Cerf

  • L'extermination des animaux ou le suicide de l'homme Nouv.

    Ne pas protéger les animaux, c'est perdre de vue notre humanité. En raison de l'installation croissante de l'homme sur la terre comme conquérant, et non comme simple cohabitant, les animaux font désormais partie des plus vulnérables. Et ce que l'homme inflige aux bêtes, il se l'inflige à lui-même.
    Élevage intensif violent pour les animaux et déshonorant pour les hommes, destruction des forêts primaires bouleversant les lieux de vie des uns et des autres, propagation d'épidémies franchissant la barrière des espèces font aujourd'hui apparaître, grandeur nature, qu'hommes et animaux sont engagés dans un destin commun, et que les agressions infligées au vivant nous entraînent dans une spirale suicidaire. À l'heure de l'industrie agro-alimentaire, de la Covid-19 et du réchauffement climatique, c'est à un sursaut salutaire que Danielle Moyse, philosophe, par ailleurs spécialiste des questions d'éthique médicale, appelle de ses voeux. Il n'y va pas seulement de notre survie, même si la brutalité à l'égard des animaux n'a jamais tardé à s'étendre concrètement à l'être humain. Sans une réforme radicale de notre rapport au vivant et une redéfinition de notre habitation terrestre, le pire est à venir.
    Un plaidoyer magistral en faveur des hommes et des bêtes. Un appel décisif au respect de tous !

  • La connaissance des autres Nouv.

    Et si l'Occident n'avait pas été seul à philosopher ? Nous avons longtemps refusé d'admettre cette évidence alors que, très tôt, des ethnologues, des psychologues et des philosophes des sciences ont repéré l'existence de systèmes d'idées dans le reste du monde.
    On croisera, dans cette fresque philosophique d'une extrême originalité, des figures intellectuelles peu communes : une spécialiste des Bantous (J. Roumeguère-Eberhardt), elle-même épouse d'un guerrier masaï ; un pionnier de l'ethnographie européenne (A. Varagnac), en quête de notions conçues dans des régions de France étrangères à la pensée dominante ; ou encore un philosophe (E. Ortigues) qui, après avoir séjourné en Afrique, montre que la logique de la découverte scientifique est indissociable des expériences vécues par les individus et les groupes humains.
    Au terme de cette traversée, les concepts que nous croyions si bien connaître nous apparaissent sous un jour nouveau, au prisme d'une ethnophilosophie et d'une géophilosophie revisitées.
    Un ouvrage essentiel pour sortir de l'ethnocentrisme et en finir avec l'héritage intellectuel laissé par la colonisation.

  • Pourquoi Dieu sans l'être ? Que nous dit Éros sur l'amour et le don ? Qu'est-ce que la Révélation ?
    Que signifie philosopher aujourd'hui au regard de la Bible et de la théologie, de la poésie et de la littérature ?
    Pourquoi faut-il en finir avec la métaphysique ? Comment repenser Descartes et Husserl, réviser Nietzsche et Heidegger, relire Levinas et Derrida ? Quelle langue neuve peut dire l'invisible, l'inouï, l'inattendu ?
    Qu'est-ce que le nihilisme ? En quoi éclaire-t-il l'époque ? Où va le monde ? Où en est l'Église ? Que penser du déclin de l'Amérique, du réveil de l'islam ? Quel avenir ont la France et l'Europe ?
    Pourquoi l'Évangile reste-t-il plus que jamais d'actualité ?
    Telles sont, parmi d'autres, les questions de Paul-François Paoli auxquelles Jean-Luc Marion a consenti à répondre au cours de cette libre conversation comme le siècle n'en connaît plus guère.
    De la rue d'Ulm et de la Sorbonne à l'université de Chicago et à Rome, de l'aventure de Communio à l'engagement antitotalitaire, sur fond de rencontres et de portraits, d'enjeux et de combats, ce sont la clé d'une destinée et la fabrique d'une pensée qui, ici, se dévoilent. Celles du philosophe français vivant le plus lu, le plus commenté et le plus traduit au monde.
    Une démonstration éblouissante de l'intelligence en acte. Une invitation, surtout, à l'espérance. Un antidote au malaise contemporain.

