Philosophie autre

  • Un dépôt de bilan peut se consigner dans la bonne humeur, avec clins d'oeil et sourires. C'est cette variante teintée d'humour, rarement pratiquée au tribunal de commerce, qu'a choisie Régis Debray, dans cette lettre d'un père à son fils bachelier, en quête de conseils sur la filière à suivre. Littérature, sociologie, politique, sciences dures ? En empruntant le langage entrepreneurial, celui de notre temps, l'auteur lui expose les bénéfices qu'un jeune homme peut dorénavant attendre de ces divers investissements. En lui recommandant instamment d'éviter la politique. Bien au-delà de simples conseils d'orientation professionnelle, ce livre-testament voudrait faire le point sur le métier de vivre dans le monde d'aujourd'hui, sans rien sacrifier aux convenances. Beaucoup d'adultes et quelques délurés sans âge particulier pourront sans doute y trouver leur compte.

  • "Car chaque être est fait pour atteindre la perfection ultime qu'il est susceptible d'atteindre conformément à sa place dans l'ordre de l'être. La perfection spécifique de l'homme est appelée le bonheur suprême." Dans ce texte composé de 64 paragraphes, Al-Fârâbî recherche quelles sont les choses qui permettent aux nations et à leurs habitants d'atteindre le bonheur terrestre et le bonheur suprême dans la vie à venir. De façon rationnelle, il décrit les différentes étapes qui mènent peu à peu jusqu'au plus haut stade de la félicité. Ses conseils s'adressent aux gouvernants mais aussi au simple citoyen et dessinent ainsi un modèle de cité idéale. C'est, avec quelques siècles d'avance, un véritable humanisme qui se met ici en place, fait de tolérance et de foi en la raison, et visant à concilier bien public et bonheur individuel.

  • Par le paradoxe, qui va à rebours de l'opinion admise, Cicéron expose comme des lieux communs des idées dont les Stoïciens peinent à convaincre de la véracité : la beauté morale est le seul bien, la vertu suffit au bonheur, les fautes sont toutes égales, sans la raison il n'y a que folie, tous les sages sont libres et tous les insensés esclaves, seul le sage est riche. Débutant chacun de ses commentaires par une affirmation catégorique, Cicéron s'attache à en rendre intelligible le sens et, ainsi, à emporter l'adhésion. Bien que ludiques, ces Paradoxes se veulent utiles à la cité, où transmettre les vertus stoïciennes. Rédigés alors que la république est menacée, ils hissent la philosophie en arme de combat. Cicéron se lance dans un plaidoyer en faveur de la puissance du langage.

  • L'amour

    Collectif

    Quoi de plus varié que les différentes nuances de l'amour? Amour-passion des amoureux, amour filial, amour platonique, amour hétéro- ou homosexuel, amour des belles choses, du vin ou du chant, amour du pouvoir, amour de Dieu, «de Saint-Simon et des épinards» (Stendhal) : où situer l'unité conceptuelle de l'amour?
    Aimer, c'est élire. L'aimé est exceptionnel. Mais d'où vient cette préférence pour un être plutôt qu'un autre? L'amour est-il ce je-ne-sais-quoi qui nous fait tomber sous le charme, ou est-ce la reconnaissance de qualités intellectualisées? L'amour suspend parfois le réel, et nous fait voir l'être aimé meilleur qu'il n'est en réalité. Il s'apparente alors à une illusion, une chimère, une image idéalisée. Aimer, serait-ce une folie? Aime-t-on toujours au risque de se perdre? Entre félicité et soumission, coup de foudre et déception, l'amour se décline dans toutes les langues et sur tous les tons.

    Cette anthologie rassemble les plus grands textes sur l'amour, de Platon à Levinas, en passant par Aristote, Sophocle, saint Paul, saint Augustin, Descartes, Molière, Racine, Pascal, Spinoza, Leibniz, Rousseau, Kant, Balzac, Hugo, Stendhal, Kierkegaard, Schopenhauer, Nietzsche, Freud, Thomas Mann ou encore Proust.

  • «Approuver l'existence c'est approuver le tragique. Etre et tragique s'opposent ainsi comme le non et le oui, la dénégation et l'affirmation, la nécessité et le hasard, le droit et le fait, la nature et l'artifice.» «Le propos plus général est de retrouver, dans la frontière entre l'artifice et la nature, le vieux débat qui oppose l'approbation inconditionnelle de l'existence à son acceptation sous réserves de justification.» «L'idée de nature ne serait qu'une erreur et un fantasme idéologique.»

