Karthala

  • La défaite des Taliban dans le sillage des attentats du 11 septembre ouvre deux décennies d'investissement occidental en Afghanistan. Des centaines de milliards, pour l'essentiel consacrés à l'entretien des forces occidentales, des dizaines de milliers de morts, dont plusieurs milliers de la coalition, montrent l'importance de ce conflit pour les Etats-Unis qui en font le symbole de leur hégémonie mondiale.

    Mais, derrière les discours sur la construction d'une « démocratie de marché », se profile un gouvernement transnational qui contourne les acteurs afghans au point d'interdire tout processus démocratique, couvre des fraudes électorales massives, routinise la captation des ressources au profit des entreprises occidentales et des élites afghanes. Les tensions communautaires et sociales s'accroissent à un point jusque-là inconnu dans la société afghane. Les Taliban, capitalisant sur le ressentiment populaire contre les élites au pouvoir, mettent en échec une alliance occidentale qui dissimule, derrière une augmentation des moyens, son incapacité à définir une stratégie cohérente. Après vingt ans de conflit, al-Qaïda est toujours présent en Afghanistan, et le retrait américain ne fait qu'ouvrir une nouvelle période d'une guerre civile vieille de quarante ans.

    Ce nouvel essai de Gilles Dorronsoro propose une analyse critique impitoyable des impasses de l'expertise orientaliste et sécurocrate dont la portée comparative, bien au-delà du seul cas afghan, est d'une haute actualité.

  • Cet ouvrage part d'un paradoxe d'une brûlante actualité : alors que les régimes autoritaires tendent à se durcir et que les libertés publiques sont de plus en plus remises en question dans les démocraties libérales, le formalisme démocratique (norme électorale, expression de la « société civile », dispositifs participatifs, etc.) continue d'être très largement mobilisé comme source de légitimation interne et internationale.

    À partir d'enquêtes menées sur les pratiques d'une grande diversité de pays (Algérie, Azerbaïdjan, Biélorussie, Colombie, France, Iran, Pologne, Russie, Turquie), les contributions rassemblées ici donnent à voir comment la norme démocratique, tout en demeurant incontournable, se trouve dans bien des cas affaiblie sinon vidée de sa substance à mesure qu'elle recouvre des formes plus ou moins raffinées de surveillance et de contrôle. Apparaît ainsi le brouillage contemporain de la frontière entre autoritarisme et démocratie, auquel les démocraties et les organisations internationales prêtent parfois leur concours lorsqu'elles sont amenées à en rabattre sur leurs standards.

  • L'impérialisme postcolonial n'est pas l'impérialisme qui viendrait après la colonisation. Il est l'impérialisme noir, l'impérialisme invisible, de la Race ou de la Bête, c'est-à-dire de la valeur et de la libido, de l'Argent et du Sexe. Il est le point aveugle que partagent la théorie postcoloniale et ses contempteurs. Le spectre du Noir colonise l'imaginaire du Blanc. Mais, plus encore, le colonial est colonisé par le colonisé lui-même, son opposé qui est aussi sa création, et qui le mine de l'intérieur.

    Avec rigueur et truculence, Joseph Tonda, l'un des penseurs les plus originaux du continent, poursuit sa réflexion sur le pouvoir en analysant les éblouissements de l'Afrique centrale comme de l'Occident. Prises dans une même destinée, nos sociétés sont chahutées entre enchantements et violences, entre calculs et folie, entre croyance et consommation, dans l'indiscernabilité du réel et de l'irréel, du passé et du présent, c'est-à-dire dans l'imaginaire. En faisant défiler sous nos yeux, eux aussi éblouis, les images-écrans, les images d'images de la mondialisation néolibérale qui ont saisi toutes les sociétés, il nous prouve une nouvelle fois qu'il n'est pas si facile de « tuer les yeux », en tout cas les siens.