  • Nietzsche aura été le philosophe du siècle. Parfois pour le meilleur, souvent pour le pire. Retournant contre le prophète de Dionysos le marteau philosophique que lui-même employait pour ébranler les idoles, Pierre-André Taguieff livre avec acuité, verve et élégance une relecture inédite, iconoclaste et critique de l'histoire de la pensée contemporaine, de ses incohérences et de ses abîmes. Il explore le vaste continent des écrits nietzschéens et antinietzschéens qui continuent d'inspirer et de diviser les philosophes, les écrivains et les artistes, notamment face à la question de la décadence et à celle du nihilisme.
    Comment comprendre la fascination récurrente exercée par Nietzsche et sa pensée ? Qu'ont en commun les nietzschéens de droite et les nietzschéens de gauche ? Pourquoi puisent-ils au même fond de métaphores, de paraboles, d'images survoltées pour les surinterpréter ? Comment comprendre cette bataille d'appropriations qui semblent contradictoires mais qui se rejoignent souvent dans le même culte de la force et de la destruction ?
    Cet essai est déterminant pour lever nos cécités sur le plus enthousiasmant et le plus aveuglant des philosophes. Un exercice de lucidité qui marque un tournant dans la pensée française et européenne.

  • L'impardonnable

    Danielle Cohen-Levinas

    • Cerf
    • 11 Mars 2021

    Passée le seuil du xxie siècle, la question juive n'est toujours pas réglée. L'antisémitisme est une question qui perdure, comme si, à l'échelle européenne et mondiale, on ne savait que faire des Juifs et du judaïsme. Entre haine, rejet, conversion, exclusion, persécution, extermination, l'antisémitisme revêt à travers l'histoire des formes d'une extraordinaire plasticité. La figure du Juif hante notre civilisation au point de contaminer tous les registres de l'existence. Chacun y va de sa réponse, alors même qu'aucun argument rationnel n'est jamais parvenu à combler la haine de l'autre homme. Ne pas être « dupe de la morale », comme l'écrit Emmanuel Levinas dans la préface de Totalité et Infini, cela ne signifie rien de moins que de suspendre la conscience morale, afin d'admettre que là où réside l'antisémitisme, il n'y a pas d'eschatologie de la paix et de la justice qui tienne. Dans un contexte historique marqué par l'expérience de la Shoah, a surgi après la Seconde Guerre mondiale une autre question : le pardon, comme un défi lancé à l'impardonnable et à l'irréparable.
    Danielle Cohen-Levinas opère dans son essai un retournement. Au travers de quelques figures majeures de la philosophie contemporaine et de la pensée juive, elle passe au crible la question de l'impardonnable, à savoir comme limitation aux multiples apories du pardon.

  • Parce qu'elle ne saurait marcher sur un seul pied, l'Europe a besoin de recueillir les interprétations diverses et les compréhensions multiples de ses principes et de ses projets. Or, témoins et acteurs des bouleversements majeurs du xxe siècle, résistants au nazisme, dissidents du communisme, victimes de l'emprise totalitaire et promoteurs de la transition démocratique, les penseurs d'Europe centrale n'en demeurent pas moins les grands oubliés du débat contemporain des idées.
    Pourtant, ces penseurs de l'Est n'ont cessé de vivre avec les penseurs de l'Ouest. Ils ont édifié à partir de leur particularité et de leur expérience une autre conception du monde et de l'histoire, de l'homme et de la cité. Et, en vertu de cet autre humanisme, apte à nourrir l'esprit européen, ils ont beaucoup à nous dire sur notre destin commun.
    Cette encyclopédie des intellectuels de l'autre Europe qui réunit 150 spécialistes veut contribuer à rétablir les ponts rompus par la méconnaissance pour en finir avec les préjugés réciproques et réinstaurer un indispensable dialogue.
    Un monument décisif pour aujourd'hui et pour demain.