  • Bergson a marqué l'importance de certains de ses « essais et conférences » en les rassemblant dans deux recueils : L'énergie spirituelle en 1919, La pensée et le mouvant en 1934. Il faut donc tout à la fois replacer ces écrits dans ses recueils (et dans l'ensemble de son oeuvre) et les lire pour eux-mêmes. Dans Le possible et le réel (1920), Bergson propose une distinction qui change tout : le « réel » dépasse, il précède même un « possible » que nous nous représentons en fait, seulement, après coup il actualise, en revanche, des virtualités qui sont le temps, la vie, la durée même. L'illusion rétrospective, la création imprévisible, l'une et l'autre essentielles à notre vie, voilà ce qui se joue ici, dans ce texte précis, juste après la guerre.

  • Où il est question des pouvoirs de l'entendement aux prises avec l'espace et le temps.

  • Une anthologie de citations de philosophes (Platon, E. Kant, J.-J. Rousseau, J.-P. Sartre, etc.) qui laissent transparaître la dimension misogyne de leur pensée.

  • Peut-on construire une société libre dans un monde aussi fragile que le nôtre ? Au cours des deux derniers siècles, la plupart des projets politiques qui avaient l'émancipation pour horizon ne se sont pas posé cette question, car tout leur paraissait possible. La raréfaction des ressources, la disparition des espèces et la pollution n'étaient pas prises en considération, la puissance des sciences et des technologies semblait alors sans limites. A contrario, l'écologie nous enseigne aujourd'hui que la liberté de l'être humain doit être mise en regard des restrictions qu'impose le monde physique.

  • En 1843 paraît à Copenhague, sous le pseudonyme de Victor Eremita, le premier livre d'un auteur de 30 ans, philosophe, quelque peu dandy et qui a pu craindre de passer pour oisif. Avec tous les instruments d'une dialectique pleine d'ironie, inquiète, mais pénétrante et vigoureuse, il pose, par l'alternative que traduit son titre (Enten. Eller, « ou bien. ou bien»), les données premières de la philosophie de l'existence, dont il est ainsi le fondateur. Les deux textes réunis dans ce volume appartiennent, comme le fameux Journal du séducteur, qui en est le plus souvent extrait, à la première partie de ce livre de Kierkegaard. Ainsi réunis, ils o rent l'une des plus profondes et brillantes interprétations qui soit du Don Juan de Mozart.
    L'enthousiasme de l'auteur des Stades immédiats de l'éros (qui n'est pas donné pour Kierkegaard lui-même) se conjugue à une rare profondeur philosophique et psychologique, pour mettre en lumière un principe de «génialité sensuelle» qui ne pouvait naître qu'avec l'interdit posé par le christianisme. Don Juan - le Don Juan musical - est celui qui «incarne la chair» parce qu'il la représente comme possibilité de jouissance in nie, selon la temporalité abstraite de la musique où, dans la permanence du désir toujours renouvelé,triomphe l'instant ; et pour cette raison seule il séduit universellement. Tel est l'«éros immédiat», dont Chérubin dans Les Noces de Figaro, Papageno dans La Flûte enchantée sont les stades préparatoires, et qui s'épanouit pleinement dans la perfection classique d'un opéra hors normes, seul capable d'en représenter le caractère immédiat: paradoxe qui participe pleinement de la «génialité».
    Dans sa préface (inédite), François Lallier montre que cet essai d'une admirable cohérence, loin des intrigues trop ré échies du Journal d'un séducteur, semble la source même des grands livres à venir, Le Concept de l'angoisse, La Maladie à la mort. Il constate que Kierkegaard passe sous silence la présence, dans l'opéra de Mozart, des forces de mort qu'a soulignées un siècle plus tard, dans l'attraction de la psychanalyse, une autre grande étude, Le Don Juan de Mozart de Pierre Jean Jouve. Pour lui une telle omission a valeur de signe, elle peut donner à lire de façon neuve la formule de salut qui constitue le motif conducteur de La Maladie à la mort: «En s'orientant vers luimême, en voulant être lui-même, le moi plonge, à travers sa propre transparence, dans la puissance qui l'a posé».
    Pour François Lallier, le second texte que nous publions indique le chemin de cette transparence, c'est le chapitre des Silhouettes consacré par Kierkegaard à Donna Elvira dans lequel le philosophe danois montre la profondeur et la nature de l'amour-haine porté au séducteur. «Donna Elvira, ici, c'est Kierkegaard lui-même.»

