Arts et spectacles

  • « Tout a débuté par un essai, consacré à quelques uns des problèmes esthétiques, et moraux, que pose l'omniprésence des images photographiques : mais plus je réfléchissais à la nature des photographies, plus elles devenaient complexes et suggestives. Si bien qu'un essai en engendra un autre, qui à son tour (à mon grand étonnement), en engendra un troisième, et ainsi de suite, chacun ajoutant un maillon à une chaîne d'essais sur le sens et la vie des photographies, jusqu'à ce que je fusse allée assez loin pour que le développement esquissé dans le premier essai, étayé puis prolongé dans les suivants, pût être récapitulé et généralisé de façon plus théorique. Et trouver son terme. [.] Ecrire sur la photographie, c'est écrire sur le monde. Et ces essais sont en fait une méditation prolongée sur la nature de notre modernité. » (Susan Sontag) Paru pour la première fois en 1977, Sur la photographie est devenu un livre culte sur le sujet.

  • Depuis la parution du Hobbit en 1937, des générations de lecteurs se sont laissé envoûter par son sortilège. Cette magie a ressurgi soixante ans plus tard, lorsque Alan Lee a reçu commande d'une édition illustrée : ses délicats crayonnés et ses magnifiques aquarelles sont devenus, pour beaucoup, la représentation parfaite de la Terre du Milieu imaginée par J.R.R. Tolkien.
    Dans ce livre, il dévoile par les mots et le dessin la manière dont il en est venu à créer des images qui se sont révélées si puissantes et aptes à s'accorder avec la propre vision de Tolkien, qu'elles ont finalement donné forme aux adaptations cinématographiques de Peter Jackson - pour lesquelles Alan Lee a reçu un Oscar.
    Ce Cahier de croquis du Hobbit regorge de centaines d'esquisses, de croquis de travail. Il révèle la façon dont se développe un projet, depuis l'idée initiale jusqu'à sa réalisation artistique. Ce Cahier est riche d'une série d'aquarelles totalement nouvelles et d'esquisses réalisées spécialement pour ce livre, dévoilant le secret de la création des propres sortilèges d'Alan Lee. Il nous permet de plonger dans l'imaginaire d'un homme qui a su insuffler une nouvelle vie à la vision de J.R.R. Tolkien.

  • "En chantant du rock, Morrison voulait délivrer les gens d'eux-mêmes. Faire reculer les frontières. On ne répétera jamais assez combien chez lui les images, les sons et les mots avaient partie liée. [...] Il était venu chercher le calme à Paris où il arriva en mars 1971. Il y écrira quelques poèmes, recueillis dans La Nuit américaine, et y mourra mystérieusement le 3 juillet 1971." Michel Bulteau Jim Morrison n'était pas uniquement le chanteur du groupe légendaire des Doors. Grand lecteur de romans et de poésie, il tournait aussi des films expérimentaux. Ce volume rend compte des différentes facettes de sa personnalité, des réflexions et expérimentations qui ont jalonné son oeuvre. Il contient à la fois des scénarios de cinéma et le Journal parisien, lui-même constitué de notes, de poèmes, de maximes.

  • Alan Lee raconte ici, en mots et en images, comment il a réalisé les magnifiques aquarelles de l'édition illustrée (dite du Centenaire) du Seigneur des Anneaux. Ces images se sont révélées si puissantes et évocatrices qu'elles ont finalement façonné le visuel des trois films de Peter Jackson et ont valu un Oscar à Alan Lee.

    Le Cahier de croquis du Seigneur des Anneaux présente plus de 150 esquisses et croquis de travail, et montre comment ce projet est passé de l'idée à sa réalisation artistique. Il contient également un choix d'aquarelles en pleine page avec de nombreux dessins inédits réalisés pour le film ou spécialement pour ce livre.

    Ce Cahier donne un aperçu fascinant de l'imaginaire d'un homme qui a représenté les visions de Tolkien, d'abord sur une page puis en trois dimensions au cinéma. Il intéressera les nombreux amateurs d'Alan Lee tout comme les artistes en herbe qui veulent découvrir les secrets de l'illustration.