  • Le mal de l'âme le plus insidieux et le plus répandu dans le monde contemporain serait-il aussi le plus méconnu ? Et cette ignorance ferait-elle aussi qu'il soit le moins bien combattu ? Qu'ont en commun le salarié en proie au burn-out, l'amoureux qui sombre dans l'ennui, l'actif qui cède à la torpeur ou à l'hyperactivité et la surconsommation, l'adolescent affalé sur un canapé, l'oeil rivé au plafond ou hypnotisé par l'écran vidéo, ou encore l'individu « dégoûté » de tout et rongé par les ressentiments ? Et comment cette errance et ce repli désespéré sur soi deviennent-ils un état de vie ?
    Ce mal se nomme l'acédie. Tout le monde connait les sept péchés capitaux : colère, avarice, envie, orgueil, gourmandise, paresse, luxure. Mais peu de gens savent qu'il existe chez les Pères du désert un huitième péché, cette folle mélancolie, ce « démon de midi », ce « à quoi bon ? » qui consume l'intelligence, le coeur, l'existence.
    Alexandra Puppinck-Bortoli a décidé de réagir contre ce mal qui nous menace plus que jamais, personnellement et collectivement. Elle dévoile toutes les facettes actuelles de ce mal ancien, et propose des solutions pour en guérir.
    Un traité du déconfinement moral et spirituel sur les ravages planétaires de l'acédie, cet autre virus pandémique qui double le coronavirus.
    Une sagesse d'hier pour réapprendre à vivre aujourd'hui.
    Un guide pour passer de la morosité à la joie.

  • Spinoza

    Ariel Suhamy

    • Cerf
    • 12 Novembre 2020

    On a souvent voulu expliquer les oeuvres par la vie de leur auteur. Ariel Suhamy fait l'inverse : il raconte ce qu'on sait de la vie de Spinoza à la lumière de sa doctrine.
    Son objet, c'est donc la vie humaine, la « vie véritable », celle qui ne se définit pas par la simple circulation du sang et la durée de l'existence, mais par l'intelligence de Dieu, du monde et de soi, et par les actes qui en découlent. Alors, comment l'auteur de l'Éthique a-t-il vécu ? Comment a-t-il mis en application sa pensée ? Les mythes qui entourent cet homme, ce que l'Histoire peut reconstituer de sa vie, ne dériventils pas aussi de cette pensée et de sa réception ?
    Un livre novateur pour redécouvrir Spinoza.

  • Avec Paroles données, J.-L. Marion reprend quarante entretiens sur une trentaine d'années, tenant parole sans se dédire. Il s'agit, en les rassemblant, de défendre l'art de la conversation contre les idéologies qui transforment le débat public en champ de ruines. Mais aussi de se faire une idée assez juste de son parcours. Les Rétrospections livrent une auto-interprétation où les livres se relient dans un projet au fur et à mesure plus conscient de lui-même. Dans De la philosophie, on sonde cette discipline sur les points où elle se met en crise. Dans De l'amour, il s'agit de retrouver la puissance de cette « raison merveilleuse et imprévue » (Rimbaud), à peine aperçue par la philosophie. Dans De quelques penseurs, on esquisse les figures les plus significatives, donc d'abord Heidegger et Levinas. Dans De la situation des chrétiens, ce que l'on dit en tant que chrétien s'adresse cependant à tous puisque, par définition, le catholicisme a vocation à l'universalité. Enfin, on ajoute des contributions à la revue Le Débat, diagnostiquant un parcours au sein de l'époque du nihilisme.