  • De l'érotique

    Paul Audi

    Désirer s'aimer clôt un cycle de réflexions consacrées à la question de l'amour humain. Il forme le troisième volume d'une trilogie dont le principe général se sera révélé après coup. De cette trilogie qui pourrait s'intituler Le Désir d'aimer, le premier volume est paru sous le titre Le Théorème du Surmâle en 2011 ; quant au deuxième volume, Le Pas gagné de l'amour, il a été publié en 2016.
    Ces réflexions n'envisagent jamais l'amour comme un sentiment ou une passion, ni comme un état psychologique ou une condition d'existence, mais comme un pur événement. Un événement à part entière, dont la « positivité » intrinsèque et absolue - et qui n'est pas affirmée sans aplomb - tient à sa capacité à dépasser les antithèses courantes telles que, par exemple, l'affirmation et la négation, la passivité et l'activité, le naturel et le factice, la pulsion de vie et la pulsion de mort, le possible et l'impossible, le sens et le non-sens. En outre, dans chacun des trois ouvrages cités, un même fil conducteur coud entre elles les étapes du questionnement, à savoir le passage éventuel du désir à l'amour. C'est qu'à l'amour, qui est toujours subversion du désir, préside un désir qui n'est pas encore de l'amour.
    Toutefois, ici, si le thème est resté inchangé, la perspective s'est sensiblement déplacée : le passage du désir à l'amour y est examiné au prisme de l'érotisme. À ce titre, en conclura-t-on que la réflexion - menée sous la forme d'un « entretien infini » - qui prend en vue l'acte de faire l'amour, qui le considère dans ses tenants et ses aboutissants, donne raison au mot d'André Breton selon lequel « l'étreinte de chair, tant qu'elle dure, défend toute échappée sur la misère du monde » ?

  • Sagesse de vie

    Jean Vannier

    • Bayard
    • 4 Juillet 2019

    Comment parvenir à s'engager dans une vie de couple?? Comment vivre sa fra- gilité?? Comment sensibiliser les jeunes enfants à la spiritualité?? Autant de ques- tions qui se posent au cours de l'existence et auxquelles Jean Vanier a répondu avec une infinie bienveillance dans les pages du magazine Panorama de 2014 à 2019.
    L'humanisme engagé de Jean Vanier se lit à chaque ligne, dans des termes concrets, avec des mots simples qui sont autant de paroles fulgurantes. Un livre qui fait place à la beauté de la fragilité.

  • L'efficacité des réseaux sociaux semble aujourd'hui se conjuguer avec la barbarie pour ouvrir un nouveau règne de l'image. Cette violence visualisée, répétée à l'infini, provoque l'effroi, quand ce n'est pas l'émulation chez les plus fragiles. Quel est donc ce pouvoir démultiplié de l'image et date-t-il en fait des récentes mutations technologiques ?
    Marie José Mondzain s'intéresse au pouvoir de l'image depuis son apparition sur les parois des grottes préhistoriques ou l'usage politique qui en est fait dès le début du christianisme, sa relation fondamentale à l'humanité comme sa force destructrice. Il s'agit de réfléchir aux conditions dans lesquelles l'image est salvatrice, celles dans lesquelles elle mène l'humanité à sa chute. Pour pouvoir affronter la difficile question des images de terreur actuelles, il faut en passer par cette réflexion sur le pouvoir de l'image en général, rétablir une distance qui, seule, peut nous sauver de l'hypnotisme.
    Ce n'est pas en chassant les images, ou même en les ignorant, que nous lutterons contre leur charge de violence, mais bien en apprenant à les regarder autrement.

  • Faite pour tout le peuple, la république laïque libère le droit de ce qui divise les hommes. Ni religions reconnues, ni athéisme consacré. Une même loi vaut pour tous. À la liberté de conscience se conjugue la pleine égalité de celui qui croit au ciel et de celui qui n'y croit pas. La complicité tendue de Dieu et de César laisse la place à l'affranchissement réciproque de Dieu et de Marianne.
    Contrairement aux particularismes exclusifs, la laïcité permet de concilier la diversité des croyances et des patrimoines culturels avec l'égalité des droits. Ainsi, le bien commun échappe à la guerre des dieux. Et l'ouverture à l'universel est préservée par l'espace civique.
    La laïcité n'est pas le degré zéro des convictions. Elle parie sur des hommes libres, maîtres de leur jugement, capables de concorde authentique. L'école laïque apprend à ne pas transiger avec l'exigence de vérité. Cette confiance dans la souveraineté de la pensée humaine est la vertu propre à la laïcité, force d'âme fraternelle où se transcendent les « différences ». Liberté, égalité et fraternité trouvent en elle leur sens plein et généreux.
    Ce livre propose une philosophie de la laïcité. Il conjugue les approches de l'histoire, de la théologie, et du droit. Sans polémique, il éclaire les questions actuelles par une réflexion sur la genèse et les fondements de l'idéal laïque. Il en montre la dimension émancipatrice face à la menace des nouveaux obscurantismes et des identités exclusives.

