Langue française

  • Publié en 1946, remanié lors d'une nouvelle édition en 1963, le bavard, pure contamination des mots les uns avec les autres, étend cette contagion avec une rage qui offre peu d'exemples à l'ensemble des protagonistes du drame, gagne à sa cause délétère les figures mêmes de l'auteur et du lecteur, provoquant de la sorte un rare et extraordinaire malaise.
    Il ramasse de la façon la plus éprouvante et la plus sarcastique la destruction, le saccage, le désir de silence autant que l'envie de perdre et de mourir. il rappelle à la mémoire les interminables et prodigieux jeux vains, obligatoirement perdants, du désaveu, auxquels la langue dans laquelle il s'enferme oblige parfois, en le terrorisant, un enfant qui fait voeu de se taire. enfin il révèle un désir plus général et plus obscur : désir d'une médiation pour elle-même, dénuée de toute fin.
    Véhicule qui ne véhicule plus rien, que rien ne subordonne que lui-même, qui se consomme totalement en soi autant qu'il consume avec intensité les forces qui le sous-tendent.
    Telle une offrande. le caractère exemplaire, presque " catégorique ", qu'un tel écrit présente est renforcé par la violence, qu'on peut dire désastreuse, qui le porte. au sein de ce récit qui reproduit et détruit en effet intensément des textes célèbres de h. von kleist et de f. dostoïevski, c'est la langue même qui se résout en retournant ses armes contre elle-même, qui se porte en avant et s'expose dans le dessein insensé de perdre définitivement la bataille.
    Qui s'escrime à défaire, à détruire les fonctions dont les sociétés et les cultures la prétendent porteuses. défi et carnage.

    Ajouter au panier
    En stock
  • « L'emprise qu'a toujours exercée sur moi la musique tient peut-être à ce qu'elle procède plus que tout autre art des lois de la mort. Mais pour m'en tenir à la musique considérée comme moyen d'expression, j'y vois surtout le milieu conducteur où le double courant de la pensée et de l'émotion a le plus de chance de s'établir, cet échange s'opérant par la médiation d'un idiome particulier, heureusement délivré de la scorie des mots - soumis, il est vrai, à une syntaxe non moins stricte et même plus savante que celle à laquelle est astreint l'écrivain -, mais où le rythme a toujours valeur souveraine. » (Voies et Détours de la fiction) ??
    Ce volume contient :
    Romans : Les Mendiants - Le Bavard Nouvelles, récits : Le jeune homme qu'on surnommait Bengali - Un malade en forêt - Les grands moments d'un chanteur - La chambre des enfants - Une mémoire démentielle - Dans un miroir - Le Malheur au Lido Poésie : Les Mégères de la mer - Poèmes de Samuel Wood Propos : Messiaen et les concerts de la Pléiade - Stravinsky et Webern au Domaine Musical - Le Droit à la vérité - Sur Georges Bataille - Voies et Détours de la fiction - À la limite - Notes éparses en mai - Réponse à l'enquête : Pourquoi écrivez-vous ? - Voies bonnes mauvaises conseillères Aphorismes, méditations : Ostinato - Pas à pas jusqu'au dernier - . ainsi qu'il en va d'un cahier de brouillon plein de ratures et d'ajouts.
    Vie et OEuvre illustré : portraits littéraires et dossiers sur la réception critique des oeuvres - documents iconographiques

  • « Allons, réveille-toi, secoue ta vieille carcasse et debout sans tarder, sinon prends garde de te rendormir cette fois pour de bon ; enfoui dès lors, claustré dans une nuit perpétuelle, comme il t'adviendra fatalement, mais évite autant que faire se peut d'en hâter l'échéance par apathie ou volonté insidieuse de perdition, ne sois pas le fossoyeur de toi-même dans l'idée puérile de demeurer jusqu'au bout le seul maître de ton destin, ce qui n'est en rien conforme à la vérité, aussi flagrante qu'en soit l'intention. »
    Revu et ordonné par Louis-René des Forêts peu avant sa mort, Pas à pas jusqu'au dernier révèle les méditations de l'auteur d'Ostinato autour de la fin ultime.

