Maison Des Sciences De L'homme

  • Que sont les humanités numériques?D'abord une rencontre, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Celle d'un prêtre jésuite soucieux d'analyser la Somme théologique de Thomas d'Aquin avec les ordinateurs d'IBM. Cette collaboration donnera naissance à ce qu'on appellera plus tard les humanités numériques.Porteuses de l'histoire des technologies, marquée par le développement des technosciences et du complexe militaro-industriel, les humanités numériques conduisent à s'interroger en retour sur ce qui fait la spécificité des humanités. L'union des technologies numériques et des humanités conduit-elle à remettre en cause ce qui les dinstingue traditionnellement? Le numérique pousse-t-il, par les méthodes et modèles qu'il permet de développer dans ce champ de recherche, à placer les humanités sous la domination de modèles scientifiques qui leur sont étrangers?Quels dangers ces approches comportent-elles, en particulier lorsqu'une part croissante des productions culturelles et des interactions sociales est désormais placée sous l'emprise de sociétés commerciales globalisées qui font un usage massif du numérique?Dans cet ouvrage, Pierre Mounier nous livre une histoire critique des humanités numériques et propose de redéfinir à la lumière de ces analyses le contrat moral que les humanités peuvent établir avec la société.

  • Ce dossier de Quaderni propose de croiser différentes approches de sciences humaines et sociales sur la ville intelligente. Il a pour objectif de questionner le slogan 'smart city' utilisé non seulement par des ingénieurs des techniques numériques mais aussi par des responsables politiques, des professionnels de l'aménagement urbain et des chercheurs. Il tente de répondre à la question: « la smart city » relève-t-elle d'une « fiction » (e-democracy au-delà de e-government) au service d'une innovation technique - qui tout compte fait se limite à l'optimisation de services urbains (grâce aux capteurs, aux objets connectés et à Internet) - proposée par des entreprises privées ou faut-il plutôt l'interpréter comme une innovation majeure autorisant une gestion stratégique de la ville en cours de recomposition spatiale, sociale et économique sous l'effet conjugué de la mondialisation et de la révolution numérique ?

  • Les textes rassemblés dans cet ouvrage sont pour la plupart issus des rencontres Penser en langues - In Sprachen denken portés par le programme de traduction franco-allemand de la Fondation Maison des Sciences de l'Homme (FMSH) à Paris sous la responsabilité de Franziska Humphreys et grâce au soutien de la Fondation Robert Bosch, le DAAD (Office allemand d'échanges universitaires) à Paris et le Goethe-Institut à Paris. Sous forme de colloque, Penser en langues - In Sprachen denken s'est proposé d'ouvrir un lieu d'échange sur le statut accordé à la traduction dans la production et la diffusion des savoirs en sciences humaines et sociales. Les textes issus de ce projet placent, chacun à sa façon, la traduction au coeur de leur architecture et de leur élaboration et suivent les sentiers multiples d'une pensée de la traduction en rendant manifeste l'expérience du glissement sémantique et syntaxique que toute traduction engendre. Depuis la décision d'engager la traduction d'une oeuvre jusqu'à sa publication dans un milieu éditorial donné, le travail de traduction s'inscrit dans un processus socio-culturel dans lequel les systèmes de valeurs spécifiques à chaque pays sont également transmis et réinterprétés. La traduction crée de nouveaux horizons conceptuels et élargit ceux qui existent déjà. Chaque traduction est ainsi un geste, un acte qui implique des décisions, opère des exclusions, établit des interprétations, crée des réalités discursives qui, par la suite, ont un impact significatif sur le développement des sciences humaines. L'introduction d'un auteur au sein d'un contexte intellectuel qui lui est étranger apparaît comme un événement discursif aux conséquences imprévisibles. Ce processus s'accompagne le plus souvent de frictions, de ruptures, de mésententes, de réécritures, de retraductions, qui sont elles-mêmes dotées d'une valeur épistémologique ou historique. La décision de traduire est prise à la suite de toute une série d'opérations textuelles dans lesquelles la traduction est reçue de différentes manières (par le biais d'articles, de critiques, de la littérature secondaire, de séminaires et de cours magistraux) et qui fissurent le paysage scientifique. Dans cette perspective, l'histoire des idées se présente comme l'histoire des traductions en insistant sur l'influence déterminante de la traduction sur l'émergence et la circulation d'une nouvelle terminologie et de nouvelles habitudes linguistiques. Dans quatre partie, le présent ouvrage met en évidence. que la traduction n'est pas seulement au service du texte original mais un acte poétique propre qui intervient dans le texte en l'interprétant et en le réinventant au niveau conceptuel et syntactique.

  • Après avoir vécu toute sa jeunesse sous le régime franquiste et y avoir résisté en diffusant tant bien que mal des tracts ronéotypés, Manuel Castells peut déclarer avec raison que "le pouvoir repose sur le contrôle de la communication, et le contrepouvoir sur sa capacité à déjouer ce contrôle". Devenu depuis lors un spécialiste mondial des sociétés en réseaux et de la communication, il nous offre ici un ouvrage de synthèse qui prolonge et actualise sa fameuse trilogie, L'ère de l'information (Fayard, 2000-2004).
    A partir d'une série d'analyses empiriques-la campagne électorale de Barack Obama, les stratégies de certaines entreprises de communication internationales, il élabore des réflexions théoriques qui intéresseront aussi bien la communauté des chercheurs en sciences sociales que la société civile.