  • Peinture et philosophie

    Marc de Launay

    • Cerf
    • 11 Mars 2021

    L'image vaudrait-elle moins que le concept ? La peinture, si matérielle, serait-elle inférieure à la philosophie, si abstraite ? Un tableau ne servirait-il au mieux qu'à illustrer une thèse ?
    Et si c'était en fait tout l'inverse ? Si c'était, à l'opposé, le façonnage de l'idée qui constituait la matière du travail pictural ? Et si, au contraire, c'était le tableau, non pas la thèse, qui contribuait le plus directement à modifier notre perception du monde, notre relation au monde ?
    Décryptant une dizaine d'oeuvres magistrales qui couvrent du début de la Renaissance à la fin du Baroque, Marc de Launay nous entraîne dans une fantastique redécouverte, inattendue et exaltante, du lien intrinsèque entre la vue et la pensée. Et nous montre, de manière lumineuse, pourquoi et comment l'émotion esthétique n'engage pas simplement le goût, elle intervient dans la discussion philosophique. Faisant de Dürer, Rubens, Rembrandt, nos contemporains d'étude et nos compagnons d'éveil, voici un livre de philosophie pour tous intensément jubilatoire. Une leçon sur l'art de regarder.

  • Platon

    Luc Brisson

    « Il ne t'arrivera rien de terrible si tu es vraiment un homme de bien ».
    Célèbre depuis 2 400 ans, Platon est sans doute le philosophe le plus lu au monde, le plus aimé, le plus commenté. Le plus intimidant aussi, parce qu'il est tout de même cet écrivain qui inventa la philosophie...
    Conçu comme une introduction à sa pensée, à ses écrits, à son époque, à sa critique même, cet essai biographique mêle et démêle la vie et l'oeuvre du plus fascinant des philosophes, pour offrir à tous le portrait vrai d'un citoyen du monde, qui bouleversa les mentalités occidentales par la seule force du dialogue.

  • Charité bien ordonnée commence par soi-même : le dicton est si commun qu'on a cessé de s'en étonner. Pourtant, il n'a rien d'anodin. Non seulement parce que la charité, selon saint Paul, ne cherche point son intérêt, mais aussi parce que les notions d'ordre et d'amour semblent mal s'accorder. Si l'amour de soi est premier, quels sont les autres amours qui devraient s'y ordonner ? Et surtout, comment définir le bon ordre ?
    Répondre à ces questions signifie retracer la fortune d'un thème augustinien, celui de l'ordre de la charité, du Moyen Âge à l'époque moderne. Les six études réunies ici proposent moins une histoire de ce thème qu'une analyse de ses métamorphoses les plus marquantes. Car l'idée d'ordo charitatis s'épanche comme une sève au cours des siècles et sous les plumes d'innombrables auteurs, qui s'en emparent et la refaçonnent.
    De saint Augustin à saint Bernard, saint Thomas et Dante ; de Montaigne et Thomas Browne à Descartes, Pascal et Goethe. Mais aussi des juristes médiévaux aux casuistes du xviie siècle et aux théoriciens de la raison d'État : l'ordo charitatis revient sans cesse, en se chargeant d'enjeux multiples et parfois contradictoires. De sorte qu'il faudra désormais y reconnaître une de ces cellules idéelles qui structurent en profondeur l'histoire de la culture européenne.

  • On invoque sans cesse Kant, Hegel, Marx, Nietzsche et Schopenhauer, mais qui sait que la France a eu, au même moment, des philosophes de premier plan à l'origine d'une tradition philosophique originale ? C'est cette histoire du spiritualisme français, né d'une critique du sensualisme et en débat constant avec Descartes et son dualisme de l'âme et du corps, qui est de retracée ici depuis Chateaubriand jusqu'à Émile Boutroux, en convoquant aussi bien des poètes, écrivains, historiens que des philosophes, en montrant le rôle des circonstances d'abord dans sa naissance (1802-1848), ensuite dans son épanouissement (1848-1921). À travers les écrits de Maine de Biran, Victor Cousin, Théodore Jouffroy, Félix Ravaisson, Alphonse Gratry, Jules Lachelier, Edgar Quinet, Jules Michelet, et de bien d'autres, on découvre une pensée sociale et politique autant que religieuse dont la métaphysique, d'inspiration chrétienne, pose l'existence de Dieu, l'immortalité de l'âme et la liberté de l'homme en soi et vis-à-vis de toute autorité.
    Ainsi, loin des sentiers battus d'une histoire qui rend compte des derniers soubresauts de la métaphysique en régime postkantien, Jean-Louis Vieillard-Baron propose ici une contre-histoire de la métaphysique.

