• Robinson de Guadix

    Jean-Baptiste Brenet

    • Verdier
    • 27 Février 2020

    Écrit en arabe au XIIe siècle par le penseur andalou Ibn Tufayl, Vivant fils d'Éveillé (Hayy ibn Yaqzan) est un chef-d'oeuvre de la philosophie.
    L'épître dévoile sous la forme d'un conte les secrets de la « sagesse orientale ». Traduite en latin en 1671, elle connaîtra un immense succès dans l'Europe des lettres. Jean-Baptiste Brenet en propose ici une adaptation qui recompose le récit et donne la parole au personnage principal.
    Voici l'histoire d'un homme sur une île déserte, élevé sans père ni mère, qui découvre par sa raison seule la vérité de l'univers entier, puis qui rencontre un autre homme, religieux, mais sagace, venu d'une terre voisine. « Sorte de Robinson psychologique », écrivait Ernest Renan à propos du livre. Son premier auteur, Ibn Tufayl, est né à Guadix.

  • Ce bref essai porte sur la notion oubliée de « cogitation » comprise comme activité fantasma- tique. On tâche d'y combiner trois éléments.
    Il s'agit d'abord de raviver la notion médiévale de cogitatio, perdue, voire recouverte par la modernité depuis Descartes au moins. Cogiter, au Moyen Âge, ce n'est pas exercer son intellect ou sa raison, mais - sous l'influence certes de la rationalité - faire oeuvre d'imagination. Fantasmer, c'est agir sur les traces cérébrales produites en moi par mon expérience du monde.
    Dans un deuxième temps, c'est le philosophe arabe Averroès qu'on place au centre du jeu.
    L'Europe latine a fait d'Averroès l'ennemi du cogito, entendu comme principe de la rationalité.
    Il fut pourtant le penseur génial de la cogitation, comprise comme intermédiaire ambigu entre les sens et l'intelligence.
    Enfin, on mobilise la célèbre notion d'espace potentiel empruntée au psychanalyste Winnicott, pour dégager l'enjeu de cette doctrine. Ce qui rend cruciale l'idée qu'Averroès se fait de la cogitation, c'est sa thèse d'un intellect constitutif de l'individu qui ne serait originairement qu'un pur possible et dont l'actualisation, l'essor, le déploiement reposent entièrement sur la dynamique interne des fantasmes.
    Le but du texte est d'esquisser quelques figures inédites de la médiation, à la fois intraperson- nelle et transindividuelle. Le génie d'Averroès est d'avoir conçu l'intelligence comme puissance indifférenciée et hors temps de l'humanité. Par le fantasme, tandis que l'individu se cultive, que dans son corps, son expérience perce, enfle, la puissance de l'intellect s'individue en lui, s'inter- nalise, entre dans l'histoire ; et la cogitation, pour tous, par tous, forme la scène où ce croisement, qui fait l'humanité, chaque fois se réactive et s'atteste.

  • « De son vrai nom Abu l-Walid Muhammad ibn Ahmad Ibn Rušd, Averroès (1126, Cordoue - 1198, Marrakech) est le personnage de plusieurs histoires : médecin, juriste, cadi, philosophe et commentateur d'Aristote, il est à la fois l'héritier des grandes figures de la pensée gréco-arabe, puis par la traduction, la diffusion et l'usage de ses oeuvres, l'une des sources majeures des cultures médiévales juives et latines. Mais de ce maître, la scolastique fit aussi un scandale. Pour des siècles, en Europe, Averroès sera le père insensé d'une théorie dégradante et antireligieuse sur l'homme. Le livre parle de cela. » (incipit de l'ouvrage)

  • « Peu d'auteurs, écrit Renan, ont été plus cités et ensuite plus oubliés que Jean de Jandun ». Né vers 1285, Jean de Jandun enseigna à l'Université de Paris où il acquit le titre de « prince des averroïstes ». Condamné comme hérétique, il meurt en exil en 1328.
    Jean de Jandun poursuit une théorie de l'intellect reprenant celle d'Averroès. En trois chapitres, l'intellect et le corps, l'image, la pensée, l'auteur examine comment Jean de Jandun transfère et recompose le Commentaire d'Averroès au traité De l'âme d'Aristote. Contre le mythe historiographique de l'« averroïsme latin », on tâche de montrer que Jean n'est pas un simple épigone, et l'on relève dans son oeuvre l'entame d'une invention du sujet que notre modernité n'a pas tirée d'elle seule.

  • Ce texte est un essai sur l'amour et le désir que les deux auteurs, comme en dialogue, nour- rissent d'une réflexion sur la doctrine d'Aver- roès concernant l'intellect.
    D'un poème notoirement énigmatique de Guido Cavalcanti, premier ami de Dante, Giorgio Agamben propose une lecture « aver- roïste » qui souligne le caractère fantasmatique de l'expérience amoureuse et révèle jusqu'où porte l'intimité entre l'intellect et l'imagination.
    Dans le même esprit, Jean-Baptiste Brenet s'intéresse à l'intrication radicale de la pensée, du désir et de l'image, dont il montre qu'elle doit paradoxalement s'abolir avant de reparaître ailleurs et autrement. Dans l'analyse de l'intel- lect d'amour, où l'homme fait diversement l'épreuve de sa propre puissance, poésie, philo- sophie et politique s'entremêlent.

  • Le présent volume repose sur un fait simple : le rapport de Dante à la philosophie ne peut être le même que celui qu'entretiennent avec elle un maître ès arts de Paris ou de Bologne, un théologien dominicain ou franciscain, un médecin italien ou un « publiciste » de la cour des rois de France. Il ne peut présenter d'affinité ou de ressemblance qu'avec celui d'un poète d'amour florentin du XIVe siècle - si l'on admet qu'un poète ou qu'au moins certains poètes « philosophent ».
    Quant à la notion d'averroïsme, celle-ci a tout de l'hydre. Elle n'a cessé de recouvrir des grilles de lecture différentes, parfois même opposées. Tenir compte de ces évolutions significatives a irrigué le présent ouvrage, qui intéressera bien-au-delà des spécialistes de Dante, tant la théologie et la philosophie médiévales sont ici éclairées en fonction des dernières données historiques.

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