• Sur l'oppression, on pourrait croire que tout a été dit. Pourtant, l'unique façon de changer le monde est de changer d'abord l'idée que nous nous en faisons : car c'est dans la culture que gît le noeud du problème, dans le logos - langage, logique - qui lui donne sens. C'est pourquoi il était nécessaire de reprendre l'analyse du concept d'Occident, et cela sans masochisme : le travail d'écriture n'est-il pas déjà, par lui-même, une voie de libération ? On trouvera donc ici les premières traces de ce parcours, où il s'agit surtout de l'exclusion dont le sauvage, la femme, le fou n'ont pas fini d'être victimes. Mais entre tous ces textes se tissent des liens qu'on a aussi tenté de faire voir : la question de la folie nous oblige à poser celles du pouvoir et du sacré, qui à leur tour nous reconduisent vers la folie du monde. Et cependant le cercle n'est pas clos. C'est d'ailleurs la fonction de la philosophie d'en chercher le centre et de nous aider à en sortir.

  • Les philosophes, disait robert Musil, sont des êtres violents qui, faute d?avoir une armée à leur disposition, se soumettent le monde en l?enfermant dans un système. il peut aussi leur arriver de vouloir atteindre leurs objectifs en devenant les conseillers d?un prince. ils s?exposent, en ce cas, à de pénibles frustrations car le prince (« bon » roi ou « méchant » tyran) n?a que faire des conseils d?un naïf philosophe.
    Si je reviens ici sur les temps forts de cette histoire (Platon et Denys, Descartes et Christine, Voltaire et Frédéric, Heidegger et Hitler, etc.), ce n?est pas pour inviter les philosophes à s?éloigner de la politique. C?est, au contraire, pour tenter d?instituer, entre le pouvoir et la pensée, un véritable dialogue. encore faut-il, pour que celui-ci soit possible, que soit reconnue la nature paranoïaque de la démarche philosophique.
    C. D.

  • Submergés par la " culture ", savons-nous encore ce qu'est l'art ? rien n'est moins sûr.
    Car tout ce qui caractérisait l'art autrefois s'est profondément transformé : le sens du beau, la définition de l'oeuvre, le statut même de l'artiste. comment une telle mutation s'est-elle produite ? christian delacampagne l'explique en détail. philosophe et historien, il montre quelle révolution picturale a été déclenchée par l'invention de la photographie, et comment l'art a fini par devenir, de marcel duchamp à andy warhol et au-delà, une pratique sans oeuvres ni artistes.
    Une pratique qui, au moment même où l'art semble s'être dissous, bénéficie d'un marché mondial dont le passé n'offre pas d'équivalent. cette analyse des paradoxes contemporains constitue également une initiation très vivante aux écoles artistiques du xxe siècle.

  • Si le combat pour les lumières est toujours à reprendre, c'est que les ténèbres, elles aussi, se déplacent. L'obscurantisme, aujourd'hui, n'est plus du côté de la folie, mais de la raison. Ou de ce qu'on prend faussement pour " la " raison : simplement l'une de ses figures historiques, d'autant plus redoutable qu'elle demeure méconnue. Contre ce dogmatisme, on ne peut refuser à l'antipsychiatrie le privilège d'avoir été la première réaction de libération. D'avoir, dans l'insensé, reconnu le travail d'un sens, le cheminement d'une vérité. Travail obscur, cheminement souterrain qu'un philosophe poursuit ici.

  • Pourquoi ce titre ? Parce que, au centre du livre, se trouve une réflexion sur les rapports de la puissance romaine - que symbolise la Louve - et de l'art baroque dont la floraison, aux alentours de 1630, a si profondément marqué jusqu'au visage actuel de Rome. Rome n'est pas une ville comme les autres, mais sans doute {la} ville par excellence. Elle est bien, en effet, le berceau d'une civilisation - la nôtre. En portant témoignage non seulement le réseau mystique de ses fontaines, de ses églises et de ses obélisques, mais aussi la culture des Romains, toujours vivante, le savoir-faire de ses artisans, la richesse de son cinéma et tant d'autres visages présentés de façon exclusivement concrète : anecdotes, rencontres, promenades ou faits divers... Pourtant, cette civilisation que Rome a modelée pendant plus de deux millénaires s'est aujourd'hui emballée comme un cheval fou : c'est en plein centre de la ville que les "autonomes" défilent, que la police tire, que les terroristes opèrent et que l'on retrouve le corps d'Aldo Moro. Symptômes d'une mutation dans les formes de pouvoir inventées, précisément, à Rome ? Peut-être, mais d'une mutation dans laquelle Rome, aussi, risque de s'engloutir : la vérité de Rome, ne serait-ce pas les ruines ?

  • La collection est dirigée par Yves Charles Zarka, directeur de recherche au CNRS. Il existe un public virtuel pour la philosophie. Il existe de très bons philosophes. Comment faire pour que la rencontre ait lieu ? Comment faire pour que la discordance du désir de la pensée et de la réalité de la pensée soit réduite ? C'est l'enjeu de cette collection qui ouvre un espace pour des prises de position et des débats publics sur des questions d'actualité abordées d'un point de vue philosophique.