  • En dépit des difficultés à cerner les pratiques, usages et représentations des langues au sein de la dynamique singulière qui caractérise le paysage linguistique marocain, les contributions présentées ici sont traversées par deux axes : un premier axe évoque directement ou indirectement, le paysage linguistique marocain et les variétés linguistiques qui y sont présentes, en favorisant l'étude de composantes nationales comme l'arabe et ses variétés dialectales (Youssi) avec une mention spéciale aux parlers juifs (Levy), l'amazighe i.e. le berbère (Boukous) ; un deuxième axe est constitué de réflexions émanant d'approches différentes, parfois divergentes et de postures théoriques distinctes ; avec, en filigrane, le souci de la transmission de la langue écrite, ici le français (El Amrani) des savoirs scientifiques ainsi que la question complexe des technolectes ou langages spécialisés (Messaoudi).

  • De façon exceptionnelle, la revue ne publie pas un dossier thématique mais un numéro Varia. Il se compose d'articles émanant de différentes disciplines:- les sciences de la communication avec Vincent Mariscal (« Le paradoxe du langage commun dans les entreprises: entre horizontalisation et contrôle social des pratiques langagières au travail »);- la sociologie avec German Fernandez Vavrik (« Négocier la distance institutionnelle. Discrimination positive et interactions dans une salle de classe ») et Fabienne Montmasson-Michel (« Une socialisation langagière paradoxale à l'école maternelle »);- l'analyse de discours avec Marie Veniard (« Manifestations discursives de l'identité professionnelle des éducateurs spécialisés ») et Anne-Laure Kiviniemi (« Figures du discours et rapport de place dans les lettres de Poilus »).Ce numéro comprend aussi la rubrique Débat: Marc Derycke, « Retour sur 30 ans d'engagement dans Langage et Société ».Cette livraison se clôt par notre rubrique régulière de Comptes rendus.

  • Ce numéro présente des questionnements touchant deux disciplines: l'enseignement des langues étrangères, et la sociolinguistique. Il pourra donc intéresser à la fois les enseignants de langues et les chercheurs en sciences du langage.La notion d'investissement dans l'apprentissage des langues développée par B. Norton (language investment) tend à remplacer celle de motivation, plus psychologisante. Apprendre des langues étrangères est alors envisagé, dans une perspective bourdieusienne, comme l'acquisition d'un capital symbolique, au sein d'une économie mondialisée de la connaissance. Les apprenants de langues rapportent les coûts en temps et en travail aux bénéfices symboliques qu'ils espèrent en tirer. Pour illustrer ce cadre théorique, des situations sociolinguistiques et des populations diverses sont présentées ici: des adolescents au Canada et en Ouganda (Ron Darvin & Bonny Norton); des étudiants en français langue étrangère dans une université suisse (Chiara Bemporad & Thérèse Jeanneret); des élèves apprenant l'anglais au Canada, au Mexique et en Inde, dans le contexte matériel d'une production de vidéos (Diane Dagenais & Kelleen Toohey); des adultes demandeurs d'emploi en Suisse (Alexandre Duchêne).Un article en varia fait écho à ces questions. Jean-Michel Gea analyse une enquête sociolinguistique sur l'enseignement de la langue corse dans le système scolaire en Corse. Il montre la profonde divergence d'appréciation de cet enseignement entre des parents corses et des parents immigrés.

  • La notion de norme est centrale dans les approches sociales du langage. Le présent dossier propose de l'aborder à travers les conflits liés à l'acte de nommer envisagé dans des contextes présentant des enjeux scientifiques, éthiques ou socio-politiques. Les cinq contributions réunies étudient en effet des discours où l'hétérogénéité des normes est explicitée par des acteurs sociaux, individuels ou collectifs, engagés dans la lutte pour le sens ou la forme des mots, dans la mise en discours plus ou moins contrainte de leurs perceptions du réel, dans la confrontation de valeurs éthiques appliquables à la communication interindividuelle. Elles montrent comment cette hétérogénéité réfléchie par des acteurs en situation « minoritaire » détermine des postures de critique, de résistance ou au contraire de déférence aux normes dominantes. Il s'agit de mettre en évidence ce que les conflits de normes disent des rapports sociaux, comme des aspirations et des pratiques émancipatrices de groupes ou d'individus ordinaires ou marginalisés. Les analyses ouvrent sur des extérieurs du discours appelant d'autres pratiques sociales, visant à transformer l'existant.