  • Ce livre s'intéresse à la jeunesse rurale au coeur du conflit sociopolitique ivoirien. Il s'appuie sur une enquête ethnographique menée dans les villages bété de la région de Gagnoa (2012-2018), dans le Centre-Ouest du pays. En suivant le parcours de nombreux jeunes gens qui ont quitté la ville pour s'installer dans leur village d'origine, Léo Montaz retrace l'émergence de la jeunesse comme catégorie politique dans cette région. Il interroge également les processus d'individualisation des jeunes ruraux, trop souvent renvoyés à la catégorie de cadets sociaux, et retranscrit les profonds bouleversements qu'ont connus les arènes villageoises sous les effets conjugués de la crise de l'économie de plantation, des tensions de l'ivoirité et des violences de guerre. Il analyse enfin la multiplicité des registres d'opposition mobilisés par ces jeunes, à l'échelle nationale comme micro-locale, en particulier les critiques de la gérontocratie, du clientélisme et des différents conservatismes qui régissent la vie politique ivoirienne.
    Léo Montaz propose ainsi une relecture de l'histoire et de la crise ivoiriennes sous l'angle des tensions intergénérationnelles au village. En étudiant les résistances et l'ambivalence du positionnement de la jeunesse, il montre la difficile quête d'émancipation des jeunes en Afrique.

  • Les études postcoloniales se sont imposées comme un courant important des études culturelles et de la recherche en sciences sociales de langue anglaise.
    Il est de plus en plus reproché à l'Université française de les ignorer, alors que des militants et des historiens engagés interprètent la crise des banlieues dans les termes d'une " fracture coloniale " plutôt que sociale. Ce mauvais procès n'est pas fondé. Il occulte toute une tradition d'écrits et de travaux qui ont perpétué en France une pensée critique sur la colonisation. Il tient pour acquise la contribution scientifique des études postcoloniales, qui certes ont pu être utiles, dans leur diversité, mais qui sont largement superflues au regard des apports d'autres approches.
    Surtout, les études postcoloniales restent prisonnières du culturalisme et du récit national dont elles prétendaient émanciper les sciences sociales. Et elles s'interdisent de comprendre l'historicité des sociétés, celle du moment colonial, celle enfin de l'éventuelle transmission d'un legs colonial dans les métropoles ou dans les pays anciennement colonisés. Leur reconsidération fournit l'opportunité, d'ouvrir de nouvelles pistes de réflexion pour l'analyse de l'Etat, au croisement de la science politique, de l'histoire, de l'anthropologie et de l'économie politique.

  • Sur la base d'une dramatisation caricaturale, la guerre sévirait partout en afrique.
    Grand corps mou et fantasque, le continent, impuissant, serait engagé dans un processus d'autodestruction ravageante. l'action humaine, stupide et folle, y suivrait presque toujours autre chose qu'un calcul rationnel. cannibalisme, pandémies et pestilence partout imposeraient leur loi.
    Non point que de détresse, il n'y en ait point. d'horribles mouvements, des lois qui fondent et ordonnent la tragédie et le génocide, des dieux qui se présentent sous le visage de la mort et de la destitution, des cadavres errant au gré des flots, des menaces de toutes sortes, des ondes aveugles, des forces terribles qui, tous les jours, arrachent les êtres humains, les animaux, les plantes et les choses à leur sphère de vie et les condamnent à mort : il y en a, en effet.
    Ce qui fait cependant défaut, loin des culs-de-sac, des constats à l'aveuglette et des faux dilemmes (afropessimisme contre afrocentrisme), c'est la radicalité du questionnement.
    Car ce que l'afrique en tant que notion met en crise, c'est la façon dont la théorie sociale a, jusqu'à présent, pensé le problème du basculement des mondes, de leurs oscillations et de leurs tremblements, de leurs retournements et de leurs déguisements.
    C'est aussi la façon dont cette théorie a échoué à rendre compte du temps vécu dans sa multiplicité et ses simultanéités, sa volatilité, sa présence et ses latences, au-delà des catégories paresseuses du permanent et du changeant qu'affectionnent tant d'historiens.

