Julliard

  • Vendu à plusieurs millions d'exemplaires dans le monde, sans cesse réédité depuis sa première parution et plusieurs fois adapté au cinéma, La Planète des singes, le chef-d'oeuvre de Pierre Boulle, est l'un des plus grands classiques de la science-fiction et du roman d'aventures. Y a-t-il des êtres humains ailleurs que dans notre galaxie ? C'est la question que se posent les trois passagers d'un vaisseau spatial survolant une planète proche de Bételgeuse : on y aperçoit des villes, des routes curieusement semblables à celles de notre Terre. Après s'y être posés, les voyageurs découvrent que cette planète est habitée par des singes qui vont les capturer et les soumettre à diverses expériences. Il leur faudra, devant ces singes, faire la preuve de leur humanité...

  • Dans un restaurant bondé de Tel-Aviv, une femme fait exploser la bombe qu'elle dissimulait sous sa robe de grossesse. Toute la journée, le docteur Amine, Israëlien d'origine arabe, opère à la chaîne les innombrables victimes de cet attentat atroce. Au milieu de la nuit, on le rappelle d'urgence à l'hôpital pour lui apprendre sans ménagement que la kamikaze est sa propre femme. Il fallait l'audace rare de Yasmina Khadra pour oser aborder un tel sujet. Dans ce roman extraordinaire, on retrouve toute la générosité d'un écrivain qui n'en finit pas d'étonner par son imaginaire et son humanisme.Prix des libraires 2006Prix Tropiques 2006Prix découverte du Figaro Magazine 2005Grand Prix des lectrices Côté FemmePrix des Lecteurs du Télégramme 2006Prix Littéraire des Lycéens et Apprentis de Bourgogne 2006Prix Gabrielle d'Estrées 2006Prix de la Jeune critique (Autriche 2006)Élu Meilleur Livre de l'année (Happenheim, Allemagne 2008)Prix Segalen des Lycéens d'Asie (Singapour 2009)

  • Dans un Kaboul caniculaire, parmi les ruines du désastre et celles des esprits, deux hommes et deux femmes cherchent un sens à leur vie : un bourgeois déchu, une avocate interdite d'exercer, un geôlier s'amenuisant à l'ombre des exécutions publiques et une épouse aux prises avec une maladie incurable. A travers leur quête de la dignité humaine, le martyre d'une nation traumatisée par les guerres et la folie, livrée aux sortilèges des gourous et à la tyrannie des taliban. Et pourtant, là où la raison semble perdue, l'amour refuse de céder et se réclame du miracle. Mais qu'est-ce que le miracle dans un pays où "les liesses sont aussi atroces que les lynchages" ?Dans ce roman magnifique qui est aussi un hymne à la femme, Yasmina Khadra a su mettre au jour avec lucidité la complexité des comportements dans les sociétés musulmanes déchirées entre le féodalisme et la modernité.Meilleur livre de l'année 2005 aux États-Unis par le San Francisco Chronicle et le Christian Sciences MonitorPrix du salon littéraire de Metz 2003Prix des libraires algériens 2003Prix Asie de l'Association des écrivains de langue française 2002

  • Vous avez raté votre vie ? Avec nous, vous réussirez votre mort ! Imaginez un magasin ou l'on vend depuis dix générations tous les ingrédients possibles pour se suicider. Cette petite entreprise familiale prospère dans la tristesse et l'humeur sombre jusqu'au jour abominable ou surgit un adversaire impitoyable : la joie de vivre..