  • La question de la vérité est une grande question éthique actuelle. Il s'agit de dire que la question du bien n'est pas aveugle, et spécialement que le moment de l'objectivité est toujours relatif au sujet, en son exigence de devenir sujet. Si nous avons appris à soupçonner la non-vérité du sujet, peut-être ne l'avons nous pas fait d'un point de vue éthique. Or, derrière le désir de vérité objective lui-même peut se cacher une volonté de puissance, ou de domination sociale. La « vérité-cohérence » de la logique même à la « vérité-efficace » de la technique, qui donne à l'homme d'immenses puissances de manipulation. Qu'advient-il quand l'homme lui-même est considéré comme objet, massivement, et non comme sujet ? C'est ce que nous vivons actuellement avec toutes les transformations humaines (le transhumanisme par exemple). La science prend malheureusement l'homme comme un objet et non comme un sujet. La question éthique ultime que pose la recherche de la vérité pourrait être cette dernière : quelle puissance? Et pour qui? Il y a dans l'articulation de la philosophie paradoxale et de la théologie du Christ souffrant de Kierkegaard une méditation très décisive sur cette question, qui maintient à la fois que la vérité est de devenir sujet, et que le sujet est non-vérité. Mais on ne peut passer à la remise en question religieuse radicale faisant l'économie du stade éthique. Ainsi la vérité et l'Espérance vont de paire : On ne peut pas plus renoncer à la Vérité qu'à l'Espérance: elle est le but et le Chemin, elle est tout simplement la Vie!

  • Dans ces lettres publiées à la suite de sa traduction de la «Théorie des sentiments moraux» d'Adam Smith, la marquise de Condorcet témoigne de la diffusion et de la circulation des idées au siècle des lumières, une époque où l'idée du bonheur est au centre de toutes les préoccupations.

  • Inaugurée par la révolution copernicienne, la Révolution française, la révolution industrielle et la révolution technologique, notre époque est à tous égards révolutionnaire : elle est la seconde révolution connue par l'humanité après la révolution néolithique, qui inaugura l'histoire il y a une centaine de siècles. Concevoir un tel bouleversement pose des problèmes considérables, puisque les principes logiques, concepts et catégories jusqu'ici en vigueur tendent à devenir eux-mêmes obsolètes. Seule une pensée révolutionnaire est à la mesure de notre époque, et la pensée de Marx est fondamentalement révolutionnaire.
    Mais sa nouveauté fut longtemps dissimulée par des interprétations idéologiques qui l'ont ravalée à un matérialisme, un scientisme, un positivisme ou un naturalisme. La pensée de Marx peut pourtant se définir clairement : elle est un communisme, qui reconnaît la communauté historique des sujets vivants comme sol ontologique et fondement premier.
    La mise au jour du communisme comme position philosophique peut se conduire à partir des ultimes développements de la phénoménologie, qui mènent Husserl à reléguer comme superficiel et dérivé le niveau théorique - et donc à lui reconnaître un statut idéologique - pour approfondir la rétrocession transcendantale en direction de la communauté intersubjective de corps vivants oeuvrant sur le terrain de la praxis à partir d'un héritage historique.
    C'est donc sur ce fondement de droit qu'il devient possible de critiquer l'autonomisation de l'objectivité qui définit tout à la fois le capitalisme, la science et la technique modernes. Mais cette critique appelle alors elle-même une révolution, seule à même de conjurer le danger qu'une automatisation totale ferait peser sur l'humanité.

  • Si la notion de soin est apparue récemment dans les débats d'éthique médicale, de philosophie politique et de sciences sociales, la question du soin, elle, irrigue depuis toujours la philosophie : soin de l'âme et de la cité. Cet ouvrage présente les grands textes philosophiques et littéraires permettant d'appréhender la polysémie du soin et les paradoxes qui le travaillent : souci éthique et réponse technique aux besoins de celui qui souffre ; raison d'être et parfois point aveugle de la médecine ; relation entremêlant compétences, imaginaire et affects ; mouvement d'inclusion et risque de normalisation ou d'exclusion sociale.
    Il met au jour la façon dont les questions qui animent les relations et les pratiques de soin ne cessent d'interroger et de nourrir la philosophie et la médecine. Proposant pour chaque texte un commentaire pédagogique rédigé par un médecin ou un philosophe, il sera utile aux étudiants de philosophie, aux étudiants de médecine et à tous les professionnels de santé désireux de mieux saisir les enjeux éthiques et relationnels du soin.

