• « Tout le monde pense, les poètes aussi.
    On ne s'en aperçoit pas toujours, parce qu'on préfère les voir en rossignols ou en oiseaux lyres, distraits plutôt que pensifs. Ou en êtres irrationnels, en proie à une fureur dangereuse pour la Cité, ce qui conduisit Platon à les bannir de sa République.
    Et pourtant. Comment ne pas penser quand la mémoire et le langage sont en jeu, quand tout l'être soutenu par le rythme est à la recherche du mot juste, afin de piéger une vérité qui se dérobe ? Mais la pensée des poètes exerce un charme, et l'on se méfie de ce qui ensorcèle, on n'aime guère être séduit quand on voudrait que règnent les idées. La poésie pense en images, elle s'empare d'objets imprévus ou réputés futiles. Elle aime les surprises plutôt que la théorie, la sensualité plutôt que l'abstraction, et c'est souvent après coup que le poète découvre ce qu'il avait à dire. » Vingt-trois grands poètes, de Charles Baudelaire à Jacques Réda, peuplent cette anthologie conçue par un vingt-quatrième d'entre eux.

  • Le mot « destin » que Gérard Macé fait figurer dans le titre énigmatique de son livre appartient tout autant à la mythologie qu'à la cartomancie, et par conséquent définit la double inquiétude d'un poète qui de longue date, entre fatalité et prédication, s'est enjoint d'ausculter par bribes l'enchaînement des scènes de l'enfance en même temps que leur inexorable déformation dans la boule, plus ou moins magique, du rêve. Ce faisant, il nous fait mieux comprendre aussi que l'écriture de soi ne peut être pour le poète qu'une projection fantasmée de la mémoire du monde, de ses rites et de ses fables.

    Au seuil du livre, Macé s'impose de parler « comme on répond au sphinx » et publie quarante « mots de passe ». En les disposant chacun en quatrain de façon à associer en miroir des images présentant entre elles le plus grand écart, le poète semble avoir cherché, dans le sillage du surréalisme, à résoudre poétiquement les contradictions du réel. Et cela l'a conduit à établir comme poreuse la frontière entre les deux pans cardinaux de la vie humaine, l'éveil et le songe. Il s'est agi ensuite pour lui d'essayer de formuler « ici » la clé de l'énigme, qui tout en neutralisant la sentinelle du Temps lui permettrait de rouvrir un accès harmonieux vers le royaume des morts : « Une porte à tambour / pour entrer dans les rêves /L'esprit toujours léger /mais l'inquiétude au coeur. » L'un des charmes de ce recueil tient à la reprise de certains vers d'un poème à l'autre : des bribes de souvenirs, modulées discrètement comme autant de mirages, circulent des premières pages du livre vers les poèmes plus longs des deux dernières parties : « Images de la caverne » et « Sous les nuages de Magellan ». Signe de l'intense et mystérieuse combinatoire entre les éléments du réel, cette dernière section est la transcription d'un rêve quasi-nervalien que fit l'auteur « au cours d'une nuit d'octobre », et dans lequel il a justement rêvé avoir mis en vers un de ses propres livres paru chez Gallimard en 1995, L'autre hémisphère du temps. Mais à la différence des grands Voyants de la fin du dix-neuvième siècle, la poésie ne tombe pas dans la prose, c'est au contraire une certaine prose qui revient chanter là, apurée, dans le poème.

  • Le goût de l'homme

    Gérard Macé

    Pierre Clastres et les Indiens Guayakis, qui mangent leurs morts et connaissent donc le vrai goût de l'homme ; Marcel Griaule qui croit rencontrer Hésiode en Afrique, et cueillir le récit des origines sur les lèvres d'un vieillard aveugle ; Georges Dumézil et les peuples de l'Antiquité, dont les histoires et les croyances sont parvenues jusqu'à nous grâce aux textes, comme dans une migration des âmes qui aurait laissé des traces ; l'Éthiopie enfin, qui a gardé de son histoire des archives qui sont parmi les plus vieilles de l'humanité : ces expériences sont l'occasion de revisiter le musée de l'homme dont chacun d'entre nous est le fondateur et le gardien, mêlant ses souvenirs personnels à ceux des voyageurs et des peuples disparus, à la merci d'une mémoire qui refait sans cesse l'inventaire...
    Un musée où les morts se mettent à parler, où les vivants échangent leurs rôles et leurs masques, redisent les anciennes légendes en les interprétant, relancent l'imaginaire en s'inventant des origines, comme de vieux enfants parfois trop crédules.
    Ce qui permet de vérifier qu'il existe une autre communauté que celle du sol ou du sens - la communauté des hommes qui se souviennent des mêmes récits.

