• Cet ouvrage est un recueil d'une vingtaine d'articles écrits par Jean Peneff entre 1967 et 2018, rassemblés par Alain Blanc, sur les sujets représentatifs du travail du sociologue, et significatifs de son approche particulière du terrain.
    L'intérêt de l'ouvrage, son caractère original tiennent justement dans ce regroupement de textes portant sur des thématiques et des techniques d'observation du terrain diverses.
    Il permet ainsi de mettre en lumière les idées-forces et les grands apports de Jean Peneff à la discipline, tout en donnant à voir un échantillon de sa couleur personnelle, unique, de son approche des sujets, grâce à des textes courts, vifs, faciles à appréhender.

  • Qui est finalement Howard Saul Becker ? Le grand sociologue, un pianiste jazz, le photographe ? Ce livre raconte "l'ado" de Chicago, l'étudiant précoce, le professeur aux innovations de terrain, mais aussi le conférencier au Brésil, en Suisse, aux Pays-Bas et en France, où il fut quatre fois docteur honoris causa, ce qui fait de lui le plus français des sociologues américains.

  • L'observation participante a cent ans : Park, Znaniecki, les élèves de Van Genepp l'ont pratiquée dès 1910. Ce livre retrace son histoire européenne et américaine. Il retrouve ses racines chez des écrivains (Balzac, Zola), des historiens (Bloch, Hobsbawm), des journalistes du judicaire (affaires Grégory ou d'Outreau), des militants et des déportés (Lévi, Tillion).
    Le XXe siècle a été un grand moment d'ouverture et l'occasion d'une forte mobilité sociale qui la rendirent possible. Afin de comprendre pourquoi elle a été négligée par la sociologie française, il faut comparer les modes d'éducation, les formations scolaires et surtout extrascolaires au cours des enfances des protagonistes de cette histoire complexe : Balandier, Bourdieu, Mendras, ainsi que Becker, qui offre ici un texte autobiographique inédit : « Grandir et observer à Chicago ».
    Occasion d'une plus grande curiosité sociale, d'une meilleure « objectivation de soi », possible ouverture sur son propre univers, l'observation participante concerne tout le monde. Plus qu'une technique sociologique, c'est un style de vie pour lequel l'auteur propose une série d'exercices destinés aussi bien aux profanes qu'aux spécialistes, tirés de quarante ans de pratique et d'enseignement.

  • Une nouvelle biographie de Clément Ader, dit inventeur d'avions, est utile à plusieurs titres en ce moment, vu l'importance de cet engin dans notre vie, mais également l'usage de la voiture ou des télécommunications, qu'ont illustré au départ les voitures Ader ou l'invention de son téléphone. Mais la question de l'indépendance du chercheur est mise aussi en question par l'inventeur original ; il se refusa à être subventionné par l'État ou être un quelconque fonctionnaire. Il resta indépendant, chercheur en « libéral ». Quand les grands pays se mirent à se faire une guerre totale, on sait comment cela se termina : la fascination pour des armements miraculeux, les progrès terribles de la physique et de la chimie, le nucléaire militaire ont provoqué la concurrence sans limites. Ader a vu et pressenti les catastrophes des progrès non maîtrisés. Aujourd'hui où la science est reine et où l'industrie lui emboîte le pas, nous sommes confrontés aux excès de la seconde : l'industrialisation marchande sans bornes provoque des dangers inconnus jusqu'alors : pollution, alimentation à risque, etc. L'exemple de Clément Ader est donc pédagogique, car il a pressenti la menace sur la société de ces renversements d'équilibre entre sciences et applications industrielles.

  • Pourquoi le succès des récits de vie, des biographies ? Comment fait-on raconter sa vie à un ouvrier, un instituteur, un industriel ? À travers l'histoire d'un individu ou l'histoire vue par un individu, de quelle manière étudier un groupe, une classe sociale ? Quels événements de leur passé les interviewés sélectionnent-ils en fonction de l'enquêteur, du contexte intellectuel autobiographique, de leurs expériences et aspirations du moment ? À partir d'exemples concrets tirés de l'histoire de la sociologie (École de Chicago, histoire orale) ainsi que de l'observation d'entretiens biographiques, ce livre critique les notions de mémoire collective, d'identité, de vécu et propose plusieurs directions à l'analyse de la mobilité sociale, des opinions politiques et professionnelles, à la lumière d'une réflexion sur la divergence entre ce que les individus disent qu'ils firent et ce qu'ils ont effectivement réalisé.