  • Après Rimbaud et Verlaine, Jean Teulé ne pouvait mieux clore son voyage en Poésie qu'en endossant avec orgueil et humilité les haillons magnifiques de François Villon.
    Donc, tu écris des poèmes... Et depuis longtemps ? ? J'ai commencé vers l'âge de quatorze ans. ? Ah bon ? Cela fait sept ans... Et pourquoi tu ne me l'as jamais dit ? Vous saviez qu'il écrivait des poèmes, vous, Trassecaille ? ? Non. Lorsque le chanoine et son bedeau sont entrés dans la taverne flamboyante, pleine du cri des buveurs et du ricanement des ribaudes, moi, j'étais, de dos, debout sur une table. À vingt et un ans, clerc tonsuré le matin même ? parce qu'en ce jour du 26 août 1452 j'ai enfin obtenu ma maîtrise ès arts... ?, j'avais les jambes écartées dans ma nouvelle robe de bure et les bras étendus de chaque côté. Chaussé d'amusants souliers rouges qu'on m'avait prêtés, je m'étais coiffé d'un chapeau de fleurs et roulais des yeux sur un public tout acquis à ma cause. Il y avait là des ouvriers, des étudiants, des marins du port de Saint-Landry, des clercs de la Cité et des putains qui allaient reprendre en choeur le refrain de mon poème. J'avais tendu un doigt vers la blouse plissée d'un apprenti coiffé du calot des tailleurs de pierre et, d'un débit rapide et saccadé, lui avais assené le début de ma " Ballade de bonne doctrine à ceux de mauvaise vie ": ? Car que tu sois faux pèlerin, tricheur ou hasardeur de dés, faux-monnayeur, et que tu te brûles comme ceux que l'on fait bouillir, traître parjure, déshonoré, que tu sois larron, chapardeur ou pillard, où s'en va le butin, que croyez-vous ? La salle entière répondit : ? Tout aux tavernes et aux filles !Je m'étais ensuite adressé à Robin Dogis qui, attablé, avait interrompu sa partie de glic. Je lui fis signe de reprendre les cartes : ? Toi, rime, raille, joue des cymbales ou de la flûte comme ces sots déguisés et sans vergogne, fais le bouffon, bonimente, joue des tours et trompe, monte des farces, des jeux et des moralités dans les villes et dans les cités, gagne aux dés, aux cartes, aux quilles, de toute manière le profit ira, écoutez bien !... La salle : " Tout aux tavernes et aux filles. " Puis changeant soudain de ton, je m'étais penché vers Tabarie pour lui minauder à voix basse : ? Mais si tu recules devant de telles horreurs, alors laboure, fauche champs et prés, soigne et panse chevaux et mules si tu n'as pas fait d'études : tu gagneras assez si tu sais t'en contenter ! Mais même si tu broies et entortilles le chanvre, n'offres-tu pas le gain de ton labeur... " ...Tout aux tavernes et aux filles ? " lui avaient chuchoté clercs et marins, ouvriers et putains. Puis j'avais sauté de la table en faisant violemment claquer les talons de mes chaussures rouges sur la dalle. Et comme un diable, genoux pliés, j'avançais entre les tables vers le fond de la salle, attrapant au passage des bonnets, des calots, des faluches, des voiles, des tissus et, c'est en les enserrant dans mes bras que j'avais conclu ma ballade : ? Vos chausses, pourpoints à aiguillettes, robes et toutes vos hardes, avant que vous ne fassiez pire, portez...? Tout aux tavernes et aux filles !Puis je m'étais retourné et avait lancé tout en l'air. Je fus acclamé, on tapait du poing contre des tonneaux : " François ! François ! " Il y avait autour de moi autant d'anges que si j'étais Jésus-Christ soi-même. On passait des commandes de boissons : " Holà ! Des pots ! " " Desquels ? " " A-t-on été quérir ces pots ? " " On vous les porte ! " Le tavernier avait frappé dans ses mains pour hâter le service. Les ribaudes s'étaient levées, ouvrant leurs robes ? Marion la Dentue appelée l'Idole, Jeanne de Feuilloy, Marguerite Voppine, Jeanne la Vilaine... toutes ces bordelières de la rue Glatigny, femmes di mor sorte qu'on renverse aussi dans les fossés des remparts. Des poules volées à Saint-Germain-des-Prés tournaient embrochées dans la cheminée. Et c'est alors que j'avais découvert le chanoine et son bedeau près de la porte d'entrée. Je m'étais dirigé vers eux : " Maître Guillaume, mais qui vous a dit que j'étaislà ? " Mon tuteur avait soupiré : ? Donc, tu écris des poèmes... Et depuis longtemps ? ? J'ai commencé vers l'âge de quatorze ans. ? Ah bon ? Cela fait sept ans... Et pourquoi tu ne me l'as jamais dit ? Vous saviez qu'il écrivait des poèmes, vous, Trassecaille ? " Non ", répond le bedeau, voyant s'avancer vers lui une fille voûtée vêtue d'une robe rouge qui se présente en disant : " Voici maintenant le corps venu ici pour satisfaire votre plaisir. " Un sourire affreux entrouvre ses lèvres et montre à ses gencives maigres des dents noires comme la faïence d'un vieux poêle. Gilles en a un mouvement de recul. Je ris : ? Laisse, la Machecoue, tu n'es pas son genre. Et tandis que la " folle de son corps " repart, jambes cagneuses, en traînant ses chaussons vers d'autres gars qui la refusent, je conduis mon tuteur et le bedeau jusqu'à une table qui va, s'écroulant d'un côté. Sous les poutres du plafond noir, maître Guillaume en soutane contemple le délire des flambeaux qui rougit tristement les murailles : ? François, pourquoi dis-tu des ballades ? ? On ouït bien le rossignol chanter. Une fille m'apporte une volaille : " Voilà le canard que tu as étranglé sur les fortifications. " Je demande au chanoine et au bedeau : " Que voulez-vous boire ? Rien ? Mais si... Un lait de chèvre, de vache ? Plutôt non, dis-je à la servante. Sers-leur deux eaux de gingembre et pour moi un hypocras. " Dans la salle, Tabarie circule de table en table et vend aux étudiants, aux clercs, des copies de ma ballade. ? Gagnes-tu quelques revenus avec ces " beaux diz " ? m'interroge mon tuteur. Tu parais ici aussi à l'aise qu'un brochet en Seine. Donc, au lieu d'étudier, tu écrivais des poésies et assiégeais les tavernes. Poète et ribaud tout ensemble, hein ! Fais attention de ne pas passer de la plaisanterie à la criminalité, jeune merle, continue-t-il devant l'eau de gingembre qu'on vient de déposer devant lui. Il se lève. Gilles plisse les yeux, pommettes et lèvres épaisses remontées parce qu'il voit mal. Je me lève aussi : ? Maître Guillaume, ces cinq dernières années, Paris a perdu un quart de sa population. La peste a tant tué que je m'étonne de vivre encore. Et du sursis, je veux profiter. ? Deviens sérieux. ? Je n'en ai pas la moindre envie. Et je les quitte tous les deux en dansant le pied de veau. Bras en corolle par-dessus mon chapeau de fleurs, je tournoie et emporte l'ironie atroce de ma lèvre. Le chanoine, suivi du bedeau, se dirige vers la porte d'entrée : ? Nous avons perdu en François un honnête homme mais avons gagné à jamais un grand poète...