  • "La présente étude porte sur l'importance immense de la photographie en tant que procédé de reproduction et, en particulier, sur le rôle qu'elle a joué à ses diverses phases dans l'évolution du portrait.
    En étudiant un moment de l'histoire de la photographie, nous essayons de mettre en lumière l'histoire de la société bourgeoise de l'époque correspondante, afin de démontrer, par un exemple concret, les relations qui rendent l'art et la société dépendants l'un de l'autre. La photographie a pris droit de cité dans la vie courante, et c'est un de ses traits les plus caractéristiques que d'être reçue également dans toutes les couches sociales.
    C'est en cela que réside sa grande importance politique".

  • Quatre scènes composent ce livre, toutes consacrées à Wagner. Les deux premières (Baudelaire, Mallarmé), contemporaines du triomphe européen du wagnérisme, s'inscrivent dans une séquence historique que ponctuent la guerre de 70 et la Commune, où se préfigure le déchaînement mondial des nations et des classes. Les secondes (Heidegger, Adorno) ont lieu lorsque certains aspects du wagnérisme se sont fait sentir et que la confusion du « national » et du « social » s'est comme solidifiée dans une configuration politique monstrueusement inédite. Dans les deux cas se jouent, ensemble, l'art et la politique, mais ni sous la forme d'une politique de l'art, ni encore moins, sous celle d'un art de la politique. Il s'agit, plus gravement, de l'esthétisation - de la figuration - du politique. Ces quatre scènes encadrent et éclairent « la vraie scène », événement philosophique majeur, qui sanctionna la rupture de Nietzsche avec Wagner.

  • Gertrude Stein et Picasso ont partagé leur amitié la plus longue, quarante années d'échanges, de
    l'automne 1905 à la mort de Gertrude Stein en 1946. Amitié complexe entre une Américaine et un
    Espagnol, entre l'écrivain et l'artiste, entre Gertrude qui vit avec Alice, et Pablo et ses femmes.
    Pendant ces quarante ans, Gertrude Stein est tour à tour un mécène qui aide Picasso, un « homme
    de lettres » qui tient à partager les préoccupations artistiques et les goûts du peintre, une amie
    pleine de sollicitude, une chroniqueuse, une critique qui fabrique sa réputation. L'importante
    collection d'art contemporain rassemblée par Gertrude Stein est maintenant dispersée dans les plus
    importants musées des États-Unis, comme le portrait de Gertrude Stein par Picasso, l'un des plus
    grands chefs-d'oeuvre du XXe siècle, conservé au Metropolitan Museum of Art de New York.
    « Quand j'étais en Amérique, je faisais pour la première fois de continuels voyages en avion. J'ai vu
    là, sur la terre, les lignes mêlées de Picasso, aller, venir, se développer et se détruire ; j'ai vu les
    solutions simplifiées de Braque, la ligne errante de Masson. Oui, j'ai vu tout cela et encore une fois
    j'ai compris qu'un créateur est toujours un contemporain. Avant tout le monde, il connaît ce que
    les autres ne savent pas encore. Il est dans le XXème siècle, dans un siècle qui voit la terre comme
    on ne l'a encore jamais vue, qui a une splendeur jamais égalée. Tout se détruit, rien ne se suit. Le
    XXème siècle a une magnificence qui lui est bien personnelle ; Picasso est de ce siècle, il a les
    qualités étranges d'un monde comme on ne l'avait jamais vu et des choses détruites comme elles
    ne l'avaient jamais été. Alors Picasso a sa splendeur. Merci. Oui. »

