• « Sur le livre biblique d'Esther continuent à se brocher des discours contemporains, au contenu sans surprise. Ici, on célèbre une oeuvre littéraire qui donne à voir, à travers une intrigue où la dissimulation et l'acceptation apparente de règles imposées servent d'armes aux dominés, un art ancien de la résistance. Là, on magnifie au contraire, dans l'esprit d'une politique qui met en concurrence États et nations dans un jeu à somme nulle, [...] la capacité à exploiter sans hésitation un rapport de forces favorable.
    Danny Trom se dissocie de ces lectures faciles, mais cherche lui aussi à percer le secret d'un art politique, moins dans le livre biblique que dans son commentaire rabbinique. Il trouve en effet dans le principal ouvrage renfermant les gloses des sages rabbiniques sur Esther - Esther Rabba - le dépôt d'un riche enseignement politique qui a déterminé sur le long terme les formes courantes de la pratique du politique dans le monde juif. Mieux, fidèle sur ce point aux positions d'Hannah Arendt et de Yosef Yerushalmi, il pense que d'anciennes manières de comprendre, de sentir et de faire ont représenté un outillage mental si puissamment installé qu'elles ont conservé leur emprise même lorsque les bouleversements induits par l'Émancipation et l'entrée dans l'univers de la citoyenneté d'abord, par la confrontation avec l'antisémitisme moderne ensuite, devaient engager les Juifs à les transformer ou à s'en défaire. [...] Il y voit le ressort, non pas de conduites qui ont laissé les juifs démunis face à l'extrême, et ont pu faciliter l'entreprise d'annihilation, mais au contraire d'un sursaut qui a réussi à créer les conditions nécessaires pour que leur survie même ne soit plus mise en danger ».
    Maurice Kriegel.

  • Les juifs de France se trouvent aujourd'hui dans une situation inédite : à la fois hyperreconnus en raison de l'aveu permanent et réitéré par l'Europe de la faute d'avoir laissé se produire la Shoah, et contraints au départ (70 000 depuis dix ans) en raison de la stigmatisation qu'ils endurent désormais de la part des populations d'origine musulmane qui voient en eux les « bourreaux » de leurs frères arabes en Israël, sans que l'État français, en situation de contrition postcoloniale, soit en mesure de réagir.
    Cette situation mène l'auteur à réécrire l'histoire de la France depuis la défaite politique majeure que représente l'issue de la Seconde Guerre mondiale, sur laquelle l'Europe s'est édifiée dans le sens d'un abandon progressif mais toujours plus accentué du politique au profit d'une société de marché.

  • Depuis une dizaine d'années, la gauche radicale, après une longue éclipse, a fait sa réapparition sur la scène publique française. Longtemps empêtrée dans une crise théorique profonde, elle construit un dispositif susceptible de fonder une critique radicale sur de nouvelles bases et d'impulser un enthousiasme militant qui puisse s'y adosser. Ce texte explore les opérations théoriques au travers desquelles la gauche radicale accomplit cette tâche. Il distingue deux manières, parallèles et contradictoires, de surmonter la crise de la critique : la première voie est empruntée par une gauche radicale appelée « sociale » qui redéfinit une nouvelle question sociale autour de la figure de la victime souffrante, tandis que la seconde voie est empruntée par une gauche radicale appelée « politique » qui veut marquer une ligne de front et les lieux d'une subjectivisation subversive qui lui soit ajustée. Et sur ces chemins d'une critique radicale régénérée, chacune rencontre un obstacle appelé à être levé. Cet obstacle, les deux critiques radicales confondues tentent de le cerner dans les termes déterminés par le chemin qu'elles se sont choisi. Et elles le nomment. En identifiant, de manière tâtonnante, ce qui à chaque fois fait obstacle à la relance de la critique, elles formulent un « problème juif ». Absolument incompatibles entre elles, les deux gauches radicales semblent néanmoins confluer à ce point d'intersection. Les sempiternelles accusations d'antisémitisme sont ici impuissantes à saisir ce qui est en jeu. Car la critique radicale ne préjuge pas, ni ne se trompe : en faisant pivoter la critique radicale autour d'une humanité souffrante ou en traquant un agent responsable de la dépolitisation, elle fait surgir les juifs au coeur de son dispositif théorique en voie d'édification. La promesse de la gauche radicale française s'actualise alors toujours davantage comme une menace adressée aux juifs. Tel est le fait dont ce texte veut restituer la logique.

  • Il s'agit ici d'éclairer le mode d'existence des entités collectives qui peuplent le monde social.

    Qu'est-ce qu'un collectif ? L'usage, volontaire, du substantif suggère que « collectif » renvoie non pas à une qualité, à un mode d'action ou à un type de processus, mais à une personne, un individu ou un sujet collectif. Ainsi personnifiés, les collectifs semblent appeler une description de leurs propriétés substantielles, plutôt qu'une analyse de leur constitution. C'est pourtant dans cette seconde voie que l'enquête doit s'engager, pour faire apparaître les multiples procès à travers lesquels les individus s'associent et créent des groupements de toutes sortes. Les auteurs, de différents pays et de diverses traditions de pensée, font le point sur les débats, actuellement vifs en philosophie et en sciences sociales, concernant l'analyse des collectifs, et proposent des solutions originales aux problèmes qu'elle pose.

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