  • Au temps du Roi-Soleil, avoir sa femme dans le lit du monarque était pour les nobles une source de privilèges inépuisable. Le jour où Louis XIV jeta son dévolu sur Mme de Montespan, chacun, à Versailles, félicita le mari de sa bonne fortune. C'était mal connaître Louis-Henri de Pardaillan, marquis de Montespan. Gascon fiévreux et passionnément amoureux de son épouse, Louis-Henri prit très mal la chose. Dès qu'il eut connaissance de son infortune, il orna son carrosse de cornes gigantesques et entreprit de mener une guerre impitoyable contre l'homme qui profanait une union si parfaite. Refusant les honneurs et les prébendes, indifférent aux menaces répétées, aux procès en tous genres, aux emprisonnements, à la ruine, aux tentatives d'assassinat, il poursuivit de sa haine l'homme le plus puissant de la planète pour tenter de récupérer sa femme. Il fallait le talent et la verve de Jean Teulé pour rendre hommage à cet oublié de l'Histoire - personnage hors du commun - qui, l'un des tout premiers, osa affronter à visage découvert le pouvoir absolu de son époque.Prix Maison de la Presse 2008Grand prix Palatine du roman historique 2008Prix de l'Académie Rabelais 2009

  • La vie quotidienne d'un jeune couple des années soixante issu des classes moyennes, l'idée que ces jeunes gens se font du bonheur, les raisons pour lesquelles ce bonheur leur reste inaccessible - car il est lié aux choses que l'on acquiert, il est asservissement aux choses.
    " Il y a, dira Georges Perec, entre les choses du monde moderne et le bonheur, un rapport obligé. Une certaine richesse de notre civilisation rend un type de bonheur possible : on peut parler, en ce sens, comme d'un bonheur d'Orly, des moquettes profondes, d'une figure actuelle du bonheur qui fait, je crois, que pour être heureux, il faut être absolument moderne. Ceux qui se sont imaginé que je condamnais la société de consommation n'ont vraiment rien compris à mon livre. Mais ce bonheur demeure un possible ; car, dans notre société capitaliste, c'est : choses promises ne sont pas choses dues. "
    Prix Renaudot 1965.

    Édition du cinquantenaire.