  • " Il a cessé de chantonner, il a cessé d'osciller et s'est retourné vers moi en souriant. Les mêmes cris plaintifs, mais plus sourds : en petites bandes au vol heurté, aux ailes largement étalées et aux becs pointus, des oiseaux montèrent en une lente ascension et brillèrent très noirs sur la rive escarpée et décrivirent de grands cercles au-dessus de nous et se maintinrent sur une ligne horizontale constituée par le sommet de la crête herbeuse ; la colonie vibrante s'éleva encore d'un léger bond et se perdit sur l'étoffe sombre des nuages poussés par le vent. Il s'est renversé en riant, sa main mouillée devant sa bouche. J'ai dit : Guillaume, et je me suis tu ; j'ai compris que je n'avais qu'à le regarder et que c'était entre lui et moi qu'existait un lien invisible et secret. Tous deux seuls avec l'eau, la vigilance, l'animation et la panique des bêtes. Je n'ai fait que le regarder sans parler ni même me pencher vers lui qui rejetait ses cheveux en fixant la rive où dans la demi-obscurité, à travers les roseaux et les broussailles compactes, s'est élevé le cri désolé et plaintif des oies. Je n'ai fait que le regarder. "

  • Plus connu pour ses romans, dont Le bavard et Les mendiants, Louis-René des Forêts a aussi écrit de somptueux poèmes : Les mégères de la mer en 1967 et Les poèmes de Samuel Wood en 1988.
    Ce livre est en fait un long monologue où Des Forêts, sous le masque de son double Samuel Wood, porte le deuil du silence, dont il avait fait voeu à plusieurs reprises et qu'il rompit fatidiquement, et de l'être aimé, sa fille morte vingt ans plus tôt. Ce poème, douloureux du reflux de la mémoire, de la confrontation du souvenir et de la réalité, est celui du sublime, où la désolation du poète se conjugue à la beauté de la langue,

  • J'avais décidé de le mettre complètement à plat, pour le plaisir?; il était très jeune, à peine vingt ans, et j'en ferais mon souffre-douleur, ce serait une distraction. Pendant un court moment, je ne regretterais plus ma solitude.

    Un prisonnier en attente de jugement s'est construit un monde de silence. L'arrivée dans sa cellule du jeune Bengali vient rompre son isolement et l'oblige à faire tomber une à une les défenses qu'il avait érigées.
    Paru en décembre 1943 dans la revue Le livre des lettres, Le jeune homme qu'on surnommait Bengali est la première nouvelle publiée de Louis-René des Forêts (1918-2000). La même année, paraît son premier roman chez Gallimard, Les mendiants.
    Méditation sur l'agression et l'affection, sur l'enfermement et la liberté, la parole qui blesse et qui exalte, Le jeune homme qu'on surnommait Bengali concentre les thèmes majeurs des livres à venir, du Bavard à Ostinato, en passant par Un malade en forêt.
    Saluée par Jean-Paul Sartre, Maurice Blanchot ou Marguerite Duras, l'oeuvre de Louis-René des Forêts est aujourd'hui reconnue comme l'une des plus exigeantes de la littérature contemporaine.

    À partir d'une référence explicite au corps tatoué des prisonniers, Frédérique Loutz crée une série où la prolifération des signes se joue du plein et du vide, du sens ou du non-sens. Libre à chacun de lire dans ce flux de signes une matérialisation de l'imaginaire, une métaphore de la liberté...

  • Ceci n'est pas un chant, mais un ouragan qui remue le coeur et l'esprit en un concert de notes discordantes, qu'il faut entendre comme une matière en fermentation à la recherche tumultueuse de sa forme dont rien ne dit qu'une fois prise elle aura une vertu apaisante ni qu'elle en sera pour autant arrêtée, ainsi qu'il en va d'un cahier de brouillon, plein de ratures et d'ajouts, que le scripteur surpris par la mort eût laissé ouvert sur la page inachevée.

empty