  • Formant un État fédéral, grâce à la volonté de cheikh Zayed Ibn Sultan el Nahyan, les Émirats arabes unis ont réussi à acquérir rapidement une place de poids et de choix dans le Golfe arabe et dans la géopolitique régionale. Fermement engagé contre la menace des groupes politico-religieux extrémistes, ce pays stable et prospère, à la pointe des nouvelles technologies, est devenu une puissance dans une région du monde qui reste un centre névralgique et stratégique de stabilité internationale.
    Une réflexion prospective sur le rôle de ce pays dans le nouvel équilibre du monde est à ce titre nécessaire. C'est l'objet de cet ouvrage. Il s'agit de présenter ici d'une manière objective et complète les principaux aspects de la géopolitique des Émirats arabes unis à travers son histoire, ses institutions, sa société, son action contre l'extrémisme religieux, son développement économique, sa politique étrangère, ses enjeux régionaux, et les questions de défense et de sécurité.

  • Coédition Karthala - IRMC Tunis.

    L'Algérie n'est pas l'exception autoritaire illisible que l'on présente parfois. En combinant les apports de l'observation sociologique et de la théorie critique, ce livre s'efforce de dépasser les fictions qui suggèrent l'existence d'un « Système » omnipotent, impersonnel et corrupteur, en décortiquant les transformations de l'ordre politique algérien au cours des trois premiers mandats d'Abdelaziz Bouteflika. Rendue à la fois possible et nécessaire par la crise qui a touché le pays à partir de la fin des années 1980, cette mise à jour s'est faite en accord avec des tendances globalisées qu'elle imite ou précède, avec en arrière-fond le spectre d'une catastrophe qui menacerait de replonger le pays dans la guerre civile.

    Cet ouvrage part du postulat que l'Algérie est confrontée à une crise toujours latente. Le souvenir de la décennie noire (1992-1999) nourrit ainsi l'idée d'une menace existentielle pesant sur le pays, orientant les politiques gouvernementales et les stratégies des acteurs. Cette situation a une dimension objective, puisqu'elle fait écho à une contestation fragmentée mais néanmoins permanente ainsi qu'aux contradictions internes du cartel qui tient l'État algérien. Elle a aussi une dimension subjective dans la mesure où les discours catastrophistes irriguent l'espace public, annonçant un bouleversement sans cesse repoussé. La crise latente est donc devenue une ressource qui justifie les dispositifs sécuritaires, mais aussi les réformes politiques et économiques.

    Par ailleurs, ce livre étudie aussi la violence symbolique qui accompagne la suspension de la catastrophe. L'incertitude brouille les cartes, questionne le passé et hypothèque l'avenir ; elle touche de plein fouet l'image de la communauté imaginaire, sans invalider totalement l'idéal de sainteté politique sur lequel l'ordre politique algérien a été bâti après 1962. La recherche de sens conduit néanmoins à des discours imputant la responsabilité des problèmes du pays à la population. Les déséquilibres structurels et les choix politiques s'effacent devant l'image d'une société prétendument malade et/ou pré-moderne. Dès lors, le « Système », aussi corrompu et violent qu'il puisse paraître, est naturalisé. Les dirigeants, mais aussi certains de leurs opposants les plus critiques, endossent alors un rôle disciplinaire pour contrôler une masse anarchique et manipulable.

