Ethnologie

  • La rayure et les étoffes rayées sont longtemps restées en Occident des marques d'exclusion ou d'infamie. En furent notamment vêtus tous ceux qui se situaient aux marges de la société chrétienne ou bien en dehors : jongleurs, musiciens, bouffons, bourreaux, prostituées, condamnés, hérétiques, juifs, musulmans ainsi que, dans les images, le Diable et toutes ses créatures. Sans faire disparaître ces rayures très négatives, l'époque romantique voit apparaître une nouvelle forme de rayures, positives et liées aux idées nouvelles de liberté, de jeunesse et de progrès. Dans les sociétés contemporaines, ces deux types de rayures cohabitent : celles des vêtements de prisonniers, de la pègre, des lieux dangereux et celles du jeu, du sport, de l'hygiène et de la plage.

  • Une quarantaine d'années avant la naissance de la République algérienne, l'auteur, jeune ethnologue enthousiaste, débarque à Alger, nantie d'une solide archéo-culture française.
    Tout d'abord, non sans humour, elle déchiffre ce double pays et le petit monde des fonctionnaires coloniaux, et ensuite, pendant plusieurs semaines, elle partage la rude vie d'une " population-ancêtre ", ancêtre de tous les Algériens et de beaucoup de Français. Les ancêtres se révéleront bavards, malins et amicaux ; ils savent aussi de belles histoires qui mènent loin. En cette entrée d'un troisième millénaire intimidant, cela vaut la peine de lire ce qu'ils ont fait et raconté.

  • Une présentation synthétique, à vocation para -universitaire, des grands courants de pensée et des grands auteurs qui ont marqué l'histoire de l'ethnologie classique. L'ouvrage s'adresse principalement aux étudiants des premier et deuxième cycles. Le livre n'a pas véritablement d'équivalent en langue française. Ainsi, on ne trouve pas aujourd'hui d'ouvrage qui expose de façon relativement détaillée l'oeuvre de Malinowski ou d'Evans-Pritchard et rares sont ceux qui permettent à l'étudiant de bien comprendre la spécificité de l'évolutionnisme, du culturalisme américain et des autres courants. Autrement dit, l'ouvrage entend présenter les fondements théoriques et historiques de l'anthropologie.

  • Claude Lévi-Strauss a écrit les pages qui forment à présent ce volume pour répondre à une demande du grand quotidien italien La Repubblica. Il en résulte un ensemble inédit, composé de seize textes écrits en français, entre 1989 et 2000.
    Partant chaque fois d'un fait d'actualité, Lévi-Strauss y aborde quelques-uns des grands débats contemporains. Mais, que ce soit à propos de l'épidémie dite de " la vache folle ", de formes de cannibalisme (alimentaire ou thérapeutique), de préjugés racistes, liés à des pratiques rituelles, l'excision ou encore la circoncision, l'ethnologue incite à comprendre les faits sociaux, qui se déroulent sous nos yeux, en évoquant la pensée de Montaigne, fondement de la modernité occidentale : " chacun appelle barbarie ce qui n'est pas de son usage ".
    En ouverture du volume un texte écrit en 1952 : Le Père Noël supplicié.

  • - " [...] Pour qui aborde l'histoire, non pas, si j'ose dire, par la face visible de la lune - l'histoire de l'ancien monde depuis l'Égypte, la Grèce, et Rome - mais par cette face cachée de la lune qui est celle du japonologue et de l'américaniste, l'importance du Japon deviendrait aussi stratégique que celle de l'autre histoire, celle du monde antique et de l'Europe des temps archaïques. Il faudrait alors envisager que le Japon le plus ancien ait pu jouer le rôle d'une sorte de pont entre l'Europe et l'ensemble du Pacifique, à charge pour lui et pour l'Europe de développer, chacun de son côté, des histoires symétriques, tout à la fois semblables et opposées : un peu à la façon de l'inversion des saisons de part et d'autre de l'équateur, mais dans un autre registre et sur un autre axe. C'est donc [...] dans une perspective beaucoup plus vaste que le Japon peut nous sembler détenir certaines des clés maîtresses donnant accès au secteur qui reste encore le plus mystérieux du passé de l'humanité. "

  • Noël 1951. Nous sommes le dimanche 23 décembre à Dijon. Sur le parvis de la cathédrale on brûle un Père Noël. De cette scène, qui cristallise la résistance des autorités catholiques de l'après-guerre à un rituel païen venu d'outre-Atlantique, on peut voir aujourd'hui les photographies sur internet.

    Claude Lévi-Strauss découvre ce fait divers dans la presse et s'en empare pour écrire un texte devenu depuis un classique. Plus de soixante ans après sa parution en 1952 dans la revue Les Temps Modernes, les lecteurs pourront découvrir le regard singulier du célèbre anthropologue sur un rituel récent en Occident dont l'ampleur n'a cessé de croître, tandis qu'Halloween aussi évoqué ici a traversé l'Atlantique à son tour.