  • « Minuscule et vaste comme le monde, le jardin de ma mère était posé sur sa table à ouvrage. [...] C'est grâce à cet objet, en apparence insignifiant, que le Japon associé aux jardins est entré dans mon imaginaire ».

    Ainsi commence Ce monde qui ressemble au monde, traité merveilleux des jardins de Kyoto où Gérard Macé déploie, avec le style et l'élégance d'un acteur du Nô, le bel éventail des émotions allant de l'enfance à la promenade et de la photographie à l'érudition.
    On apprend dans ce livre comme on rêve. Le détail magnifie le parcours. Tout est feuille d'érable ou mousses impériales, dessins sur la sable et vanité du monde.

    Ce livre édité d'abord chez Marval, puis chez Gallimard et Au temps qu'il fait, est désormais un classique du Jardin Japonais.

  • Rome éphémère

    Gérard Macé

    « L'un des plus beaux livres écrits sur Rome. Une Rome suspendue entre le clair et l'obscur, le ciel et les ruines, les enfers et l'au-delà : une ville de fontaines et de foudre, de fleuve et d'incendie, de fables et d'artifices ; cité du théâtre et de l'illusion, élémentaire comme Isis, tragique comme Borromini, abyssale comme Piranese... Et l'érudition est voilée comme chez Nerval, c'est une érudition qui joue, invente jusqu'au délire, tire des feux d'artifice, pâlit avec les couleurs et les reflets de la nacre, avant de s'éteindre dans la mélancolie. » Pietro Citati.

    Avec des photographies N&B de Ferrante Ferranti.

  • Ne se fiant qu'à sa propre expérience de lecteur, commencée tôt quand il découvre le « dialogue entre un prêtre et un moribond », Gérard Macé approfondit tout au long de sa vie, avec une parfaite liberté intellectuelle, sa vision de l'oeuvre du divin marquis.
    Aussi, dans l'immense bibliographie sadienne, cet essai paraît placé sous le signe de la modération, de l'approche calmée, tâchant d'envisager toutes les facettes de la vie et de l'oeuvre. Le Sade que nous propose Gérard Macé est un neveu de Montesquieu et de Voltaire.
    Laissant de côté les commentaires de ceux qui se sont penchés sur le « grand seigneur méchant homme » - tout en saluant le travail fondateur de Gilbert Lely, par exemple - il prend soin de nous peindre la face aimable de Sade.
    Il en résulte un ouvrage imprégné du meilleur des Lumières où il n'y a ni procès, ni maniement d'encensoir : Gérard Macé insiste sur la curiosité inlassable de Sade et le montre à la fois anthropologue et ethnologue avant la lettre, comprenant les moeurs et les coutumes de peuples considérés comme sauvages. Guidé par un athéisme qui exclut tout dogme et idée préconçue, Sade privilégie l'habitude en ennemi de la nature. Quant à la sexualité, elle lui permet de développer une imagination qui n'a jamais été égalée... Il reste à ce jour un de nos grands auteurs modernes.

  • « Poésie/Gallimard » est une collection au format poche de recueils poétiques français ou traduits. Chaque volume rassemble des textes déjà parus en édition courante - tantôt du catalogue Gallimard, tantôt du fonds d'autres éditeurs -, souvent enrichis d'une préface et d'un dossier documentaire inédits. Élégant viatique pour les amateurs de poésie, la collection offre des éditions de référence, pratiques et bon marché, pour les étudiants en lettres. Aujourd'hui dirigée par André Velter, poète, voyageur et animateur de plusieurs émissions sur France Culture, la collection reste fidèle à sa triple vocation : édition commentée des « classiques », sensibilité à la création francophone contemporaine (Guy Goffette, Ghérasim Luca, Gérard Macé, Gaston Miron, Valère Novarina...) et ouverture à de nombreux domaines linguistiques (le Palestinien Mahmoud Darwich, le Libanais d'origine syrienne Adonis, le Tchèque Vladimír Holan, le Finnois Pentti Holappa, le Suédois Tomas Tranströmer et récemment l'Italien Mario Luzi, deux mois seulement après sa disparition...).