  • Le Maroc inspire des lieux communs. Il serait un prototype d'immobilisme politique, dans la main autoritaire et conservatrice du « commandeur des croyants », en mal de démocratie, mais à l'ombre d'un islam somme toute modéré. Trente années d'enquêtes de terrain, d'entretiens, de dépouillement d'une vaste documentation primaire et d'observation participante permettent à Béatrice Hibou et Mohamed Tozy de montrer comment les changements démographiques et environnementaux, ainsi que les processus de naturalisation du néolibéralisme, ont transformé les façons de gouverner les hommes et les territoires du royaume.
    À partir des types-idéaux de l'Empire et de l'État-nation, les auteurs dégagent la pluralité des modes de gouvernement et de domination à l'oeuvre au Maroc en insistant sur leur osmose continuelle. Il n'est pas question d'un passage de l'empire chérifien (XVIIe-XIXe siècle) à l'État-nation, dont le protectorat français aurait jeté les fondements, ni de la perpétuation d'une tradition impériale résiduelle au coeur de l'État moderne. Il s'agit bel et bien d'un assemblage de ces deux logiques, qui déjà coexistaient dans les siècles précédents, et dont le jeu simultané est sous-jacent au gouvernement néolibéral contemporain. L'Empire et l'État-nation ne se présentent pas sous la forme d'une alternative ni d'une contradiction. Ils constituent deux ressorts d'une même domination qui ne se réduit pas à la seule figure du roi. Ils sont en tension continue, une tension dont procède l'historicité de l'imaginaire politique marocain et qui en tisse le temps singulier. Une démonstration fondamentale de sociologie historique comparée de l'État.

  • Le bèlè, le danmyé et la kalennda sont des danses et des musiques héritées de l'Afrique noire, de l'influence européenne et des contraintes du système esclavagiste qui font l'objet d'une attention renouvelée en Martinique. Associations et militants y entreprennent de faire passer ces pratiques du statut de « folklores » méprisés à celui d'instruments de reconnaissance politique, sociale et culturelle. Depuis plus d'un demi-siècle, les habitants de « Bô Kannal », l'un des quartiers les plus défavorisés de Fort-de-France, ont ouvert cette voie en faisant du carnaval un instrument de visibilisation, de promotion et de réinvention culturelles. Mais comment comprendre qu'un groupe apparemment démuni et constitué d'individus au statut précaire soit parvenu à développer une mobilisation culturelle longue et intense, à l'écart des institutions ? Pour explorer les ressorts de cette énigme, ce livre s'appuie sur une étude serrée des acteurs et des pratiques de l'association Tanbo Bô Kannal (TBK). De 2011 à 2018, Lionel Arnaud a observé de l'intérieur les moyens concrets mobilisés par les membres de TBK pour résister à l'emprise culturelle de la société dominante. En plongeant le lecteur dans l'histoire, l'espace de vie et les modalités d'organisation de ces militants par la culture, il montre comment les obstacles à l'agir culturel peuvent se muer en véritables incitations au changement social.

  • L'onde de choc créée par la pandémie du Covid-19 suscite, une décennie après les crises alimentaires de 2007-2008, de nombreuses interrogations sur la viabilité des systèmes agricoles et alimentaires. Les politiques publiques relatives à l'agriculture, à l'alimentation et au développement rural, et l'aide au développement qui les accompagne, doivent faire face de plus en plus à des objectifs contradictoires dans les domaines économiques, environnementaux et sociaux. Dans ce contexte, l'objectif de cet ouvrage est d'analyser ces politiques sous l'angle des processus, de mettre en évidence les jeux d'acteurs, leurs interactions et les rapports de pouvoir à l'aide d'une grille d'analyse inspirée des sciences politiques. A partir d'études de cas situées à différentes échelles, l'ouvrage restitue les résultats d'une démarche collective destinée à mieux comprendre l'élaboration des politiques agricoles, rurales et alimentaires en Afrique et les enjeux de l'accompagnement des acteurs impliqués dans la construction de celles-ci. Il ambitionne de prendre un recul critique face aux nombreuses « recettes » et autres modèles clés-en-main qui circulent dans la coopération internationale, en dehors de toute prise en compte des réalités locales.


