• Têtes de zinc

    Clément Maraud

    • Paris
    • 1 Octobre 2008


    au coin du zinc, on croise paul, gus, benoît, julot, chico, alice.
    d'autres encore, leur nom décousu au fil d'une vie de débine, voyageurs sans bagages qui jettent l'ancre dans des rades de hasard dont la clientèle constitue, bien souvent, leur seule famille. même si la suite de récits de clément maraud n'offre aucune unité de temps ni de lieu, le comptoir du café sert d'appui, voire d'asile à ces divers personnages dans la solitude ultime qui les réunit. ivrognes et mendiants, pochards métaphysiques, miséreux, rêveurs, exilés, vieillards oubliés par l'époque ne reçoivent en partage que ce qu'ils s'inventent: des secrets incertains, des jours meilleurs, des ivresses exquises, des jeux sans hasard, des rôles abandonnés, des contes extravagants.
    ces vies en panne sèche confondent leurs caractères divers dans la conscience d'un même malheur, catalogue de destinées quelconques rassemblant, à l'envers du tic romanesque, des sujets sans histoire, appartenant à ce côté du monde si commun qu'il arrive qu'on y vive sans y penser. une douzaine de récits qui rassemble, dans des décors à la fois proches et différents, des personnages hauts en couleurs, sensibles et discrets que nous croisons souvent sans bien les voir.
    un raccourci d'humanité.

  • Christianisés au IIIe siècle, les Arméniens furent, dès 640, menacés par les Turcs. Lors de la conquête de la Grande Arménie, entre 1386 et 1394, Timûr, sinistre précurseur, massacra une grande partie de la population. Entre 1894 et 1896, sous le règne d'Abdul Hamid II, sultan depuis 1876, un plan d'extermination est dressé qui fera plus de 150 000 victimes. Initiateur du génocide arménien, Abdulhamid sera déposé par une junte en 1909, qui continuera avec application le massacre (plus d'un million de morts en 1915), et il mourra exilé à Thessalonique, en 1918.
    En 1898, l'homme de lettres Edmond Fazy (1870- 1910) imagine, dans quelques pages d'un roman baroque, l'envoi à Constantinople d'Ubu et de Vacher l'Éventreur pour liquider le sultan. Mais Ubu va profi ter de cette mission spéciale pour reprendre le pouvoir ! À partir de cette fantaisie « hénaurme », Clément Maraud poursuit la geste d'Ubu sultan dont l'humour féroce dynamite la cruauté et la bigoterie d'Hamid le fourbe. Un siècle après le génocide de 1915, cette pièce est publiée et jouée (par le Théâtre d'Or) dans une période où la Turquie d'Erdogan renoue avec les vieux démons : réislamisation de la société, grignotage des libertés laïques et démocratiques, acharnement contre la minorité kurde, mais, comme dirait Ubu, il n'y a plus aujourd'hui d'Arméniens à décerveler.
    En prélude au drame, une étude cerne la personnalité d'Hamid « le Saigneur », cet assassin méthodique.

  • Monsieur taupe

    Clément Maraud

    Taupe vit le jour, et ses périls, sa mère resta dans sa place de domestique jusqu'à ce qu'il fît ses premiers pas, apprit que son engrosseur,un cycle de ses études achevé, avait quitté la ville, obtint de la directionde la Manufacture de reprendre sa placeaux Tabacs, sous la condition, vraiment paternelle,de ne plus se laisser surprendre par des fables,ce qu'elle promit de grand coeur.Pour avoir été naïve,elle y avait gagné le ton de la franchise, usa d'une expression vigoureuse, imagée,qui fit rire les patrons,et s'y tint :Taupe resterait son unique contribution à la propagationde l'espèce humaine.

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