  • Réunis et préfacés par Aristide Bianchi et Léonide Kharlamov, qui ont travaillé à partir des archives déposées à l'IMEC, les textes composant ce recueil rassemblent la totalité de ce que Philippe Lacoue-Labarthe a écrit sur la musique, hormis Musica Ficta, consacré à Wagner (qui a paru dans cette même collection et est repris dans la collection "Titres") et hormis aussi le fait que la musique ou le musical était une question si centrale pour Lacoue-Labarthe qu'elle nourrit toute son oeuvre.
    C'est dire aussi que ce recueil, où les textes vont du plus récent, Le chant des muses, qui date de 2005, aux premières tentatives de mise au clair, datées de 1969, est au coeur même de l'entreprise d'écriture de l'auteur, qui fonda avec Jean-Christophe Bailly et Michel Deutsch la collection où ce livre paraît et qui, disparu en 2007, est internationalement reconnu comme un penseur majeur et singulier.
    Le chant des muses est le texte d'une conférence pour enfants que Philippe Lacoue-Labarthe donna au Centre Dramatique National de Montreuil, dans le cadre des "petites conférences" organisés par Gilberte Tsaï. Dans ce texte il a su utiliser la contrainte de clarté propre à cet exercice pour récapituler l'ensemble des motifs sur lesquels il aura travaillé toute sa vie, et c'est pourquoi les éditeurs l'ont placé en tête du recueil, lequel permet de reconstituer, mais en la remontant vers sa source, la genèse d'une pensée.
    On retrouvera au fil du livre l'ensemble des motifs qui la traversent et la hantent : l'écoute, le rythme, la voix, l'écho, ce sont tous les axes par lesquels on peut approcher la puissance d'émotion de la musique qui sont travaillés. Dans leur diversité, et en faisant écho à plusieurs types de musique, y compris le jazz (qui était pour lui de première importance), les textes affrontent tous la question originaire de la musique : pourquoi existe-t-elle, et d'ailleurs universellement, de quoi est-elle en nous la trace, à quoi nous renvoie-t-elle, et quel est, dans ce qui la creuse à l'infini, son rapport au langage et au sens ? Attendu, ce livre sera suivi, l'an prochain, d'un autre travail éditorial qui réunira, cette fois, l'ensemble des écrits sur le théâtre.

  • Pendant dix ans à Londres, Geordie Greig a fait partie du petit cercle d'amis privilégiés qui rencontraient régulièrement Lucian Freud pour un petit déjeuner au restaurant Clarke, sur Kensington Church Street. Autour d'une tasse de thé et des journaux du matin, Lucian Freud se remémorait des épisodes de sa vie passée et parlait d'art. C'était ainsi devenu le salon privé de Lucian Freud. Par le prisme de ces souvenirs kaléidoscopiques, Geordie Greig fait resurgir les histoires qui ont jalonné l'existence de Lucian Freud : la façon dont il est parvenu à échapper à la capture par les Nazis ; ses disputes avec son frère Clement, homme politique ; la haine de sa mère ; les séances de poses pour les portraits de David Hockney et de la reine d'Angleterre ; son évocation de Velasquez et pourquoi il estimait qu'il était le plus grand des peintres... Cet ouvrage comprend des révélations sur son art, ses maîtresses, ses très nombreux enfants, ses ennemis et son amour du jeu. Lucian Freud n'est jamais ennuyeux. Après des décennies de silence et de secret, ceux qui l'ont côtoyé au plus près se sont mis à parler avec franchise de ce qu'impliquait vivre, aimer ou poser pour l'un des plus grands portraitistes du XXe siècle. Tirant la plupart de sa matière de la retranscription d'heures de conversations entre l'artiste et des membres de son cercle proche, complété par des interviews avec ceux que Freud connaissait intimement, parmi lesquelles certaines de ses maîtresses, des modèles, des bookmakers. Rendez-vous avec Lucian Freud constitue le portrait intime d'un artiste en jeune et vieil homme. Illustré de nombreuses photographies inédites, il propose un compte-rendu fascinant et personnel du plus grand et dernier peintre britannique du XXe siècle, qui fera certainement autorité.

