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  • Était-il, cet élan, dans l'auto qui virait ? Ou bien dans le regard, où l'on prit et retint, pour les perdre à nouveau, les baroques figures d'anges qui se dressaient, parmi les campanules, dans la prairie, emplies de souvenirs, avant que le parc du château n'encerclât, clos, la course, et qu'il ne la frôlât, qu'il ne la recouvrît, la relâchant soudain : le portail était là, qui, comme s'il l'avait appelé, désormais contraignait à tourner le long front du bâti, après quoi l'on stoppa. Éclat d'un glissement sur la porte vitrée ; et par son ouverture jaillit un lévrier, qui porta ses flancs creux, comme il en descendait, contre le plat des marches. Ce sont ces « poèmes de l'oeil », de l'oeil posé sur les choses et les paysages, sur les monuments, sur les scènes d'intérieur, sur tout ce qui fait le monde sensible, que nous souhaitons [re]faire découvrir au lecteur français, dans une édition bilingue (actuellement la seule disponible sur le marché éditorial) et dans une traduction nouvelle qui cherche à rendre, avec toutes les difficultés de l'entreprise, la beauté du texte original.

  • S'occire

    Olivier Matuszewski

    (...) une parole, aussi belle qu'elle est explosive, aussi réelle, aussi profonde en tout état de cause qu'elle est éphémère ; si éphémère qu'elle prend feu au contact de l'air, préférant cet état de non dicible plutôt que l'idée à son endroit d'une matière vague et abstraite, sinon exsangue ; ou même et parfois jusque dans les livres : sans nom !
    Langue à corps prenant le réel qui se cache sous nos mots perdus. Comme si la parole poétique et toute la littérature étaient passées au tamis : ce qui accroche à gros grains est retenu pour mieux laisser la fluidité d'une parole possible. Il y a de la hargne, un tranchant net dans le vers. Mais surtout ce manuscrit forme un ouvrage concerté, Matuszewski coordonne ses élans et les fait tenir sur la ligne de fond qui mène le lecteur au creux du courant de sa parole.

  • Si Rainer Maria Rilke (1875-1926) est sans doute un des poètes d'expression allemande les plus universellement connus du premier quart du XXe siècle (et « le meilleur poète d'Europe » aux yeux de Verhaeren), en France on lit surtout ses Lettres à un jeune poète et ses deux grands recueils des années 1920 (Les Élégies de Duino et les Sonnets à Orphée), pour ne retenir de ses Poèmes nouveaux, publiés en deux tomes en 1907 et 1908, que quelques poèmes emblématiques tels que La panthère ou La cathédrale.Or, c'est avec ce livre (et son pendant narratif, écrit à la même époque : Les Cahiers de Malte Laurids Brigge) que Rilke devient vraiment lui- même, qu'il commence à manifester son projet poétique (et la voix pour l'accompagner) tel que Maurice Blanchot le formulera plus tard en écrivant : « Voir comme il faut, c'est essentiellement mourir, c'est introduire dans la vue ce retournement qu'est l'extase et qu'est la mort. Ce qui ne signifie pas que tout sombre dans le vide. Au contraire, les choses s'offrent alors dans la fécondité inépuisable de leur sens que notre vision habituellement ignore, elle qui n'est capable que d'un seul point de vue. »Ce sont ces « poèmes de l'oeil », de l'oeil posé sur les choses et les paysages, sur les monuments, sur les scènes d'intérieur, sur tout ce qui fait le monde sensible, que nous souhaitons [re]faire découvrir au lecteur français, dans une édition bilingue (actuellement la seule disponible sur le marché éditorial) et dans une traduction nouvelle qui cherche à rendre, avec toutes les difficultés de l'entreprise, la beauté du texte original.
     

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