  • 26 juillet 2007, dakar : s'adressant à un public de notables et d'universitaires africains, le président français nicolas sarkozy évoque la rencontre de la culture africaine avec la modernité et développe le vieux discours du " continent sans histoire ".
    le discours de dakar a provoqué une onde de choc en afrique, en europe et particulièrement dans la communauté des historiens. après le temps de l'indignation vient celui de la réflexion. cinq universitaires africains et français ont décidé de réagir pour s'opposer à un véritable déni d'histoire. chacun des auteurs a choisi son angle d'attaque ; la place de l'afrique dans l'histoire universelle, la persistance de l'imaginaire colonial, les pesanteurs de la tradition raciste à l'égard des noirs, l'absence remarquable de l'afrique dans le contenu de l'enseignement en france et la richesse du débat historiographique en afrique.
    au-delà des réactions à chaud, le discours de dakar méritait des réponses documentées. le premier livre de la collection disputatio réunit les meilleurs historiens français et africains et apporte un regard croisé sur le discours de dakar.

  • La pensée de Fanon est une pensée qui « empêche de dormir », sans cesse mobilisée dans des débats théoriques virulents ou comme étendard de revendications sociales et politiques. Les catégories qu'il a adoptées, façonnées dans la chair à vif de conflits atroces, n'ont rien perdu de leur acuité pour penser aujourd'hui les contradictions de la situation postcoloniale et la décolonisation de la connaissance, dans un monde où les rapports de domination produisent de nouvelles formes de souffrance et d'assujettissement. Ce dossier reprend quelques aspects d'une pensée inépuisable et indocile, en proposant un retour sur ses thèses les plus controversées : les pathologies de la reconnaissance, les conflits des sociétés africaines, la place de la culture dans la cure de la folie, le rapport entre le politique et l'islam dans la construction des États postcoloniaux, l'incorporation du racisme en situation postcoloniale. D'ailleurs, si l'on ne cesse de convoquer ce spectre et ses paroles « inopportunes et déplacées », n'est-ce pas que quelque chose de son temps - de sa violence, comme il l'avait lui-même prévu - hante encore notre présent ?

  • L'investissement pour le développement durable relève de stratégies multiples, aux enjeux complexes. En son coeur, l'aide au développement reste une politique publique insuffisamment connue, tout en étant perçue comme indispensable pour compenser les inégalités.
    Avec l'implication d'un nombre croissant d'acteurs, l'émergence d'une nouvelle civilité internationale oblige à penser des politiques multidimensionnelles à l'échelle de la planète. L'aide déborde désormais du seul cadre des États et des institutions multilatérales, étendant sa toile à des acteurs qui se diversifient : États fédéraux comme collectivités territoriales, ONG ou entreprises, etc.
    En suivant le fil rouge des financements internationaux, ce livre révèle les tensions et les forces qui traversent le monde du développement. Pour saisir ses mutations, il déploie une approche interdisciplinaire, donnant aux savoirs et concepts qui le composent une profondeur historique aussi bien qu'un champ prospectif.

  • Ces dernières années, pour gérer les séquelles et les contentieux hérités de guerres civiles ou de régimes autoritaires, de nombreux gouvernants ont été conduits à mettre en place une justice dite « transitionnelle ». Dans la conception des Nations unies, cette dernière renvoie à la mise en oeuvre de pratiques diverses visant in fine à créer les conditions d'une réconciliation nationale et d'une stabilisation démocratique après des épisodes de violence politique.

    Pas loin de dix ans après le déclenchement des révoltes arabes, qu'en est-il de la réforme de la justice et de la mise en oeuvre de la justice transitionnelle sur la rive sud de la Méditerranée ? Les auteurs de cet ouvrage apportent des réponses contrastées à cette interrogation et insistent sur le fait que l'application des normes de justice transitionnelle et la mise en oeuvre des réformes judiciaires ont partie liée, par-delà les discours qui les promeuvent, avec les recompositions politiques des pays du Sud de la Méditerranée.