  • La foi contre l'intelligence, l'inquisition contre l'expérimentation, mais aussi Galilée ou Copernic contre Dieu : la légende noire d'une exclusion réciproque entre Révélation et Science tient-elle face à la description des avancées scientifiques durant les trois siècles précédant Newton ? Non, répond Rémi Sentis en se fondant sur l'histoire. Toutes les relations entre l'Église et la science montrent au contraire un rapport autrement complexe et, surtout, infiniment plus fécond, singulièrement au regard de l'anatomie, de l'astronomie, de la physique, de la chimie ou de l'alchimie. Alors que la science semble toujours en recherche de conscience, et que les scientifiques cherchent des modèles d'explication intégrant la dimension mystérique de la vie et de l'univers, il convient d'approfondir un dialogue en rappelant qu'en fait, celui-ci n'a jamais cessé.
    Les sciences modernes ne seraient-elles pas nées dans un creuset chrétien ? Un magnifique traité de l'anti-préjugé, un voyage extraordinaire dans les pas de nombreux historiens des sciences, un appel à voir plus loin.

  • Voici quelques moments majeurs de notre pensée philosophique, de Socrate ou Kant jusqu'à Camus, en passant par Montaigne, Dante, ou encore Nietzsche et Edith Stein.
    Comme à l'école buissonnière, on y croisera de célèbres figures de la philosophie, mais sous un jour inattendu : une lettre de condoléances, un amour éperdu, le cachot d'un condamné à mort, un souvenir de Méditerranée, ou une missive au Président de la République. Sans transpirer l'érudition, « sans prise de tête », chacun de ces penseurs se rend amical, pour entraîner le lecteur sur des chemins de traverse.
    On y entre avec tendresse, on se heurte ensuite à la puissance d'une grande pensée, avant de s'engager sur la pente douce qui mène jusqu'au terme. Comme en promenade, le lecteur se retourne alors, étonné du chemin parcouru, fier de la difficulté surmontée, enrichi d'une pensée de grand style.
    Avec simplicité, on espère ainsi rendre la vérité aimable.

  • « Avec ce volume, écrit J. Habermas, je poursuis les recherches concernant "Morale et communication". Ce qui relance la discussion ce sont surtout les objections faites aux concepts universalistes de la morale qui remonte à Aristote, Hegel et le contextualisme contemporain. Il s'agit de dépasser l'opposition stérile entre un universalisme abstrait et un relativisme qui se contredit lui-même. Je tente donc de défendre la prééminence du juste, compris dans un sens déontologique, sur le bien. Mais cela ne signifie pas que les questions éthiques, au sens étroit du terme, doivent être exclues du questionnement rationnel. » Comme l'indique le traducteur, M. Hunyadi, « dans cette perspective, la question morale centrale n'est plus, on le voit bien, la question existentielle de savoir comment mener une vie bonne, mais la question déontologique de savoir à quelles conditions une norme peut être dite valide. Le problème se déplace de la question du bien vers la question du juste - de celle du bonheur vers celle de la validité prescriptive des normes. Les questions morales - concernant le juste, et décidables au terme d'une procédure argumentative - sont à distinguer des questions éthiques - concernant les choix axiologiques préférentiels de chacun, par nature subjectifs -, c'est l'une des entreprises originales de ce livre que de le montrer. »