  • Une descente aux enfers dans le gouffre irakien. Un plaidoyer pour le triomphe de l'humanisme.
    " Le coup parti, le sort en fut jeté. Mon père tomba à la renverse, son misérable tricot sur la figure, le ventre décharné, fripé, grisâtre comme celui d'un poisson crevé... et je vis, tandis que l'honneur de la famille se répandait par terre, je vis ce qu'il ne me fallait surtout pas voir, ce qu'un fils digne, respectable, ce qu'un Bédouin authentique ne doit jamais voir - cette chose ramollie, repoussante, avilissante, ce territoire interdit, tu, sacrilège: le pénis de mon père... Le bout du rouleau! Après cela, il n'y a rien, un vide infini, une chute interminable, le néant... " Connu et salué dans le monde entier, Yasmina Khadra explore inlassablement l'histoire contemporaine en militant pour le triomphe de l'humanisme. Après Les Hirondelles de Kaboul (Afghanistan) et L'Attentat (Israël; Prix des libraires 2006), Les Sirènes de Bagdad (Irak) est le troisième volet de la trilogie que l'auteur consacre au dialogue de sourds opposant l'Orient et l'Occident. Ce roman situe clairement l'origine de ce malentendu dans les mentalités.

  • " J'ai souvent repensé à la mise en place du piège qui allait se refermer sur nous. À cet étrange ballet à quatre, dans lequel parfois s'immisçait un étranger. À ces va-et-vient d'une maison à l'autre, du jardin à la chambre, de la fraîcheur de la véranda à la chaleur de la plage ; ces déplacements infimes que nous accomplissions et qui tissaient à leur manière une toile où nous allions nous empêtrer. À cette langueur de juillet, lorsqu'on succombe à la paresse et que le désir s'insinue. À ces abandons progressifs : de la morale, du discernement, du sens commun. Nous aurions pu facilement tout empêcher mais aucun d'entre nous n'a pris la décision d'arrêter la machine folle. Aucun d'entre nous n'y a songé. " Philippe Besson, auteur de L'Arrière-saison et de De là, on voit la mer, nous livre un roman tout en nuances et en violence contenue, une tragédie moderne dissimulée sous les apparences d'un innocent marivaudage, le récit d'une vengeance qui doit s'accomplir.

  • Les derniers mois de la vie de Verlaine... Alcoolique grandiose, amant frénétique et désordonné, il tituba jusqu'au tombeau entre l'ignominie et le sublime.
    La vie de Verlaine fut extravagante, mais ses derniers mois touchèrent au surréalisme. Il n'avait que cinquante et un ans, perclus de maux : syphilis, altération sanguine, diabète, souffle au coeur, cirrhose du foie, erysypèle infectieux, hydarthrose, pneumonie (il fallut ajouter une seconde pancarte au pied de son lit d'hôpital pour en dresser la liste complète). Et c'est au moment où il ne lui restait qu'une poignée d'admirateurs inconditionnels (dont le préfet Lépine qui interdit aux policiers du Quartier latin d'arrêter Verlaine quelles que soient ses frasques), au moment de la pire déchéance matérielle et morale, au moment où les gloires de l'époque l'accablaient de leur mépris, qu'une vague de sympathie naquit chez les étudiants qui en firent leur idole. Ils aimaient sa liberté de ton, la force de ses anathèmes, le désordre de sa vie, le génie de sa poésie. Ils se battaient pour l'écouter dans les cabarets, étripaient les mauvais esprits qui ne partageaient pas leur passion, encombraient sa chambre d'hôpital pour l'écouter déclamer et lui assurèrent à sa mort des funérailles grandioses. Ce jour-là, le Destin poussa la générosité jusqu'à faire tomber le bras de la Poésie après que le corbillard fut passé sous la statue de Carpeaux qui orne la façade de l'Opéra...Fol amoureux de cet homme magnifique et terrifiant, Jean Teulé raconte ces derniers mois extravagants à travers les yeux d'un personnage réel, le jeune Henri-Albert Cornuty, cet adolescent de Béziers qui décida de monter à Paris à pied dans le seul but de rencontrer Verlaine.