  • «De Champollion, j'ai d'abord su qu'il n'était pas en Égypte avec Bonaparte ; que de la pierre de Rosette il n'a jamais vu que des copies plus ou moins fautives ; qu'il souffrait de la goutte et de ses pieds enflés comme ceux d'OEdipe ; qu'il entendait rugir un lion dans le nom de Cléopâtre, et qu'il s'évanouit devant son frère quand il eut trouvé le secret des hiéroglyphes...
    Puis j'ai su que pendant l'hiver 1827 on lui fit la lecture des romans de Fenimore Cooper, en particulier Le dernier des Mohicans. Je l'ai suivi sur cette piste romanesque, à travers une forêt qu'il cherchait peut-être à déchiffrer en même temps qu'il s'intéressait aux moeurs et aux coutumes "des nations sauvages de l'Amérique"».
    Gérard Macé.

  • Dès le premier poème, qui donne son titre au recueil, consacré au poète aveugle à l'origine de notre tradition européenne, Gérard Macé place son recueil sous le signe d'un autre royaume, où tout est inversé. La poésie est fille de la nuit, comme les songes (ou comme le 7e art : plusieurs poèmes témoignent ici du goût de Gérard Macé pour le cinéma), elle naît de l'obscurité.
    Le royaume est aussi celui de la vision. Mais la figure d'Homère pourrait aussi évoquer, aux yeux du lecteur, un autre écrivain aveugle, plus proche de nous, Borgès qui, de même, entretisse inlassablement les images, les récits qu'il tire de sa mémoire de lecteur. Le poète est aussi un conteur qui redonne inlassablement vie à des écrits antérieurs qui se font écho dans notre mythologie personnelle, où les enfants de La Nuit du Chasseur rejoignent la figure d'Ophélie dérivant au fil de l'eau. Avec ces poèmes écrits dans une langue musicale, d'une grande simplicité, nous entrons sans peine aucune dans un monde où les frontières s'effacent, nous passons du personnel au légendaire : ainsi une chaussure oubliée sur le trottoir évoque-t-elle tour à tour Empédocle et Cendrilllon ; ainsi les souvenirs d'enfance nous reconduisent-ils à un monde qui était celui des prophètes. Et un peintre « naïf » comme Aloïse a ce même pouvoir de créer un théâtre intérieur, où deviennent visibles les forces cachées à l'oeuvre derrière cette mythologie.
    Dans la seconde partie, « Les restes du jour », les poèmes sont simplifiés à l'extrême, réduits à une ou plusieurs choses vues ou lues, à une ou plusieurs images qui déclenchent la rêverie, à la manière d'une phrase musicale qui résonnerait très longtemps en nous. Dans l'ultime section du recueil, « La fin des temps comme toujours », ils reprennent de l'ampleur, portés par « l'énergie du désespoir qui redonne la force de vivre ». Gérard Macé y donne la parole à la part de lui-même effarée par les horreurs de l'histoire et le spectacle présent d'un monde qu'il décrit au passé, comme pour mieux le tenir à distance, celui où « Enfermés dans des cages de verre, de puissants imbéciles à la voix douce, nous lisaient les images du jour ».