  • Le crépuscule de l'universel

    Chantal Delsol

    • Cerf
    • 13 Février 2020

    Après la Seconde Guerre mondiale et la chute du mur de Berlin, nous avons cru à la victoire définitive de notre vision du monde, caractérisée par l'individualisme libéral, le cosmopolitisme et la démocratie des droits de l'homme. Mais depuis le tournant du siècle, plusieurs cultures mondiales s'opposent clairement et fermement aux principes occidentaux considérés jusque-là comme universels. La démocratie est décriée ou dégradée, et l'autocratie nommément défendue, en Chine et à Singapour, dans certains pays musulmans, en Russie. En outre, apparaissent au sein même de l'Occident des gouvernements dits populistes ou illibéraux, opposés au libéralisme et à l'individualisme postmodernes. Ce débat conflictuel déployé tant sur le plan occidental que sur le plan mondial traduit un nouvel assaut de la vision du monde traditionnelle, holiste, face à la vision progressiste et individualiste.
    Des deux côtés fleurissent les excès. En Occident, l'humanisme classique transformé en humanitarisme. En face, des cultures parfois devenues des idéologisations de leurs traditions. C'est un énième épisode, mondialisé, de la discorde entre les modernes et les anti-modernes : ce qu'on a appelé au xxe siècle la « guerre des dieux ».

  • Vie extraterrestre, expériences de mort imminente ?... Pluralité des mondes ? La vraie philosophie, parce qu'elle demeure ouverte à toutes les questions, toutes les possibilités, n'est jamais très éloignée de la science-fiction. C'est ce que démontre Jean-Marc Ferry dans ce livre unique, qui plaira à ceux qui aiment penser hors des limites. Qu'est-ce que la physique contemporaine nous apprend sur l'espace et sur le temps ? Que faire des vérités dites « contre-intuitives » qui heurtent le sens commun, mais qui résistent et s'appuient tout de même sur le réel ?
    Un enjeu direct est de procurer à l'entendement un horizon d'intelligibilité. Peut-être y va-t-il même d'une libération de l'esprit face aux assignations de l'espace et du temps : de l'espace qui impose à nos corps un lieu juxtaposé, du temps qui de nos existences ne fait qu'un moment.
    Réunir ce qui est séparé, montrer ce qui est caché à nos yeux : voilà le défi de Jean-Marc Ferry qui enquête sur les forces de la vie autant que sur l'énigme de la mort.

  • La lutte pour la reconnaissance

    Axel Honneth

    • Cerf
    • 14 Février 2000

    La philosophie sociale moderne, depuis machiavel et hobbes, présuppose un rapport d'hostilité entre des individus désireux de s'assurer une place au soleil ou plus simplement de garantir les conditions de leur survie.
    La société ne serait rien d'autre qu'une collection d'individus. la fonction de l'etat, dans ce contexte, consiste à neutraliser leur antagonisme. la morale se trouve ainsi instrumentalisée. le jeune hegel se démarque de cette tradition en cherchant à comprendre les conflits humains dans la perspective d'une demande de reconnaissance. il met ainsi en lumière la dimension morale inhérente à tout affrontement et reconstruit l'évolution sociale selon une succession de luttes réelles ou symboliques, dans lesquelles l'individu ne cherche pas tant à supprimer ou à abaisser son adversaire qu'à être reconnu par lui dans son individualité.
    L'amour, le droit, la solidarité offrent les cadres successifs oú s'inscrit, à mesure que s'enrichissent les rapports humains, ce lien de reconnaissance. la psychologie sociale moderne permet de reprendre cette approche pour l'enraciner dans les mécanismes de formation de la personnalité humaine (les travaux de g. h. mead et de d. winnicott en particulier). en distinguant trois formes de mépris - l'atteinte physique, l'atteinte juridique et l'atteinte à la dignité de l'individu -, correspondant aux stades de développement du rapport de reconnaissance, axel honneth se dote d'un outillage conceptuel qui lui permet d'articuler une véritable " grammaire morale des conflits sociaux ", fondée sur une théorie intégrée de l'homme et de la société.
    Ce faisant, il nous met aussi entre les mains un précieux instrument critique.