  • " au début des années 60, la grande idée de christian metz fut d'aborder, avec les armes de la linguistique, l'objet-cinéma et d'offrir à la discipline ainsi fondée la reconnaissable rigueur d'une science.
    Celle-ci a des adeptes, maintenant, un peu partout dans le monde et les travaux de metz sont traduits en une quinzaine de langues étrangères. au-delà de la critique de films à laquelle nous étions accoutumés, la sémiologie du cinéma apportait à la réflexion, sur un art où elle avait été négligée, une véritable dimension théorique.
    L'abord de cet objet-cinéma sous l'angle de la psychanalyse vient s'inscrire, pour metz, sur le même axe de recherche et se situe au même niveau de généralité.
    Il ne s'agit pas en effet, dans son dessein, de psychanalyser les auteurs ou leurs créatures, mais d'éclairer le cinéma en tant qu'institution et art spécifique, en tant que " signifiant " fonctionnant dans la région de " l'imaginaire ", avec ce que cela suppose de rites de fréquentation comme de procédés technologiques. le signifiant imaginaire, c'est le pseudonyme double du cinéma ressaisi dans une perspective freudienne.
    " lucien malson le monde (1978).

  • Au cours des dix dernières années, Marianne Faithfull a, selon ses propres mots, " fait quelques disques, enchaîné pas mal de tournées, tâché de retrouver le droit chemin, et... le reste est le sujet de ce livre ". Observatrice ironique et distanciée de son époque, elle revient sur les années marquantes de sa vie, rappelant avec une certaine nostalgie l'ère bohème de ses débuts, sans occulter les moments de doutes ni le nouvel essor pris par sa carrière musicale et cinématographique depuis les années 1990. Chemin faisant, l'on croise ses amis de la Beat Generation, les Rolling Stones et les Beatles, ou encore son père, fondateur de la Braziers Park School of Integrative Social Research, et l'ombre de son grand-père, le baron Sacher-Masoch. Cette galerie de portraits unique constitue autant un hommage à ceux qui ont compté pour elle qu'une autobiographie en creux. " J'ai toujours été attirée par les personnages brillants et excentriques, dit-elle, et, pour une raison obscure, il semble que j'ai toujours agi comme un aimant auprès de ce genre de personnes. "

  • De 1975 à 1995, Pierre Boulez a occupé au Collège de France la chaire « Invention, technique et langage ». Le présent volume présente l'intégralité des leçons que le compositeur et chef d'orchestre y a présentées.
    Comment naît l'idée musicale ? Comment passe-t-on de l'idée à sa réalisationoe Quels sont, dans l'acte d'invention, les rapports entre le métier et l'imaginationoe La mémoire risque-t-elle d'occulter la création ? Peut-on parler d'authenticité en musique ? Et quand le compositeur peut-il considérer qu'une oeuvre est terminée oe
    Cet ouvrage, véritable somme de la réflexion d'un des créateurs les plus importants du XXe siècle qui est aussi un authentique penseur de la musique, est imprégné de la familiarité profonde de Pierre Boulez avec les grands compositeurs de la modernité (Debussy, Stravinsky, Berg, Varèse,
    Bartók entre autres), mais aussi de ses classiques de prédilection (Bach, Wagner). Et dans Leçons de musique, il tient à haute voix le journal de son métier de compositeur.
    Dans ce livre incontournable pour les musiciens et les mélomanes, Pierre Boulez lève ici un coin sur ce « noyau infracassable de nuit » d'où surgit la composition musicale.

  • « Ce livre distille ce que j'ai à dire, arrivé à un âge avancé, sur la musique, les musiciens et ma profession en général.» (Alfred Brendel) Considéré comme l'un des plus grands pianistes contemporains, Alfred Brendel est spécialiste des oeuvres de Schubert et de Litszt. Il est aussi un remarquable interprète de Bach et de Beethoven. C'est en 2008, à Vienne, qu'il a donné son dernier concert, après 60 ans de carrière. Depuis, il consacre une grande part de son temps à donner des lectures, des conférences et des master-class, au fil desquelles il transmet son expérience.
    Ce petit ouvrage est à son image : érudit, drôle et intelligent, il est un concentré d'éloquence irrévérencieuse et de réflexions pointues sur la pratique musicale.
    En voici quelques exemples :
    Toux : « Un jour, à Chicago, pendant un morceau très doux, j'ai arrêté de jouer et j'ai dit au public : « I can hear you, but you can't hear me. » Ensuite, personne n'a plus toussé. Avez-vous déjà remarqué que dans une bonne salle, on entend la musique aussi bien d'à peu près partout, sauf évidemment si l'on est assis juste devant le trombone ? On peut en dire autant pour ce qui concerne la toux, les éternuements, les raclements de gorge, les froissements de papier ou les bredouillements. Si vous devez vraiment tousser, faites-le je vous prie lors des passages doux ou pendant les pauses générales. Vous serez assuré de remporter la médaille du « Tousse-donc-là ». » Vie et oeuvre : « La musique est pleine de contre-exemples. Des oeuvres de bonheur, de joie, de gaieté et même de légèreté ont été composées dans des états d'extrême accablement personnel. Que cela nous réjouisse ! »