  • Dans la vie d'un lecteur, certains auteurs occupent une place à part - lectures inaugurales, compagnons de tous les jours, sources auxquelles on revient.
    La collection « Les auteurs de ma vie » invite de grands écrivains d'aujourd'hui à partager leur admiration pour un classique. Elle reprend le principe des « Pages immortelles », publiées dans les années trente et quarante chez Corrêa/Buchet Chastel : chaque volume se compose ainsi d'une présentation de l'auteur choisi ainsi que d'une anthologie personnelle.
    Ces rencontres extraordinaires, ici partagées, sont pour le lecteur de belles occasions de relectures ou de découvertes. « L'odeur de soufre s'était largement évaporée quand j'ai lu les Fleurs du mal pour la première fois. Un demisiècle plus tard, je suis sûr que le livre de Baudelaire, rouvert tant de fois depuis, m'a fait comprendre assez vite que la littérature, et singulièrement la poésie, agrandissait le réel. Baudelaire était bien ce magicien ès lettres » dont il parle dans sa dédicace à Théophile Gautier. Magicien et savant, tour à tour ivre de ses pouvoirs et mélancolique, accablé par la malchance, désigné par le sort pour être un génie malfaisant, qui épouvante sa propre mère. Jeune lycéen, comment ne pas être sensible à cette prose, à cette provocation, alors qu'on exagère tout et qu'on ne veut croire à rien ? »

  • Dans ce merveilleux petit livre, paru en 1987 chez Gallimard dans la collection « Le Chemin », Gérard Macé relit le grand oeuvre de Proust en y suivant le fil du nom de Fortuny, célèbre couturier de Venise et seul artiste vivant qui figure dans La Recherche. Ce nom, et le manteau offert à Albertine par le narrateur (et dont le modèle figure sur un tableau de Carpaccio), va lui servir de Sésame pour une lumineuse et féconde méditation, où s'entre-tissent, comme dans un tissu oriental, les motifs du « manteau d'Albertine », de la robe « couleur du temps » de Peau d'Âne, le costume d'Esther et les voiles de Shéhérazade. Le manteau de Fortuny y devient tour à tour métaphore de la mémoire, ou du livre lui-même, dans lequel s'enveloppe son créateur. Le miracle, c'est que, sans pastiche aucun, Gérard Macé réussisse à se hisser à la hauteur du livre qui l'a fasciné, par la beauté de son écriture aussi bien que par la subtilité des échos qu'il y découvre et multiplie, et à nous donner un plaisir de lecture comparable à celui que nous avons pris à son modèle.

  • sous l'un de ses portraits, nerval a écrit de sa main : " je suis l'autre.
    " cette formule, qui n'est pas moins troublante que celle de rimbaud " je est un autre ", est sans doute plus dangereuse pour son auteur, dont l'identité vacillante est un trait constant de son génie poétique, mais l'entraîne dans la folie. cette façon de se confondre avec un autre, jamais le même en apparence, est d'ailleurs à l'origine d'el desdichado, l'un des plus beaux poèmes de la langue française, dont la musique est celle d'un chant funèbre en même temps qu'une paradoxale affirmation de soi.
    des illuminés à aurélia, en passant par les filles du feu, les poésies allemandes et les chimères, j'ai interrogé à mon tour un portrait de nerval, le portrait changeant qu'il a laissé dans son oeuvre, et je l'ai complété par le témoignage d'un contemporain, si vraisemblable qu'il a le charme d'un propos saisi sur le vif, si peu connu qu'il a l'intérêt d'un inédit. g.m.

  • Colportage

    Gérard Macé

    Nouvelle édition revue et augmentée en un volume

  • La pantomime, le cinéma muet, le cirque : ces trois spectacles sans paroles (mais pas toujours silencieux) sont loin d'être privés de sens, même si le visage, les gestes, le corps tout entier s'expriment en se passant de tout discours, ce qui dans le monde d'aujourd'hui est presque une forme de résistance.
    Ces trois arts si proches de l'enfance à proprement parler, puisqu'ils sont muets, proposent d'autre part un traité du style et de la composition, car l'impeccable enchaînement de leurs figures est un savant dosage d'audace et de rigueur, de mémoire et d'improvisation. ce ne sont pas pour autant des refuges à l'abri des violences de l'histoire : sur la scène, l'écran ou la piste, la réalité fait parfois irruption comme un courant d'air déséquilibrant les funambules que nous sommes, ou comme une bête fauve dévorant les dompteurs que nous prétendons être.

  • « Promesse, tour et prestige sont les trois moments d'un spectacle de magie.
    Cette dramaturgie très simple est faite d'apparitions et de disparitions, de doutes et d'enchantement, comme la poésie et notre rapport au monde, mais donner trop d'explications est contraire aux usages, et tout dévoiler dépasse nos compétences. » Gérard Macé.