  • Le Coran, contrairement à ce que l'on dit souvent, ne permet pas seulement une interprétation littérale unique. C'est ce qu'illustrent de manière exemplaire ses commentaires soufis (ou mystiques), plus particulièrement les commentaires de Tustari, Sulami, Qushayri, Maybodi, Ruzbahan Baqli Shirazi, Najmuddin Kubra, Qashani, Isma'il Haqqi al Burusawi, Ibn 'Ajiba et Sultan 'Ali Shah. Ces commentaires - allant des premiers siècles de l'islam jusqu'au siècle dernier - sont le fruit d'un cheminement spirituel qui ne s'enferme pas dans la lettre, mais laisse toute sa place à l'esprit du Coran. Le présent ouvrage se concentre sur les commentaires faits de la sourate 18, intitulée La Caverne, non sans retracer d'abord l'histoire de l'exégèse coranique. De cette analyse ressortent essentiellement deux choses : « une manière différente de vivre avec la Parole de Dieu et une définition plus large de ce qu'est la Parole », celle-ci ne se confondant alors pas avec le Texte.

  • On se contente bien souvent d'affirmer l'athéisme méthodologique de la phénoménologie en renvoyant, si besoin est, au paragraphe 58 des Idées directrices pour une phénoménologie pure et une philosophie phénoménologique, au cours duquel la transcendance de Dieu est mise hors circuit. Paul Ricoeur, du reste, renouvelle explicitement ce geste en ouverture du premier tome de sa Philosophie de la volonté. Ainsi s'est installée la conviction que phénoménologie et religion font deux et qu'il est « hérétique » de vouloir mettre l'une au service de l'autre et réciproquement. C'est toutefois oublier un peu vite non seulement que Husserl, d'origine juive, s'est converti au protestantisme luthérien (1886), mais aussi qu'il envisage lui-même la phénoménologie comme un chemin vers Dieu et, plus précisément, « un chemin athée vers Dieu (ein atheistischer Weg zu Gott) ». Cette dernière affirmation suffit, semble-t-il, à soulever un ensemble de questions relativement complexes quant au rapport de la phénoménologie et de la religion, dont la première pourrait être celle de savoir si une phénoménologie du divin est possible.

  • Une histoire de la philosophie à travers une quinzaine de portraits dépeints selon un prisme équestre. Chaque entrée est illustrée de peintures, dessins, estampes, sculptures ou photographies de chevaux et cavaliers.

  • La vieille définition d'Ulpien : Justitia est constans et perpetua voluntas jus suum unicuique tribuens, la justice est la ferme et constante disposition de la volonté à rendre à chacun ce qui lui est dû, a une inépuisable teneur. Sa division en justice générale qui ordonne l'homme à autrui considérés l'un et l'autre socialement en tant qu'ils participent au bien commun de l'ensemble dont ils sont membres, et en justice particulière qui ordonne l'homme à autrui considéré individuellement en ce qui concerne les biens particuliers qui lui appartiennent, est d'une importance essentielle. La subdivision de la justice particulière en justice distributive qui rend à chaque personne ce qui lui est dû selon la place qu'elle occupe dans la société régie par la justice générale, et en justice commutative qui règle les échanges de personne à personne, est également capitale. Tout ce que nous pouvons penser de la justice se trouve contenu en cette synopse. C'est ce que nous allons tenter de montrer dans cet ouvrage.

  • Bien que banal, le fait de parler n'en est pas moins d'une importance primordiale. Car nos paroles esquissent, par-delà les messages qu'elles délivrent, de véritables visions du monde autour desquelles les hommes s'opposent ou s'associent. Parler, c'est donc aussi toujours donner au monde et à l'homme une certaine figure.
    Dans les temps crépusculaires, la parole se confond aisément avec son double inversé, sa caricature  : le discours, parole figée. Les mots deviennent des leurres ou des pièges, et les visions du monde des idéologies. Il est alors nécessaire de distinguer clairement à nouveau parole et discours. Dans ce but, l'auteur examine ici trois des principaux usages de la parole  : parler, lire et enseigner.

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