  • Largement diffusées après des événements comme les attentats du 11-Septembre, de Paris, Nice ou Bruxelles, les théories du complot pourtant fortes anciennes mais en perpétuel renouvellement ont suscité un intérêt inédit des pouvoirs publics (page internet « On te manipule »), des journalistes (L'Express, Le Point, Diplomatie ou Historia) et des chercheurs (Science et Pseudo-science, Agone, Raison Publique, Esprit ou Diogène). Aussi hétérogènes que soit ces initiatives, toutes se sont focalisées sur quatre thématiques : 1°) La présentation des théories du complot, leurs caractéristiques, leurs fonctions et les modes d'adhésion. 2°) Les aspects relatifs à la rhétorique conspirationniste. 3°) Les liens supposés ou réels entre approche critique et théories du complot ainsi que l'utilisation de ces dernières comme une labellisation infamante. 4°) La réfutation des théories du complot.
    Dès lors, ce numéro des Quaderni entend renouveler l'approche du fait social et politique que constitue le conspirationnisme en plaçant au coeur de son questionnement les liens entre complotisme, nouvelles technologies et communication numérique. Ainsi, au fil des articles seront abordées les questions du militantisme complotiste, des usages sociotechniques de l'internet et des réseaux sociaux, le rôle de la télévision et ou de l'internet dans la diffusion de théories complotistes ou la création de « paniques » conspirationnistes ainsi que la construction publique du « problème » conspirationnisme.

  • Depuis les années 1990, beaucoup de pays ont adopté des réformes de l'enseignement qui affichent une volonté d'introduire au sein des curricula l'« approche par compétences » (APC). C'est l'existence de ces réformes dans des pays variés qui a motivé la constitution d'un dossier sur leurs apparitions successives, leurs trajectoires, ainsi que sur leurs points communs et leurs différences dans leurs conceptions et leurs mises en oeuvre. Cela implique non seulement de retracer les grandes lignes et la chronologie de ces réformes à travers la planète comme de dégager un cadre théorique pour penser ces circulations.

  • L'usage politique et militant des nouvelles technologies est manifeste ces dernières années dans le phénomène de « radicalisation » tout à la fois religieuse, politique et sociale, qui a touché nombre d'individus, en France et à l'étranger, et qui se caractérise par des changements dans les trajectoires biographiques des acteurs concernés. Ce numéro des Quaderni porte attention aux processus de radicalisation, notamment islamiste, opérée via les NTIC, qui conduit des segments de la population à partir « faire le jihad » ou à basculer dans la violence terroriste. Comment les NTIC construisent-elles un entre-soi qui favorise des formes de rupture avec le monde profane, ainsi que la désignation d'un ennemi et bouc-émissaire ? Est-il possible de les identifier, de caractériser leur structure narrative et de réfléchir à des programmes de « dé-radicalisation » prenant en compte les particularités des thèses complotistes liées aux formes de radicalisation islamiste ? Au-delà, l'objectif du numéro consiste à étudier les dissonances cognitives spécifiques à/aux radicalisation(s) en portant attention aux relations existantes entre les valeurs véhiculées et les procédés techniques mobilisés, ainsi qu'aux moyens mis en oeuvre par les pouvoirs publics pour y répondre.

  • Migration, immigration, mobilité, pratiques migratoires, les termes sont multiples pour nommer un phénomène ancien dont les enjeux politiques se sont complexifiés ces dernières décennies. La focalisation politique et médiatique sur cette mobilité a conduit les sociolinguistes à s'intéresser d'abord aux discours produits sur ces pratiques ainsi qu'aux récits des migrants eux-mêmes. Depuis quelques années, les analyses portent davantage sur les effets sociolinguistiques des mobilités: les pratiques translinguistiques, l'instrumentalisation néolibérale des langues des migrants, le nationalisme linguistique exacerbé des politiques éducatives ou encore le retournement des idéologies normatives visant à la discrimination des locuteurs. Ce numéro met en lumière quelques-unes de ces nouvelles approches en montrant comment ces pratiques sociales ont elles-mêmes affectées la conceptualisation des analyses sociolinguistiques.

  • Après la crise de 2007-2008, les politiques d'austérité s'accentuent en Europe et à travers le monde, en dépit de leurs conséquences négatives sur les populations et des nombreux mouvements sociaux qui les contestent dès 2010.Ce dossier s'intéresse aux discours austéritaires tels qu'ils sont produits, diffusés, reconfigurés par des institutions comme l'Union européenne, la Banque centrale européenne, le Fonds monétaire international ou par des dirigeants politiques et des médias. Élaborés au cours de plusieurs décennies, ces discours n'y sont pas considérés comme un simple accompagnement des politiques d'austérité, mais comme l'une de ses composantes principales. Ils sont un discours normatif, et souvent moral, qui contribue à l'hégémonie contemporaine du néolibéralisme.Pluridisciplinaire, le dossier associe sciences politiques, sciences sociales, sciences économiques et sciences du langage. Il est rédigé par neuf chercheuses et chercheurs de Belgique (A. Borriello, C. Gobin), du Canada (M. Dufour, A. Laurin-Lamothe, R. Penafiel) et de France (T. Guilbert, F. Lebaron, S. Longuet, J. Marques Pereira).Ensemble, les auteures et auteurs jettent un regard inédit sur des discours qui, omniprésents dans notre vie quotidienne, reconfigurent nos perceptions politiques.Deux varia complètent le numéro (M. Debono; S. Määttä & M. Wiklund).

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