  • "J'ai aimé passionément ce livre pour l'esprit et la liberté qui le guide. C'est comme si Jean Teulé avait joué l'alphabetblues des voyelles de Rimbaud sur la trompinette de Boris Vian." Jean Vautrin
    J'ai aimé passionément ce livre pour l'esprit et la liberté qui le guide. C'est comme si Jean Teulé avait joué l'alphabetblues des voyelles de Rimbaud sur la trompinette de Boris Vian. A chaque chapitre s'ajoute une couleur. La poésie est une angoisse fondue qui tourne parfois au fou rire.
    Robert se prend pour Rimbaud. Il a trente-six ans. Des yeux de porcelaine/. C'est un type dans les deux mètres, avec des cheveux copeaux sur la tête. Il a toujours habité Charleville-Mézières, une maison de silence. Il a appris à respirer l'air du large, enfermé dans une armoire. Au coeur du bois il a gravé le mot "bateau". Isabelle est standardiste à la SNCF. Elle se prend pour un buisson d'aubépines. Entre eux s'embrase le feu bactérien. Même un borgne appelerait cela l'amour. La jeune fille essaie d'apprendre au puceau les mais et les corps qui se donnent en réponse. Robert, ses voix sont ailleurs, sorties des pages d'un volume de la Pléiae. Impérieusement, c'est Rimbaud qui commande. Sous un soleil de feu, ivres zigzags au travers d'une Afrique non conforme, Isabelle le suit jusqu'à l'heure extrême de la mort arc-en-ciel.Jean Vautrin

  • Mercredi 23 juillet,Il fait froid comme en plein hiver. C'est ce froid qui saisit Arthur en premier, lorsqu'il descend sur le quai de la petite gare de Voncq. C'est ce froid qui le glace jusqu'aux os, qui fait courir le long de son échine des frissons qui le désarticulent. Il est vrai qu'il a perdu l'habitude des étés français: voilà trop d'années que ses saisons à lui sont torrides, blanches et sèches. Mais il y a plus: dans ce monde à l'écart du monde, il est indéniable que tout semble plus ténébreux, plus humide. La lumière est sale et les ciels sont lourds. Des obscurités cavalent sur les flancs des collines, s'installent au creux des vallées. Même le fleuve est noir. L'été, ça n'existe pas. Le soleil, ça n'existe pas. Il n'y a que la pluie, le plus souvent, et une sorte de grisaille sur tout. Les peupliers plient sous le vent. Arthur s'avance comme un spectre au milieu de ce théâtre d'ombres.Je l'attends au bord des rails, je tends mon cou pour l'apercevoir, je me suis composé un sourire, je crois que ce sourire me défigure quand je finis par reconnaître sa silhouette. Je vois le corps morcelé, soutenu par des béquilles, j'imagine le calvaire qu'a dû représenter son voyage depuis Marseille dans des trains de fortune. Je cours à sa rencontre. Je conserve le faux sourire, les yeux qui brillent.J'embrasse son visage de mes deux mains. Ses bras restent accrochés aux béquilles. Nous n'échangeons pas un mot.Plus tard, j'aide le préposé aux bagages à charger ses valises dans notre carriole. Arthur se tient derrière moi, en retrait, grimaçant je le sais sans le voir. Je tente de lui dissimuler mon affolement. Lui demeure plutôt calme au milieu du désordre, de l'agitation. Moi, je lutte pour ne pas m'évanouir. Quand il s'agit de le hisser dans notre véhicule, le jeune homme de la gare fait appel à du renfort. C'est trop pour lui seul.Arthur croyait avoir tout oublié mais tout lui revient "en une seule seconde", m'assure-t-il. Dans le soir, il reconnaît les façades des maisons rongées par le lierre, les murs dressés comme des remparts, les toits identiques à l'infini, et au-delà de l'enceinte de la cité, la forêt où il s'est si souvent perdu et où planent les fantômes de son passé.

  • En cette année 1916 où la guerre dévore chaque jour sa ration de chair humaine, les survivants n'ont d'autres ressources que d'offrir leur corps en sursis à la douceur du désir et à la violence des étreintes.Vincent, le narrateur, est un très jeune homme particulièrement beau et intelligent. Il découvre la passion dans les bras d'Arthur, un jeune soldat qui tente d'échapper pour quelques jours à l'horreur des tranchées ; et dans le même moment, il noue une amitié amoureuse avec Marcel Proust que la séduction de cet adolescent trouble.Une correspondance s'établit alors entre les trois protagonistes : des lettres d'amour déchirantes entre Vincent et Arthur, qui devine que la guerre va le broyer, et des lettres troublantes entre Vincent et Marcel Proust, qui tente d'éclairer le jeune homme sur les dangers terribles que sa sexualité va lui faire courir.La dernière partie de ce roman impudique et violent est consacrée à la confession de la mère d'Arthur. Cette femme effacée a toujours travaillé chez les parents de Vincent et c'est à lui qu'elle décide de révéler le secret qui l'oppresse.http://www.philippebesson.comPrix Emmanuel-Roblès 2001Prix premier roman de Culture et bibliothèques pour tous de la Sarthe 2001