  • Dans le sillage de la fuite du Palais de Carthage, de nombreuses analyses ont été produites sur le rôle des médias dans le processus qui a conduit à ce changement politique majeur de l'histoire contemporaine de la Tunisie. Les travaux portant sur les réseaux socionumériques, et principalement Facebook, sont, de loin, les plus nombreux. Certains d'entre eux reposent sur des protocoles de recherche solides, d'autres se cantonnent à l'émerveillement d'une soi-disant « révolution Facebook » cristallisé en vulgate explicative de cette séquence historique. En tout état de cause, cette insistance sur ces nouveaux outils médiatiques a eu pour conséquence de passer sous silence ou de minorer les recompositions qui ont été à l'oeuvre dans toute l'écologie des médias tunisiens depuis 2011. Or, les médias dits traditionnels ont été le théâtre de reconfigurations significatives qui se sont notamment traduites par une augmentation du nombre de titres de presse et d'opérateurs audiovisuels, mais aussi d'expérimentations diverses et variées de ce à quoi sert ou devrait servir le journalisme.
    Cet ouvrage tente de remédier à cet état de fait dans la production académique sur ce moment charnière de l'histoire de la Tunisie. Il réunit huit contributions originales réparties en deux grands axes. Le premier vise à mettre en perspective historique et épistémologique la question des médias et de leurs rôles dans les changements politiques. Le second compile des études de cas sur différents secteurs des médias tunisiens. Ainsi, sont réunies des contributions traitant tout à la fois du secteur audiovisuel et de sa régulation, de la presse écrite, de l'information d'agence, mais également des pure-players de l'information numérique et de la presse satirique en ligne. Adossée aux considérations épistémologiques et théoriques de la première partie, la lecture croisée de ces études de cas donne une intelligibilité nouvelle aux réagencements entre médias et politique lors d'une séquence de changement politique, à rebours des études d'inspirations transitologiques.

    Ont contribué à cet ouvrage :
    Renaud de la Brosse, Mohammed Ali Elhaou, Enrique Klaus, Olivier Koch, Geoffroy Lauvau, Tristan Mattelart, Racha Mezrioui, Katrin Voltmer, Fredj Zamit

  • Ce livre retrace une longue marche : celle des Parlements sur les scènes politiques africaines, aussi variées que tumultueuses ces dernières décennies. Si elles n'ont rien de nouveau, les institutions délibératives en Afrique ont toujours dû se frayer un chemin, avant et après les indépendances, pour exister face aux exécutifs tout-puissants.
    Nayé Anna Bathily interroge les attentes des Africains, en quête d'une sphère politique qui les représente dans toute leur diversité. Conçu pour servir aux élus et aux électeurs sur le temps long, cet ouvrage brise le cliché des Parlements « chambres d'enregistrement ». Éclaireurs sur le sinueux chemin de la démocratisation, les législateurs se font rempart des droits fondamentaux et avant-garde du changement. La démocratie sur le continent sera délibérative, ou ne sera pas.

  • Il y a quarante ans, la création de la revue Politique africaine a marqué l'évolution des recherches en sciences sociales et humaines sur l'Afrique en proposant notamment de chercher le politique en dehors de ses espaces d'expression les plus attendus. Depuis lors, l'évolution de la recherche en et sur l'Afrique a révélé non seulement les transformations des sociétés africaines elles-mêmes, mais aussi celles des manières dont ces sociétés sont observées par les mondes académiques, ainsi que celles des sciences humaines et sociales en général. Dans ce numéro spécial, une quarantaine d'auteur·e·s venu·e·s de divers horizons académiques et disciplinaires réfléchissent aux articulations entre ces dynamiques de changement. Comment le regard porté par les sciences sociales sur les sociétés africaines a changé au rythme (ou pas) des changements effectifs survenus sur le continent ? En quoi de nouvelles recherches ont concouru à faire émerger de nouveaux objets, à alimenter les débats méthodologiques et les controverses théoriques à l'intérieur du champ plus général des sciences humaines et sociales ? Et inversement, dans quelle mesure les études africaines ont-elles été réceptives aux évolutions plus générales des sciences sociales, marquées par la transformation des paradigmes communément partagés et par la constitution de nouvelles manières de penser ? Autant de grandes questions abordées ici à travers une série de travaux de synthèse et d'études exploratoires, d'analyses fines et de fresques globales, de grandes démonstrations et de petits clin d'oeil à la fois rétrospectifs, réflexifs et prospectifs, qui dessinent une trajectoire des « études africains ».