  • En 1982, au Théâtre National de Strasbourg, Michel Deutsch et Philippe Lacoue-Labarthe mettent en scène les Phéniciennes d'Euripide. Dans les coulisses des représentations, Jean-Luc Nancy, figurant, prend des notes. Il observe l'envers du décor, la machination et la révélation propres au théâtre, les tensions et les détentes des comédiens. Il rumine des pensées d'Aristote et du spectacle, de Benjamin et du Trauerspiel.
    Il entend la diction du poème, ses déclamations, ses clameurs. Il partage la solitude muette d'une statue de plâtre, témoin du recommencement perpétuel, fragile et immémorial de la scène. C'est le journal de la représentation de cette tragédie grecque qui est ici proposé. "De part en part, Philippe Lacoue-Labarthe était un être de la représentation. Il la pensait originaire, il la vivait consubstantielle, s'enchantait du paraître et de l'apparaître et n'a eu de cesse de vouloir réaliser des mises en scène.
    Avec Michel Deutsch il porta au théâtre ses propres retraductions de l'Antigone par Hölderlin puis en 1982 la traduction des Phéniciennes d'Euripide qu'il avait écrite avec celle qui était sa compagne et qui signait "Claire Doublier" pour le programme. Dans le travail commun alors engagé depuis longtemps entre Philippe et moi, les discussions sur la représentation, la mimesis et le théâtre avaient pris la place qu'il exigeait.
    Mais avec l'aventure théâtrale se réveilla chez moi un démon supplémentaire : un désir de monter sur la scène qui était très ancien (proprement enfantin) mais ne s'était que fort peu satisfait. Dès la première Antigone je sollicitais un rôle mais il était hors de question d'en soustraire un, même mineur, à un comédien professionnel. Je dus me contenter d'être figurant. Je fus le menuisier Zimmer chez qui Hölderlin termina sa vie, puis un vieillard du choeur, avant que pour les Phéniciennes on me fasse valet d'armes.
    Je venais sur la scène une seule fois, porteur de la lance, du glaive et du bouclier d'un guerrier-messager joué par Bernard Freyd, surnommé "Bill". Intervention si fugitive que mon nom ne figura même pas dans le programme où se trouvaient en revanche tous les noms des choristes, dont mes deux filles. Il me restait ainsi tout le temps de la représentation - de toutes les représentations (une quinzaine sans doute).
    L'idée m'est venue de tenir un journal. Je l'ai ensuite donné à Philippe, agrémenté de photos que j'avais prises. J'avais complètement oublié cet épisode lorsque Aristide Bianchi et Leonid Kharlamov, qui éditent les textes posthumes de Philippe, ont déniché le cahier. Avec Jean-Christophe Bailly, lui-même comme on sait auteur et artisan de théâtre, ils ont décidé de le publier. Le voici, je n'y ai rien changé et je le laisse faire ici, trente-trois ans plus tard, telle figure qu'il pourra." Jean-Luc Nancy, mai 2015.