  • Une histoire simple et déchirante par l'auteur de "En l'absence des hommes".
    Thomas meurt. Thomas accepte de mourir. C'est ici, dans la maison de Saint-Clément, la maison de l'enfance, qu'il choisit d'attendre de mourir. Je suis auprès de lui. C'est encore l'été. J'ignorais qu'on pouvait mourir en été.Je croyais que la mort survenait toujours en hiver, qu'il lui fallait le froid, la grisaille, une sorte de désolation, que c'est seulement ainsi qu'elle pouvait se sentir sur son terrain. Je découvre qu'elle peut tout aussi bien exercer sa besogne en plein soleil, en pleine lumière. Je songe que Thomas l'accueillera en pleine lumière."Un jour, Thomas apprend qu'il est gravement malade et qu'il va probablement mourir. La nouvelle touche en plein coeur ce jeune homme si vivant, si amoureux. Comment supporter une telle épreuve? Lucas, son frère va l'accompagner pendant ces quelques mois. Ils iront se réfugier dans la maison d'enfance, la maison blanche de l'île de Ré. Non pas pour attendre la mort mais pour vivre intensément chacune des heures qui leur est donnée.On retrouve dans ce nouveau roman les qualités de "En l'absence des hommes", premier roman très remarqué de Philippe Besson paru en janvier 2001."Son frère" a été adapté par Patrice Chéreau, avec Eric Caravaca et Bruno Todescini. Le film sera diffusé sur Arte au printemps 2003, puis sortira en salle. Il a reçu l'Ours d'argent du Festival du film de Berlin (la Berlinale).www.philippebesson.com

  • A la suite d'un terrible drame familial, et afin de surmonter son chagrin, le docteur Kurt Krausmann accepte d'accompagner son ami aux Comores. Leur voilier est attaqué par des pirates au larges des côtes somaliennes, et le voyage "thérapeutique" du médecin se transforme en cauchemar. Pris en otage, battu, humilié, Kurt va découvrir une Afrique de violence et de misère insoutenables où "les dieux n'ont plus de peau aux doigts à force de s'en laver les mains". Avec son ami Hans et un compagnon d'infortune français, Kurt trouvera-t-il la force de surmonter cette épreuve ? En nous offrant ce voyage saisissant de réalisme qui nous transporte, de la Somalie au Soudan, dans une Afrique orientale tour à tour sauvage, irrationnelle, sage, fière, digne et infiniment courageuse, Yasmina Khadra confirme une fois encore son immense talent de narrateur. Construit et mené de main de maître, ce roman décrit la lente et irréversible transformation d'un Européen, dont les yeux vont, peu à peu, s'ouvrir à la réalité d'un monde jusqu'alors inconnu de lui. Un hymne à la grandeur d'un continent livré aux prédateurs et aux tyrans génocidaires.

  • "L'été finit à Florence, ville des princes et des énigmes.Mon histoire, elle, commence.Je m'appelle Luca et j'ai disparu.Deux êtres sont à ma recherche: Anna, ma compagne, tout en courage et en douleur, et Leo, jeune homme mystérieux qu'on voit souvent rôder aux abords des gares. Que je vous dise: Je suis mort. Pourtant c'est bien moi qui parle." Luca a été retrouvé noyé, à Florence, dans les eaux de l'Arno. Anna Morante, sa compagne, cherche à connaître les causes exactes de ce décès: accident, suicide, meurtre ? Pourquoi trouve-t-on des traces de somnifères dans le sang de Luca, lui qui n'en prenait jamais? Au cours de son enquête, Anna découvre l'existence d'un nommé "Leo Bertina"... Une autre voix conduit le roman, celle du disparu. Si Luca est mort, ça ne l'empêche pas de commenter les conséquences de son décès, et de s'apercevoir qu'il n'est peut-être pas si souhaitable de survivre à sa propre mort... Il se désole d'infliger aux survivants une si lourde douleur. Il se désole plus encore de voir Anna se démener pour apprendre un secret qui va l'anéantir.

