitation, distinction, exclusion, voire imitation ou rattrapage ? La classe ouvrière est-elle intégrée à la société moderne ? L'impressionnante bibliographie de ses travaux atteste que la curiosité de Maurice Halbwachs s'est étendue aux domaines les plus divers de la vie sociale : du prix des loyers à Paris à la mémoire familiale, de la ségrégation urbaine à Chicago, aux avatars de la localisation des lieux saints, des changements produits par la guerre de 1914 sur l'âge respectif des époux, à l'homogénéisation des taux de suicide dans les différents comtés d'Angleterre. En articulant une théorie ambitieuse de la société, avec une investigation empirique riche et cohérente, Maurice Halbwachs (1877-1945) a donné le branle à la sociologie moderne des modes de vie.

  • On a souvent répété que l'imagination était traitée comme une maîtresse d'erreur et de fausseté par Pascal, mais on a trop souvent lu les fragments des Pensées, comme s'il était possible de faire reculer cette superbe puissance, ou de la mettre entre parenthèses. Or, l'originalité du propos pascalien tient précisément à ce qu'il montre qu'on ne se débarrasse jamais de l'imagination, qu'elle est constitutive, non seulement du monde sensible et de ses valeurs ordinaires, mais aussi de la condition humaine dans toute sa contrariété. Sa puissance, sa force, son autorité étant irréductibles, il faut, par un ingénieux travail dynamique, tâcher de mettre l'imagination au service du savoir et de l'apologétique. Après deux chapitres de considérations générales sur l'imagination, le présent ouvrage se propose d'en vérifier les thèses par l'étude de paradigmes, choisis parmi d'autres : le centre, le point de vue et la perspective, dont chacun fait office à la fois d'image, de concept et de figure religieuse.

  • Le temps relevant, chez Hegel, de la nature et de l'esprit, on ne peut se borner à dire que tout advient et passe dans le temps, car il est lui-même ce surgissement et ce passage. Si la mobilité est le concept fondamental d'une logique permettant de penser la nature et l'esprit, la question de la temporalité traverse ces deux règnes, et met fin à la rupture entre nature et histoire. Forme de l'extériorité du vrai appelant sa suppression, le temps ouvre une histoire par laquelle l'éternité vit dans un temps effectif auquel elle donne sens. Hegel a compris en quoi l'être procède du temps, qui est expression de la mobilité infinie du devenir, extériorisation d'une négativité advenant dans le monde comme histoire. La pensée du temps est pensée du présent et non métaphysique de la présence : tel est le sens de ce que l'on peut appeler le hégélianisme.

  • Le but du présent ouvrage est d'introduire à la philosophie de Charles Sanders Peirce (1839-1914), à travers une question longtemps restée mystérieuse : celle de la logique du vague. Ce thème semble assurer l'unité de cette oeuvre complexe et multiforme, dont on commence à entrevoir la portée. Il a été longtemps impossible d'écrire en philosophe sur Peirce : celui-ci, considéré comme pionnier de la sémiotique, réduit au rôle de précurseur, de la logique contemporaine ou du positivisme logique, est en fait l'auteur d'un système ambitieux qu'il tenta toute sa vie d'édifier. La présente enquête, fondée sur un examen précis de ces textes méconnus, consiste à aborder la théorie générale du signe et de la signification, en liaison avec les problématiques de Husserl, de Frege ou de Russell. Le départ en est fourni par l'examen de la part assignée dans la sémiotique à la grammaire pure : celui-ci mène, par la dérobade du sens, à la pragmatique de la proposition, puis à l'invention du sujet logique, pour aboutir à la théorie de la quantification qui permet de nommer le vague. Le lecteur français peut dès lors disposer d'une entrée dans un projet philosophique d'envergure, dont l'inventivité logique et la profondeur métaphysique évoquent Leibniz. Sa contribution à la philosophie analytique contemporaine apparaît à travers ce thème du vague qui en fournit l'accès privilégié.

  • Les thèses de Diderot sur le théâtre ne se réduisent pas à l'invention d'un nouveau genre dramatique - le drame ou genre sérieux. La théorie du drame est inséparable d'une réflexion sur la place et la fonction du théâtre dans la société. Fidèle en cela à la conception aristotélicienne, Diderot se propose de réinstaller le théâtre dans sa dignité civique. Récusant aussi bien les motifs religieux qui inspirent la condamnation du théâtre, que les tentatives vaines de sauvetage qui obligeraient le théâtre aux cadres fixés par son propre répertoire, la réflexion de Diderot consonne étrangement avec notre situation contemporaine : le théâtre se meurt d'être tenu pour un divertissement sans conséquences. Sauver le théâtre suppose donc une haute conception de ce dernier. En assignant au théâtre une fonction dialogique essentielle à l'économie de la Cité, le projet de Diderot articule étroitement esthétique et politique, et prépare à la compréhension des derniers grands textes de Diderot. Parce qu'il se refuse à voir, dans le goût, la simple expression d'une idiosyncrasie personnelle, les divergences de goût renvoient à des approches inconciliables de l'art et de la représentation. C'est ainsi que les antinomies du goût traduisent des antagonismes qui sont également politiques. Car si la question de la place et de la fonction accordées au théâtre est, en son principe, politique, la réponse l'est tout autant.

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