  • De la photographie encore tout encombrée de pesants appareils se jetant, à la fin du XIXe siècle, à
    la conquête du Mont Blanc jusqu'à l'inutilité somptueuse des 7 532 portes safran installées par
    Christo et Jeanne-Claude au coeur d'un Manhattan sidéré dans la contemplation inquiète de
    « Ground Zero », Werner Spies arpente un siècle où l'art apparaît plus que jamais comme une
    réponse et un défi à l'histoire, à ses embrasements meurtriers, à ses convulsions inouïes.
    À partir de l'oeil monstrueusement noir d'Auschwitz, Anselm Kiefer, Gerhard Richter ou Christian
    Boltanski ont élaboré des oeuvres qui disent, avec la gravité du plomb ou l'intangible légèreté de la
    poussière et des traces, l'origine certaine de notre monde d'aujourd'hui. Robert Longo aussi, qui
    interroge, dans une série de dessins qui sont autant de caprichos, les pièces étrangement vides de
    l'appartement viennois de Sigmund Freud, au lendemain de son départ en exil. Ou Bernd et Hilla
    Becher, inventoriant avec un soin d'entomologiste qui procède avant tout d'une éthique du regard
    les structures encore debout du monde industriel en ruines, dans un abandon sans gloire où
    résonne l'écho d'autres pertes et d'autres défaites.
    Indirectement, l'historien d'art dévoile également dans ces textes la source toujours vive où il vient
    puiser les outils conceptuels et les instruments techniques de sa compréhension des oeuvres. C'est
    un double foyer qui aura déterminé, chez un jeune homme de la fin des années cinquante,
    l'éclosion de la pensée et l'éveil du regard : la découverte de l'énergie révolutionnaire du
    surréalisme et le spectacle du renversement optique opéré par le nouveau roman. Aujourd'hui
    encore, Spies y demeure fidèle, comme en témoignent ses analyses de l'oeuvre d'Hitchcock, de
    Meret Oppenheim, de Rebecca Horn ou du photographe japonais Hiroshi Sugimoto.

  • Nous sommes en 1839 : Alexandre de Humboldt est chez Arago à Paris. Celui-ci lui montre les premiers résultats de Daguerre. Il écrit à Carl-Gustav Carus, le disciple de Friedrich, pour lui dire son enthousiasme devant cette découverte prodigieuse : « Le ton général, doux, fin, mais comme bruni, gris, quelque peu triste... » Lettre emblématique qui vient relier photographie et romantisme, science et peinture. Lettre qui fonctionne ici comme le frontispice d'un essai où viennent se superposer, comme une surimpression presque cadencée, tous les signes avant-coureurs de la photographie. Théorie du jardin-paysage, problématique du cadre et du champ, récurrence du thème de la fenêtre, art de la silhouette, déploiement muséal des images, transparents et enfin diaporamas.

  • La " fortune " d'alban berg aura été étrange : aimé et honoré de son vivant, occupant toute sa place historique dans l'ecole de vienne, il faudra attendre les dernières années, en france, pour que le sentiment de se trouver devant un des principaux artisans de notre modernité soir partagé sans réserves.

    Le compositeur a écrit. des textes de nature très diverse : esthétique, polémique, historique, analytique. certains étaient connus des mélomanes français, mais étaient devenus introuvables. la présente publication constitue la première édition générale des ecrits, avec de nombreux inédits en français. nul doute que cet ensemble ne conduise à une meilleure connaissance du compositeur de wozzeck et de lulu, désormais indispensable à notre culture musicale et humaine.

  • La grandeur de l'un des plus remarquables musiciens du monde occidental peut-elle excuser des positions parmi les plus abjectes qui soient ? Et surtout : peut-elle justifier qu'on les ignore ?

    Leurs manifestations ne font malheureusement aucun doute : dans son essai « La judéité dans la musique » (1850) ou d'autres écrits dont on trouvera ici des traductions nouvelles, ainsi qu'un inédit en français. Mais peut-on dire que les livrets et même la musique de ses opéras sont antisémites ? L'antisémitisme de Wagner est un sujet pour le moins controversé dans la littérature spécialisée dont on trouvera ici un bilan à la fois critique et polémique, mettant en jeu l'enquête biographique, l'histoire générale, l'histoire de l'antisémitisme, l'histoire de la musique, la musicologie, la sémiologie, la psychanalyse et l'esthétique.

    Et comment l'expliquer ? Parce qu'il aurait été juif lui-même ? Beaucoup de ses contemporains le croyaient, comme l'atteste la vaste collection de caricatures du compositeur réunie dans cet ouvrage. Au terme d'un examen serré, il est nécessaire de poser des questions dérangeantes : faut-il interdire l'exécution ou la représentation des opéras de Wagner ? Faut-il fermer Bayreuth ?