  • À travers l'histoire de Naja, un personnage d'autant plus terrifiant qu'il est un jeune homme ordinaire, Yasmina Khadra décrit avec un réalisme méticuleux l'évolution tragique et sanglante de la société algérienne depuis la fin des années 1980.
    Par quel cheminement aberrant un homme ordinaire peut-il, sans crier gare, sombrer dans l'horreur de la folie ? C'est ce glissement inexorable que nous décrit Yasmina Khadra à travers l'histoire de Nafa Walid, un jeune acteur qui rêvait de gloire et de pactole avant de se réveiller au coeur même du cauchemar.A quoi rêvent les loups est aussi l'histoire terrible d'une nation inattentive à la dérive des êtres et des choses jusqu'au jour où le ciel lui tomba sur la tête.

  • Un soir, une jeune femme aborda Jean Teulé...
    Un soir, une jeune femme aborda Jean Teulé. Curieusement affublée, elle semblait sortir d'un sketch des Deschiens mais son regard, sa démarche et son assurance gouailleuse intriguèrent l'écrivain. Elle dit s'appeler Darling, vouloir raconter son histoire afin qu'il en tire un livre. Elle estimait qu'ils rendraient tous les deux un grand service à leurs contemporains en montrant qu'on peut toujours s'en sortir en dépit de la violence et des catastrophes qui vous tombent sur la tête. En écoutant le récit de Darling, Jean Teulé a entendu l'éternelle lamentation de ceux qui traversent les déserts abominables des vies sans affection, sans respect, sans ressource. Mais il a discerné aussi la voix d'une personnalité étonnante, la voix d'une femme capable de dévisager le malheur avec insolence et d'en parler avec des mots étonnamment justes. De son frère, mort bizarrement dans un accident de la route, elle dira : Quand je l'ai vu, la tête transpercée par une barre de fer tombée d'un camion, j'ai trouvé qu'il ressemblait à un joueur de baby-foot. Succession de coups durs, de rebuffades, d'humiliations, de rêves salopés, de tortures morales et physiques, sa vie a été une longue et lente chute sur le toboggan social d'une France impitoyable, descente aux enfers dont chaque étape lui a laissé une cicatrice incurable. Jean Teulé n'a pas voulu écrire une biographie, il a tenté de rendre, à travers l'écriture romanesque, la trajectoire baroque et tragique d'une femme exceptionnelle que le sort accable, que la société ignore et méprise et qui, pourtant, continue inlassablement à se battre pour redonner à sa vie une cohérence et un but. Grâce à ce roman tendre et terrible, drôle aussi, Jean Teulé - dont le premier livre Rainbow pour Rimbaud a rencontré un immense succès - confirme toute la profondeur et la richesse de son talent.

  • Après les succès des "Jours fragiles", d'"Un garçon d'Italie" et de "L'Arrière-saison", fidèle au rendez-vous, Philippe Besson confirme avec ce sixième roman l'étendue de son talent.
    Je suis né au milieu d'un automne, un jour de brume, un jour comme un autre, en somme. La brume, elle est là presque tout le temps. Elle recouvre tout, elle nous accompagne, elle sera là jusqu'au jour de notre mort. Elle est notre unique certitude. Ce voile sur nos visages. Ce gris dans nos regards. Ces gouttes qui perlent sur l'avant de nos bras.J'ai habité toute mon enfance dans une des maisons de poupée alignées sur le rebord de la côte, vous savez, ces maisons identiques les unes aux autres, au point qu'on pourrait rentrer chez un voisin sans s'en rendre compte. Ces maisons qui possèdent des bow-windows et un jardinet. On gare la voiture sur le côté.Je n'ai pas d'âge. Les années ont passé, je les ai perdues. Si je ne devais compter que les années heureuses, je serais encore un enfant.Je suis Thomas Sheppard, les gens m'ont toujours appelé Tom. Les gens, ce sont mes parents, les garçons qui ont grandi en même temps que moi, les vieux, les commerçants. Et Marianne, bien sûr. Personne ne m'appelle Thomas. Sauf ma grand-mère. Elle ne va pas tarder à mourir, à ce qu'on m'a dit. Alors, pour de bon, je ne serai plus Thomas pour personne.Je suis Thomas Sheppard et je n'avais jamais quitté Falmouth jusqu'à ce que les hommes m'emmènent.Aujourd'hui, je reviens.Je n'avais nulle part où aller.

  • Yasmina Khadra se démasque
    Depuis la parution, au début des 1997, de Morituri, Yasmina Khadra n'a cessé de susciter des interrogations en France, en Europe et dans le monde arabe. Dans son pays, notamment, la presse unanime a loué son authenticité de romancier et de témoin de la tragédie algérienne. Aujourd'hui, Yasmina Khadra a enfin le pouvoir de décliner son identité et de lever le voile sur un mystère qu'il n'a pas voulu.L'Écrivain est le récit de cette fatalité.