  • Les problématiques de santé en Afrique connaissent un tournant majeur depuis les années 2000. La Global health et son objectif d'inscrire les chocs épidémiologiques dans les agendas internationaux s'illustrent par l'intervention inédite d'une constellation d'acteurs sur les terrains de la santé. Ces nouveaux faisceaux de partenariats public-privé, de réseaux transnationaux, de programmes internationaux, sur lesquels se redéploient de manière inégale des trajectoires de politiques nationales, renouvellent la pensée politique de la santé en Afrique. Ce dossier soumet à l'épreuve des faits cette reconfiguration des politiques de santé, dissèque les déterminants des progrès et des inégalités, ainsi que les apories qui fondent les rapports entre l'économie de marché et les impératifs de santé publique. Les textes de ce dossier montrent, sur des politiques spécifiques, des césures et des continuums dans la manière de penser la santé tout en mettant en lumière des angles morts de la Global Health.

  • La nuit est froide, ce dix-sept janvier 1961, au Katanga.
    La riche province du cuivre, peu aptes l'indépendance du Congo, a fait sécession avec l'aide de la Belgique. Dans la savane boisée, un endroit ouvert est illuminé par les phares des voitures de police. Un commissaire de police belge prend Lumumba par le bras et le mène jusque devant le grand arbre. L'ex-Premier ministre congolais marche avec difficulté : pendant des heures il a été gravement maltraité. Un peloton d'exécution, fort de quatre hommes armés de stenguns-Vigneron et de fusils-FAL, se tient en attente, alors qu'une vingtaine de soldats, de policiers, d'officiers belges et de ministres katangais regardent en silence.
    Un capitaine belge donne l'ordre de tirer et une salve énorme fauche Lumumba.
    Ce livre révèle qui a assassiné Patrice Lumumba, les raisons de ce meurtre et comment il a été perpétré. L'histoire de cet assassinat annoncé est écrite par le gouvernement belge de Gaston Eyskens et exécutée par des officiers et diplomates belges, avec l'aide de leurs complices congolais. Bruxelles, tout comme Washington et les dirigeants des Nations unies, étaient d'avis que la liquidation de Lumumba était indispensable pour sauvegarder les intérêts des trusts qui exploitaient la colonie comme leur pays conquis.
    Cinq ans et des dizaines de milliers de morts plus tard, la quête occidentale d'un régime néocolonial stable est parachevée par le second coup d'État de Mobutu.

  • Les monarchies africaines sont-elles solubles dans la modernité républicaine de l'État-nation ? Depuis que des groupes de cavaliers ont fondé les premiers royaumes mossi vers la fin du XVe siècle, des souverains n'ont cessé de se succéder sur le trône. Cependant, leur histoire est loin d'avoir été immobile. L'ensemble de leurs formations politiques, qu'ils nomment le « Moogo » ou le « Monde », n'a pas été l'espace parfaitement isolé que s'est longtemps plu à rappeler toute une littérature coloniale. En réalisant l'une des premières histoires synthétiques de ces royaumes sur la longue durée, Benoit Beucher montre comment ceux « qui ont mangé le pouvoir », les nobles mossi, ainsi que leurs sujets, ont fait face à des transformations dépassant de très loin les frontières de leurs seuls royaumes.

    L'expansion de l'islam, du christianisme, l'irruption des troupes coloniales françaises, deux conflits mondiaux, la tenue des premières élections, l'indépendance et l'instabilité des régimes postcoloniaux ne se sont pas soldés par la dissolution des royautés dans la durée, mais par la coexistence de systèmes monarchiques de droit divin et d'un régime républicain.