  • Une société privée de mémoire et d'enregistrements est inimaginable, car toute règle et tout accord reposent sur la mémoire, et tout comportement sur l'imitation : voilà pourquoi les archives et les documents sont centraux dans la vie de la société et des individus.
    La place centrale de la « documentalité » est plus évidente encore de nos jours où nous assistons à l'explosion des systèmes d'enregistrement et d'écriture, des ordinateurs et des smartphones, ainsi qu'à l'utilisation massive d'Internet. Ces nouvelles technologies ont non seulement transformé notre quotidien, mais ont également mis en lumière l'essence même de la réalité sociale : le fait de se fonder de façon non pas accidentelle mais essentielle sur des inscriptions et des enregistrements.
    Un maître ouvrage.

  • La haine du monde

    Chantal Delsol

    Quand Chantal Delsol dénonce le véritable mal du siècle : notre désamour de la réalité.
    Le XXe siècle a été dévasté par les totalitarismes qui, espérant transfigurer le monde, n'ont abouti qu'à le défigurer. Et si ces illusions ne nous avaient pas quittés ? En effet, tout en rejetant avec force le totalitarisme comme terreur, il semble que nous ayons poursuivi les tentatives de transfiguration.
    Ceux qui veulent encore remplacer ce monde s'opposent aujourd'hui à ceux qui veulent le défendre et le protéger ; les démiurges s'opposent aux jardiniers. Dans cet essai cinglant et sans compromis, Chantal Delsol définit ainsi le projet de la modernité tardive : une émancipation totale de la réalité et un désamour du passé.

  • Morale et communication

    Jürgen Habermas

    • Cerf
    • 1 Janvier 1987

    Ce livre, publié en 1983, est à plusieurs égards un livre décisif pour cette fin de siècle Il l'est en premier lieu en tant que démenti formel à la rumeur insistante selon laquelle la philosophie serait bientôt - sinon déjà - condamnée à la futilité et à l'inaction.
    S'appuyant sur une analyse lucide de la modernité, Habermas montre que si la tâche philosophique de médiation de la rationalité demande certes à être réévaluée, elle est non seulement possible mais encore essentielle à notre réflexion. Non content de le dire, Habermas le prouve. Tout d'abord, en mettant en oeuvre la conception de la philosophie qu'il défend, conception liée à la théorie critique de la société qu'il a lui-même reconstruite sur la base d'une Raison communicationnelle, et qui préconise une coopération de toutes les activités intellectuelles déclarant une exigence de rationalité.
    Il le prouve encore en mettant en place, à partir de l'activité communicationnelle et de l'éthique de la discussion de K.O. Apel, une théorie proprement philosophique des relations humaines dans les sociétés contemporaines ; théorie formelle de l'intersubjectivité, elle apparaît comme une morale non prescriptive dont les principes ne sont liés qu'à la garantie de l'intercompréhension, offrant ainsi une nouvelle appréhension de la Raison pratique.
    Il le prouve toujours en démontrant que cette théorie, sans rien renier de son caractère philosophique, peut nouer un dialogue effectif et heuristique avec une science sociale - ici avec la psychologie sociale, de Kohlberg. Il le prouve enfin en apportant à la société contemporaine, par ce dialogue, une intelligibilité critique d'elle-même qu'elle ne pourrait acquérir autrement.

  • La relation entre les deux traditions du judaïsme et du christianisme a fait l'objet, depuis le début du xxe siècle, d'approches philosophiques fondamentales que le présent ouvrage s'efforce de réunir et de ressaisir. De Rosenzweig à Levinas, de Bergson à Maritain, de Péguy à Sartre et de Simone Weil à Ricoeur, c'est une constellation théorique singulièrement contrastée qui s'y manifeste, mettant en lumière une histoire philosophique inspiratrice de notre espace religieux et politique. Il ne s'agit cependant pas ici de rejouer philosophiquement les antagonismes historiques. Les textes rassemblés dans ce volume posent en effet de manière irréductible la question : qui est l'autre ? À quels types d'altérations et de complémentarités la pensée est-elle ici confrontée ? Il ne saurait donc être question d'autre chose que de trouver une orientation et une signification là où les déterminations historiques ont parfois recouvert ce qu'il est permis d'appeler l'exception judéo-chrétienne.

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