  • Ni collectionneur ni historien, c'est en amateur d'art que Claude Eveno a conçu cet ouvrage. Enfant de l'école républicaine qui proposait une sélection d'images de peintures participant et illustrant, entre autres, l'histoire de France, il a recherché et entretenu cette culture de l'image au fil des ans. Au-delà des images imprimées et reproduites, cette encyclopédie artistique personnelle qui l'a accompagné et constitué en tant qu'individu reposait principalement sur sa mémoire. Appartenant à une génération pour laquelle l'art était avant tout politique, se présentant comme une voie parmi d'autres pour trouver comment changer le monde, Claude Eveno s'est ainsi avant tout passionné pour l'art du XXe siècle et les possibilités de rupture (de la figure, de la représentation, de la perspective) qu'il offrait. Ceci sans dénigrer ni occulter l'art antérieur, porteur d'un héritage et de références incontournables, un temps écarté pour son manque de radicalité apparent, puis recherché pour sa dimension matricielle. C'est cette nostalgie des oeuvres de l'histoire de l'art mondial qui l'a conduit à se mettre en quête des images fondatrices. Une entreprise d'abord menée au travers de nombreuses visites de musées et de lectures de livres de et sur l'art. Mais l'apparition du numérique et de l'Internet a décuplé l'ampleur de ce projet qui a pris une dimension inattendue : constituer une collection virtuelle en cherchant pendant des années des peintures sur internet. Pendant une dizaine d'années, il a ainsi sélectionné plus de 80 000 images dans son ordinateur, pour le simple plaisir de les contempler régulièrement. Puis, l'idée a germé d'en faire quelque chose, un livre.

  • Leonard Bernstein était sans aucun doute la personnalité de la musique classique américaine la plus estimée, la plus influente et charismatique du vingtième siècle. Chef d'orchestre, compositeur, pianiste, écrivain, éducateur et défenseur des droits de l'homme, Bernstein a mené une vie intense, passionnée, guidée par le goût du risque et brisant les conventions. Auteur de la célèbre comédie musicale West Side Story, il a dirigé pendant onze ans l'Orchestre philharmonique de New York. Il est aussi l'auteur de trois symphonies et de deux opéras, et a présidé plusieurs départements de Tanglewood, résidence d'été de l'Orchestre Symphonique de Boston où a lieu un festival annuel de musique. Ses reprises des symphonies de Mahler, dans les années 1960, ont été particulièrement marquantes, ravivant l'intérêt du public pour l'oeuvre de ce dernier (il existe d'ailleurs un enregistrement live de la 9e symphonie de Mahler, avec l'Orchestre philharmonique de Berlin, en 1979).
    En novembre 1989, un an avant sa mort, Bernstein invita Jonathan Cott dans sa maison de campagne de Fairfield, Connecticut, pour ce qui serait sa dernière interview majeure. Leonard Bernstein, ou Lenny, était alors âgé d'environ soixante-dix ans et avait pris sa retraite, mais il brûlait toujours d'un feu intérieur et d'un désir d'argumenter et d'expliquer. Dans Mon dîner avec Lenny, Jonathan Cott nous offre un compte rendu exhaustif de cette remarquable conversation de douze heures, au cours de laquelle Bernstein - verre de vodka et cigarette en main - s'étend sur des sujets musicaux, pédagogiques, politiques, psychologiques, spirituels et personnels, avec un humour et une franchise désarmants.

  • Nous nous éloignons finalement de toutes les formules d'opéra antérieures.
    De la fonction d'illustration, au sens le plus fort, la Musique passe à la fonction de révélation par la métamorphose du sujet même. Le drame de Wozzeck présente bien un conflit de grande nature ; mais dans la Musique, le conflit parvient au sacré. C'est dans la Musique que le crime de Wozzeck devient spirituel, que Marie tente son salut à la dernière heure, que la destinée de toi homme est lamentée, et peut-être sauvée par une telle lamentation.

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