    Benoit Beucher invite précisément à se départir d'une vision « exotique » du politique au sud du Sahara qui pousserait à n'y voir qu'une anomalie. S'appuyant sur une importante collecte de sources écrites, audiovisuelles et orales, il montre comment se sont entremêlées des trajectoires européennes et africaines de l'empire, de l'État, de l'ethnicité et de la nation - bien souvent sur le mode du malentendu et du conflit - dont la compréhension des effets peut seule permettre de saisir la complexité de l'histoire présente du Burkina Faso.

  • Les mobilisations de minorités sont volontiers évoquées dans le débat public sous l'angle de la « dérive identitaire » et du « communautarisme » qui menaceraient le modèle français de citoyenneté. Cependant, rares sont les études qui s'intéressent en profondeur à leurs acteurs, à leurs dynamiques, à leur histoire. Dans cet ouvrage, Audrey Célestine s'attache à saisir au concret la fabrique de l'identité culturelle et politique de deux groupes sociaux : les Antillais en France et les Portoricains aux États-Unis. La dimension comparative de cette enquête revisite largement l'opposition traditionnelle entre un modèle français « universaliste » et un modèle américain « communautariste ».

    En mettant en regard de façon inédite deux trajectoires postcoloniales, ce livre montre que les processus de fabrication identitaire sont étroitement liés à la gestion par les autorités publiques des minorités ethniques et s'ancrent dans des mobilisations collectives ajustées au contexte d'accueil. En proposant une sociologie comparée des « identity politics », Audrey Célestine rappelle l'histoire longue et les logiques de transformation successive de ces identités ethniques jusqu'à aujourd'hui.

  • La Géographie a toujours occupé une place de choix parmi les disciplines scientifiques qui ont fait l'objet de la recherche et de l'enseignement en Afrique de l'Ouest. Elle figure parmi les filières préférées des étudiants qui s'inscrivent en sciences sociales dans les universités de la région.
    Malgré cet intérêt, dû à son rôle dans l'inventaire des ressources de développement, l'éveil des populations sur leur environnement immédiat et lointain, la localisation des lieux habités et l'aménagement du territoire... cette discipline est menacée par sa crise d'identité en raison du caractère diffus de son discours sur le développement.
    Cet ouvrage, après s'être appesanti sur les origines de la géographie en Afrique, fait un rappel des enjeux de cette science sociale et souligne plusieurs aspects de la faiblesse de son discours, notamment sur les évolutions géopolitiques et spatiales qui affectent l'Afrique aujourd'hui. Il conclut sur la nécessité de sa refondation autour de nouveaux paradigmes afin qu'elle puisse se débarrasser de ses fondements coloniaux et participer activement à la recherche de solutions alternatives contre le sous-développement.
    Ce livre est un véritable plaidoyer pour le développement de l'Afrique, en réfléchissant à comment la Géographie peut concrètement se mettre au service de celui-ci.

  • En revenant sur trois décennies d'autoritarisme, les articles de ce dossier tentent de saisir au plus près des acteurs les négociations qui s'opèrent avec le pouvoir autoritaire et les manières dont ces pratiques participent à la formation de l'État soudanais, ici depuis le déploiement du régime dit « islamiste » en 1989 jusqu'à sa chute en avril 2019. Les contributions donnent à voir des acteurs qui s'adaptent et négocient afin de maintenir leur influence ou de renégocier leur capacité d'action. Les fondements économiques, politiques et idéologiques du régime, loin d'être linéaires sur ces trois décennies, sont également discutés pour comprendre les redéfinitions des pratiques concrètes du pouvoir ou, au contraire, leurs permanences. Parmi ces permanences, on notera une domination de long terme fondée sur une pratique exclusive, discriminante et violente d'un pouvoir de plus en plus contesté et affaibli. La dernière décennie, débutée avec l'indépendance du Soudan du Sud en 2011, signe en effet une déliquescence progressive des bases économiques, sociales, et politiques qui mènera à la révolution de décembre 2018, présentée par les révolutionnaires comme « anti-islamiste », et à la chute du président le 11 avril 2019.

empty