  • Avec Les Agneaux du Seigneur, on entre insensiblement dans la réalité du drame algérien qui semble pourtant défier l'analyse et la raison.
    De loin, Ghachimat est presque une image d'Epinal avec couchers de soleil sur les montagnes. De près, Ghachimat est un village comme les autres : on s'y côtoie depuis l'enfance, on se jalouse. On s'affronte en secret pour obtenir la main d'une fille. On déteste ceux qui ont réussi, on méprise ceux qui sont restés dans la misère. On étouffe sous le joug d'une tradition obsolète. On ne s'émeut guère des événements qui embrasent la capitale. Qui n'a rien à se reprocher peut dormir sur ses deux oreilles, se dit-on. Ceux qui ont été abattus n'étaient pas tous des anges. Mais il suffit du retour au pays d'un enfant fanatisé pour que les habitants de Ghachimat basculent dans le crime collectif, portés par le ressentiment et la rancoeur, pour que des garçons bien tranquilles deviennent des tueurs en série. Le printemps n'émerveillera ni les bêtes ni les hommes. Les coquelicots évoqueront des boursouflures écorchées. L'aile gauche du cimetière atteindra bientôt les murailles d'en face. Tous les jours, un conroi ira confier son cher disparu à une terre devenue charnier.

  • Elle était ce que Dieu, dans Son immense générosité, pouvait concevoir de mieux. Si j'étais parvenu à la mériter, j'aurais été le plus heureux des hommes. Mais le Diable la voulait pour lui tout seul. Depuis, mes jours me sont devenus étrangers et mes nuits des concubines ingénues. Enfermé dans sa solitude et hanté par les souvenirs douloureux de son enfance, un homme se souvient. Un roman poignant et dérangeant qui décrit de l'intérieur le mécanisme qui pousse un être simple à la folie meurtrière.Prix de la Société des Gens de Lettres 2003

  • Quand un écrivain réinvente l'histoire d'un tableau...
    " Au commencement, il y a cette peinture d'Edward Hopper qu'on peut voir à Chicago. J'ai dû l'apercevoir à plusieurs reprises avant de m'en procurer une reproduction, un dimanche d'ennui. Quand je l'ai installée dans mon appartement, elle m'a semblé curieusement familière. Du coup, je ne lui ai pas vraiment prêté attention. Elle a traîné, pendant plusieurs jours, dans son cadre posé contre un mur, à même le parquet (du reste, elle y est encore).Un soir, sans intention particulière, j'ai observé la femme en robe rouge de la peinture, assise au comptoir d'un café nommé Phillies, entourée de trois hommes. Je me suis souvenu aussi de la passion de Hopper pour les paysages de la Nouvelle-Angleterre. Alors, ça s'est imposé à moi, sans que j'aie rien cherché. J'ai eu l'envie impérieuse de raconter l'histoire de la femme à la robe rouge, et des trois hommes autour d'elle, et d'un café à Cape Cod.Oui, cela a été clair en un instant. "
    Philippe BessonGrand prix RTL - Lire 2003

  • Dans trois heures, le lieutenant Pontoise ne sera plus de permanence et pourra, le temps d'un dimanche, oublier les turpitudes et tes angoisses du difficile métier de policier. A cet instant précis, une femme entre dans le commissariat et s'accuse d'avoir assassiné son mari. Quand et comment l'a-t-elle occis ? En le poussant, il y a quelques années, par la fenêtre de leur appartement du onzième étage. Pourquoi ? Il buvait et il la battait, elle et ses enfants. Comment se fait-il qu'on ne l'ait pas arrêtée à l'époque ? Elle a dit qu'il s'agissait d'un suicide et tout le monde l'a crue. Alors pourquoi se dénoncer des années après ? Parce qu'elle a des remords. Et pourquoi justement ce soir ? Parce que ça s'est passé il y a dix ans jour pour jour, et que demain le crime sera prescrit. Le lieutenant Pontoise n'en croit pas ses oreilles. Il refuse d'entendre de telles âneries. Jamais il n'arrêtera cette femme qui a commis le crime parfait en débarrassant la société d'un franc salaud, pense-t-il. Qu'elle aille cuver ses remords chez elle. Mais ce n'est pas l'avis de la meurtrière...

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