  • Récit d'une errance à travers le monde : Espagne, Turquie, Liban, Arménie, Inde, Chine, Japon, Vietnam, CAmbodge, Sri Lanka, Etats-Unis.


  • Nul n'est étranger à la philosophie. Simplement parce que les problèmes dont elle traite sont ceux qui traversent la vie humaine : l'amour et la justice, la vérité, l'inexorable écoulement du temps, le désir, le pouvoir, la technique, la liberté, le rôle de la société, la fonction de l'art...
    Cependant, la réflexion que chacun porte sur ces thèmes a besoin pour se renforcer de s'ouvrir à celle de philosophes confirmés. Tâche difficile, car tantôt la philosophie, pour se rendre accessible, se " vulgarise " au point de n'être plus... philosophie ; tantôt, voulant garder sa spécificité, elle se maintient à un haut degré de technicité et ainsi demeure inaccessible au profane. Les contributions qui composent Philosopher 1 et Philosopher 2, réunis en un seul volume de " Bouquins ", sont certes celles d'" experts en la matière ", mais visent toutes le même but, qui est d'introduire à la réflexion philosophique en évitant à la fois la décevante vulgarisation et l'excessive spécialisation : elles peuvent être lues par le néophyte, et aucune n'est susceptible d'être critiquée pour un manque de rigueur par un " spécialiste ".
    Ce que propose Philosopher n'a jamais été fait : éclaircir les interrogations contemporaines, en établissant une passerelle entre la scène publique, où s'élaborent, se confrontent et s'affrontent les théories qui vivifient la démocratie délibérative, et la classe, où des lycéens de toute section sont initiés par leurs professeurs à la réflexion philosophique et à la lecture des grandes oeuvres de l'histoire de la pensée. Pour bâtir ce pont, il fallait que des philosophes, mais aussi des biologistes, des psychanalystes, des historiens, des écrivains, des hommes de sciences acceptent de traiter expressément, par une contribution inédite, les principales questions inscrites au programme des classes terminales, qui n'ont rien de " scolaire " et recouvrent ces questionnements fondamentaux auxquels chacun, étudiant ou amateur éclairé, est confronté. Le fait qu'ils aient été si nombreux à accepter, et qu'ils se nomment Vladimir Jankélévitch et Jean-Pierre Vernant, Emmanuel Le Roy Ladurie, Edgar Morin, Alain Badiou, Alain Touraine, François Châtelet, Michel de Certeau, Albert Jacquart, Philippe Ariès, Robert Castel ou Henri Lefebvre, pour n'en citer que quelques-uns, a permis à Philosopher - ouvrage qu'on dirait aujourd'hui " collector " - d'offir à tous, en un langage clair, un outil précieux pour " entrer en philosophie ", mais également un vaste panorama de la pensée française contemporaine.

  • Monstres, hybrides, animaux composites, sphinx, hydres, chimères, dragons, licornes, griffons, sirènes, centaures, tritons, pégases, harpies, phénix : les animaux fantastiques sont partout dans l'art mondial de Sumer à la Grèce, de la Chine au Mexique, de l'Afrique noire à la Mélanésie, des enluminures gothiques au cinéma de Hollywood en passant par Bosch, Goya, Picasso, la bande dessinée, la publicité, le folk art et l'art brut. On les trouve donc à toutes les époques, dans toutes les cultures, dans tous les genres artistiques.Cette iconographie, riche et complexe, suscite maintes questions sur les mondes imaginaires dont se sont nourris de tout temps les créateurs. Cette approche exhaustive, très illustrée, offre un extraordinaire bestiaire fantastique de l'art.
    Ce livre a obtenu le prix du Cercle Montherlant de l'Académie des beaux-arts.

  • S'étendant sur trois millénaires, la civilisation pharaonique est l'une des plus longues qui aient existé. C'est aussi, de toutes les civilisations antiques, celle qui hante avec le plus d'insistance l'imaginaire de l'homme moderne. Ce livre s'attache à analyser les raisons objectives d'une telle fascination. La première partie dégage les principales constantes de la culture égyptienne : cadres sociaux et politiques, structures mentales, culturelles et religieuses dont la relative fixité a modelé, pendant trois mille ans, la vie des habitants de la vallée du Nil, leurs activités quotidiennes, leur attitude devant la mort. Une seconde partie, épousant au plus près le fil de la chronologie, met en lumière, pour chacune des grandes étapes de l'histoire égyptienne, l'essentiel de ce que celle-ci a apporté dans les domaines de l'art et de la spiritualité - les deux aspects de la civilisation pharaonique qui ont laissé les traces les plus durables. Une conclusion enfin, propose une brève synthèse des " inventions " fondamentales - de l'écriture à la notion d'individu - dont cette civilisation a enrichi le patrimoine commun de toute l'humanité, et particulièrement de l'Occident qui, par l'intermédiaire de Rome, doit beaucoup plus qu'il ne le croit à l'empire de Khéops, de Thoutmosis et de Ramsès. L'illustration somptueuse de Erich Lessing appuie le texte de Christian Delacampagne en apportant le supplément précieux du témoignage visuel. On s'en évade pour magnifier l'Egypte, son Nil, les sites incomparables, les multiples chefs-d'oeuvre de son art, la pérennité de ses paysages et des ses coutumes.

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