  • L'hôpital en urgence

    Jean Peneff

    • Metailie
    • 23 Janvier 1992

    A l'hôpital les urgences sont un service à part où la routine n'existe pas, où les classes sociales se rencontrent, où les processus de sélection et de tri des malades n'ont pas le temps de jouer.
    On y pratique à la fois la médecine la plus avancée (réanimation, cardiologie) et on y traite les pathologies traditionnelles (alcoolisme, dépression et suicides). Le personnel y est plus jeune et plus mobile qu'ailleurs. Jean Peneff a travaillé pendant un an, à mi-temps, comme brancardier au service des urgences d'un grand hôpital de l'Ouest. Il a rencontré la plupart des situations normales et exceptionnelles, et a étudié les comportements et non les discours.
    Son livre, dans la tradition de Erving Goffman et de Howard Becker, nous restitue l'ethnologie d'un groupe où l'on voit plus les infirmières, les aides-soignants et les brancardiers que les médecins, il étudie les rapports complexes qui se tissent entre ces différentes catégories et des malades très divers. Il montre les contraintes physiques du travail (le poids des malades, les kilomètres de couloirs, la saleté, les odeurs, la pudeur), et les contraintes psychologiques venant de l'accueil des patients, et des rythmes de travail où alternent coups de feu et courtes périodes de repos.
    Il y étudie les codes, les pratiques qui rendent la cohésion et l'efficacité possibles. Un document important qui permet de comprendre ce que sont dans la réalité et le quotidien, le travail et les changements intervenus dans les professions médicales.

  • Les malades des urgences, une nouvelle forme de consommation médicale ou un nouveau type de rapport entre les médecins et leurs clients ? Quelles sont les fonctions des urgences ? Pourquoi ont-elles pris la place de la médecine généraliste (ou spécialiste) de ville auprès de certaines populations urbaines qui les préfèrent à la consultation de cabinet ou à la visite du médecin de famille ? Beaucoup de jeunes, d'étrangers et de familles aux revenus modestes les utilisent de préférence à d'autres modes de rencontre avec les médecins.
    En revanche, d'autres populations les évitent, sauf accident grave. Quels sont les mobiles des utilisateurs ? Y a-t-il en France le risque d'une transgression dans le traitement démocratique des malades à l'hôpital ? Ce livre ne répond pas à toutes ces questions mais il ne les élude pas, notamment la question du remboursement public d'activités libérales dont on cherche à savoir s'il aggrave ou compense les inégalités sociales.
    En clair, un transfert des charges collectives et des cotisations au profit des classes aisées est-il réalisé par le mode de remboursement de la Sécurité sociale et par l'organisation médicale en deux secteurs, public et privé ? En étudiant une nouvelle forme de consommation médicale, grâce à une enquête et une observation de la population qui se presse aux portes des urgences de trois hôpitaux parisiens - Beaujon, Ambroise-Paré, La Pitié-Salpétrière -, cet ouvrage pose sans détour des problèmes politiques.

  • L'Assurance maladie est le plus gros budget de la nation.
    Mais derrière les slogans ("la meilleure médecine au monde") se cache une réalité bien différente: le désordre des régulations internes, l'absence d'harmonisation entre les différents objectifs, le laxisme des contrôles, la dispersion des pratiques. Tout contribue à ce que l'on dépense toujours davantage pour des résultats contestables. Les réformes de la Sécurité sociale se succèdent mais elles ont un point commun: leur échec.
    Loin de combler le fameux trou, chacune le creuse un peu plus. L'Assurance maladie est même devenue un système de redistribution à l'envers: plus on est pauvre et plus on contribue à un système qui bénéficie aux classes les plus favorisées. La profession médicale a su retourner à son profit les tentatives de réforme. Elle bénéficie d'un statut extravagant: c'est la seule profession libérale dont les revenus soient socialisés.
    Malgré son activisme syndical et politique, la profession est pourtant divisée et n'est efficace que pour bloquer l'institution. Le secret médical est ainsi devenu un moyen pour empêcher toute enquête approfondie et toute remise en cause.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • C'est à un véritable aggiornamento des idées reçues que les auteurs nous invitent. Et d'abord sur la crise : selon eux, la dette des Etats ne sera jamais remboursée... L'avenir est ouvert aux règlements de comptes financiers entre nations. Nous apparaîtront aux yeux du monde non occidental (que nous considérons besogneux, peuplé d'irresponsables de la concurrence ou de la pollution) comme d'incroyables malhonnêtes. N'est-ce pas le moment de faire le bilan de notre domination séculaire sur le monde ? Et d'étudier les classes sociales, les alliances et les adaptations incroyablement rapides des bourgeoisies à l'échelle continentale, ainsi que les désaccords entre ouvriers au sujet des délocalisés ou des transfuges de l'immigration, les classes moyennes étant entre les deux, en arbitre... Les effets du non-remboursement et l'interprétation que les autres peuples en donneront aggraveront probablement une incompréhension réciproque. Les occasions de s'expliquer se sont réduites : la mondialisation ajoute à l'engourdissement des jugements, un cloisonnement figeant l'échange des idées au profit de la libre circulation financière et de celle des marchandises. Le refus de connaître nos voisins, proches ou lointains, nous incite à leur donner des recommandations confondantes : "Privez-vous", "Economisez, épargnez"! Comment peuvent-ils prendre ça ? Une plaisanterie ? Une insulte ? Un forfait supplémentaire de notre part ?

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