Pu Francois Rabelais

  • La bulle paraît emblématique de la bande dessinée. Pourtant, depuis près de deux siècles, les auteurs expérimentent toutes sortes de procédés, pour rapporter les répliques de leurs personnages. À quoi voit-on que Blake et Mortimer ou Spirou et Fantasio dialoguent ? La dimension visuelle du média suffit souvent, même en l'absence de discours rapporté, à repérer une interaction verbale. Le dialogue caractérise aussi bien la bande dessinée muette que les histoires en images légendées.

    Cet essai reconsidère la bande dessinée comme un média fondamentalement dialogal. Deux questions, intimement liées, sont envisagées. Comment analyser les interactions verbales dans un média visuel, en tenant compte de ses multiples dimensions : corps dessinés, répliques écrites, bulles, etc. ? La réponse privilégie l'étude d'un "âge d'or franco-belge", allant de la naissance du journal Spirou (1938) jusqu'à celle de Pilote (1959). Afin d'éviter de figer artificiellement un média artistique qui n'a jamais cessé de se redéfinir, la seconde question étend la période étudiée. Comment les formes du dialogue instituées par la "BD franco-belge" se sont-elles façonnées, du milieu du XIXe siècle au milieu du XXe siècle ? Comment la bulle, par exemple, est-elle devenue un emblème du média ? Quel impact le contact d'autres médias (sonores, visuels, audiovisuels) a-t-il eu sur la bande dessinée francophone ? Des microlectures d'oeuvres esquissent une histoire des interactions verbales, de Töpffer à Franquin.

    À travers l'analyse de la voix et des corps en interactions, cette relecture de l'histoire d'un média pourtant dépourvu de propriétés acoustiques contribue à une histoire de la modernité sonore.

  • On a longtemps cherché à savoir si la bande dessinée était un art. Mais le développement des études de bande dessinée au cours des dernières décennies a largement contribué à transformer le questionnement lui-même : il s'agit aujourd'hui de comprendre la place qu'elle occupe dans le système médiatique.

    Quelles sont les circulations médiatiques qui structurent la bande dessinée ? Quels phénomènes d'hybridation se jouent entre la bande dessinée et les médias qu'elle rencontre (photographie, peinture, littérature, arts vidéoludiques, etc.) ? Quelles formes de mémoire, quels usages de la citation, quels mécanismes d'appropriation sont à l'oeuvre dans les bandes dessinées ? Comment ces phénomènes transforment-ils le rôle de l'auteur, ou la fonction de l'éditeur, ou encore la pratique de l'exposition de bande dessinée ?

    Du Japon aux États-Unis en passant par la France, l'Allemagne ou le Canada, ce livre met en évidence la fécondité du croisement entre études intermédiales et études de bande dessinée.

  • Longtemps perçue avec méfiance, la bande dessinée est aujourd'hui sortie des enfers culturels et a acquis droit de cité de l'école à l'université, des librairies aux bibliothèques, du Louvre au Grand Palais.
    Cette place, la bande dessinée l'a acquise en France notamment en prenant le virage du livre dès les années 1960. En quoi le basculement de la presse vers le livre a affecté en profondeur les manières de créer, de transmettre et de lire la bande dessinée ? Comment l'album a participé à l'émergence d'une nouvelle culture graphique ?
    Lorsque la bande dessinée adopte l'album comme support, on voit émerger de nouvelles formes narratives. De la série de bande dessinée au roman graphique cet ouvrage analyse l'avènement d'un standard éditorial, l'album cartonné en couleurs, et la façon dont ce format bouleverse les métiers de la narration en images.
    La conquête de l'espace du livre et de la librairie a offert à la bande dessinée une légitimité ; elle a aussi contribué à la doter d'une mémoire, forgeant un canon des littératures graphiques.

empty