• « L'Évangile selon Marie », « L'Apocalypse selon Lilith » et « L'Arche de Noréa ». Ces trois textes s'inscrivent formellement dans la tradition liturgique chrétienne qu'ils mettent à distance de manière subversive et critique. S'entrechoquent ainsi parole religieuse et discours politique, dans la société moldave patriarcale qui est celle où Nicoleta Esinencu a grandi, où le rôle créatif des femmes se cantonnait à la procréation et aux tâches ménagères. Elle évoque l'oppression subie par les corps féminins, violences, viols, et fait s'élever un chant païen de libération à travers la parole. Détrônant Père et pères, elle célèbre la libération de la parole féminine, mêlant souvenirs d'enfance, détournement de prières traditionnelles et écriture de nouveaux versets parodiant la parole biblique. Elle déconstruit ainsi les piliers religieux et sociaux d'un monde occidental essoufflé en faveur de la reconstruction poétique du monde.

  • FUCK YOU, Eu.ro.Pa ! n'est ni une lettre d'adieu ni un message. C'est un essai, prévient la jeune fille. Dans cette Moldavie ex-soviétique, tout a la couleur et l'odeur de la merde, dit-elle. Et lorsque dans ce quotidien pénible se profile enfin la silhouette opulente d'une Europe de l'abondance, la désillusion arrive trop vite. Mais si le personnage, ou l'auteure en fin de compte, ne sait pas trop bien le pourquoi exact de ce cri, la souffrance est là, le ton est sincère et vrai.
    Sans sucre nous situe dans l'univers d'un tandem frère-soeur, « en colère » contre leur famille, contre l'école, contre la société moldave « en post-transition », contre le reste du monde. La même violence et le même humour noir, en écho aux grands bouleversements politiques de la dernière décennie.

    Nicoleta Esinencu s'inscrit dans une nouvelle génération d'auteurs qui, après l'écroulement des régimes communistes, n'ont plus besoin de dissimuler ce qu'ils ont à dire. Ainsi libéré, le ton est souvent violent ou impudique, sans aucun compromis. Mais c'est dans la vulnérabilité insoupçonnée de ces personnages insolents que se cache peut-être l'essentiel.

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