  • L'ethiopie, pour les archéologues et les historiens, c'est le territoire de notre ancêtre lucy.
    Pour le lecteur de poésie, c'est la dernière destination de rimbaud. mais l'ethiopie est aussi une civilisation au confluent du nil et de la mer rouge, dont l'histoire est écrite depuis l'antiquité. or la civilisation, en ethiopie comme ailleurs, c'est ce qui a résisté aux invasions, aux massacres, aux politiques désastreuses, aux épidémies, aux famines et même à l'oubli. la civilisation en ethiopie, c'est l'invention d'une histoire, des croyances qui se complètent ou se contredisent, des manuscrits qu'on interprète, c'est aussi ce qu'il y a de plus précaire et de plus manifeste : une façon d'être ensemble, de marcher le long des routes, de porter un enfant, de mener un troupeau, de croiser un regard et de parler aux bêtes.
    C'est la survivance de l'antiquité dans les gestes et la démarche, alliée si souvent à la peur du lendemain.

  • La lecture de segalen à la fin de l'adolescence, l'apprentissage rudimentaire et vite abandonné de la langue chinoise, puis trois voyages au japon ont fini par me donner, autant qu'une connaissance de l'orient, un autre regard sur ce qui m'était le plus proche.
    C'est pourquoi prennent place dans un même volume, à la suite de leçon de chinois et choses rapportées du japon, les tercets des petites coutumes, inspirés par le village d'ile-de-france où j'ai été enfant. hölderlin l'avait déjà formulé, avec d'autres mots : l'une de nos tâches les plus ardues, mais les plus nécessaires, consiste à s'approprier ce qui nous est le plus familier. chacun à sa façon, avec des détours qui lui sont propres.
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    G. m.

  • Au Cameroun, je suis allé une première fois en janvier 2010. J'y suis retourné en novembre 2012 et en janvier 2013, pour assister dans le pays bamiléké aux différentes phases de la succession d'un chef, ainsi que pour visiter une trentaine de chefferies, où j'ai été reçu comme un roi... par les rois eux-mêmes. Comme en d'autres endroits, ce qui m'a intéressé est la cohérence d'un univers, une tradition vivante qui évolue, les relations des hommes entre eux et au monde qui les environne.
    En écrivant et en photographiant, j'ai voulu éviter le point de vue superficiel du touriste qui reste sur son quant à soi, et ne pense qu'à se protéger, ainsi que le point de vue surplombant de l'ethnographe, que je ne suis d'ailleurs pas. Entre les deux, je crois toujours que la littérature a toute sa place, libre et singulière.

  • La carte de l'empire est un nouveau volume de Pensées simples, après un premier publié en 2011. Les très brefs textes qu'il rassemble au gré de quatre sections ont de prime abord l'allure de notes disparates, réflexions, notes de lecture, souvenirs, anecdotes littéraires, sans lien véritablement apparent.
    Un principe d'ensemble en émerge néanmoins peu à peu, qui est justement la négation de tout principe d'ensemble. Pour Macé il n'existe pas d'origine, ni de l'homme, ni des langues, ni de la culture. Tout est affaire de glissements, de déplacements d'un pays à un autre, d'un sens à un autre, d'un son à l'autre, etc. Un point de vue qu'il étaye de très beaux exemples, puisés dans l'oeuvre de Rabelais, dans l'histoire du Japon, comme dans Lévi-Strauss.
    Pas plus qu'il n'y a d'origine, il n'y a pour lui de centre - le présent manuscrit d'ailleurs n'en a pas. Macé s'exerce à regarder le monde, non depuis l'Europe, mais depuis le Japon ou l'Afrique.
    Il met face à face les grands totalitarismes du XXe siècle, quand on a l'habitude de les opposer.
    Il juxtapose les regards de cinéastes aussi différents qu'Ozu et Michaël Cimino. Et quand il parle de littérature, il récuse le roman et sa domination, affirmant : « la poésie m'a sauvée la mise ».
    Ces fragments opèrent entre eux et forment un discours de plus en plus net et pénétrant. Un livre en forme de cabinet de curiosité, patiemment composé par un écrivain flâneur et érudit, au goût et au regard très sûr.

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