  • À l'occasion de son quatrième séjour au Japon, au printemps 1986, Claude Lévi-Strauss écrit les trois chapitres qui composent aujourd'hui ce volume - trois conférences faites à Tokyo, à l'invitation de la Fondation Ishizaka. Il choisit pour cet ensemble le titre que porte à présent ce livre.L'anthropologue y aborde les problèmes cruciaux d'un monde sur le point de rentrer dans le XXIe siècle, et propose un nouvel humanisme : " Après l'humanisme aristocratique de la Renaissance et l'humanisme bourgeois du XIXe siècle, l'anthropologie marque donc l'avènement, pour le monde fini qu'est devenue notre planète, d'un humanisme doublement universel.En cherchant son inspiration au sein des sociétés les plus humbles et longtemps méprisées, elle proclame que rien d'humain ne saurait être étranger à l'homme. Elle fonde ainsi un humanisme démocratique qui dépasse ceux qui le précédèrent : créés pour des privilégiés, à partir de civilisations privilégiées. Et en mobilisant des méthodes et des techniques empruntées à toutes les sciences pour les faire servir à la connaissance de l'homme, elle appelle à la réconciliation de l'homme et de la nature dans un humanisme généralisé. " - Professeur au Collège de France, Claude Lévi-Strauss est né à Bruxelles le 28 novembre 1908 et mort à Paris le 30 octobre 2009.

  • "Les Belles Paroles : ainsi les Indiens Guarani nomment-ils les mots qui leur servent à s'adresser à leurs dieux.
    Beau langage, grand parler, ces belles paroles retentissent encore au plus secret de la forêt qui, de tout temps, abrita ceux qui, se nommant eux-mêmes Ava (les Hommes), s'affirment de cette manière dépositaires absolus de l'humain". Cette anthologie commentée regroupe des mythes où se racontent l'histoire des dieux, du monde et des hommes, les "Belles Paroles", au sens propre, textes où la cosmogenèse fait l'objet d'une spéculation religieuse, et des commentaires, enfin, très libres, où un nouveau pas est franchi : celui de la conceptualisation métaphysique.

  • Ce volume publie des lettres inédites de Claude Lévi-Strauss, écrites pendant son service militaire, à Strasbourg puis Paris (1931-1932), lors de sa première année d'enseignant à Mont-de-Marsan (1932-1933), et enfin des "Amériques" (1935 et 1941), adressées à ses parents restés en France.
    Claude Lévi-Strauss écrit souvent plusieurs lettres par jour à ses parents, ce qui donne à cette correspondance une allure de journal autobiographique. Dans ces missives, il se raconte, il se met en scène dans sa vie quotidienne comme il souhaite être vu par ses parents. Ce qui, pour le lecteur d'aujourd'hui, donne à ces pages un caractère d'"autofiction".
    Cette correspondance prend également une dimension ethnographique. Qu'il s'agisse de la description matérielle de la vie militaire d'un jeune conscrit en 1931 ou de la vie d'un jeune professeur de lycée politiquement très engagé à la SFIO, nous avons ici une ethnographie au quotidien de celui qui plus tard deviendra précisément le maître d'une nouvelle anthropologie...
    Enfin, Claude Lévi-Strauss avait lui-même prévu la publication des lettres des "Amériques", en rédigeant en décembre 2002 un "avant-propos", resté lui aussi inédit, dans lequel il écrivait : "À les relire aujourd'hui, je mesure les ravages exercés par le temps. Certains souvenirs surnagent, d'autres ont sombré dans l'oubli, et plusieurs passages me sont même devenus incompréhensibles." Professeur au Collège de France, Claude Lévi-Strauss est né à Bruxelles le 28 novembre 1908 et mort à Paris le 30 octobre 2009. Ont été publiés au Seuil, dans "La Librairie du XXIe siècle", L'Anthropologie face aux problèmes du monde moderne (2011), L'Autre Face de la lune (2011) et Nous sommes tous des cannibales (2013).

  • Les vivants et la mort Rien ne détermine plus profondément une civilisation que la place qu'elle fait à la mort. Les Noirs du Brésil vénèrent et intègrent la mort : les rites consolateurs du Candomblé relient les vivants aux disparus. Notre société capitaliste marchande par contre refoule la mort et nie le statut des défunts. Dès lors la mort resurgit en névrose, en folie, l'homme privé de finitude cesse d'être le sujet actif de son histoire. Car c'est la mort qui permet la naissance, transforme la vie en histoire consciente, c'est la mort qui instaure la liberté. Libérer la mort et la réintégrer au devenir social, cette revendication grandit, et fera plus que toute autre changer notre vie.





    Jean Ziegler Rapporteur spécial des Nations Unies pour le droit à l'alimentation, il a notamment publié L'Empire de la honte, La Suisse lave plus blanc, Les Seigneurs du crime, Les Nouveaux Maîtres du monde, La Suisse, l'or et les morts, Le Bonheur d'être suisse, Main basse sur l'Afrique.

  • Les textes rassemblés dans cet ouvrage ont été rédigés et publiés sur près d'un demi-siècle (1966-2011), autour des deux trilogies que Nathan Wachtel a élaborées au long de son parcours : l'une consacrée aux études andines, l'autre aux études marranes.
    Auteur d'une thèse sur la conquête espagnole des Amériques, Nathan Wachtel décide de renverser les perspectives habituelles en la traitant non du point de vue des Européens mais de celui des Indiens, autrement dit de celui des vaincus. Ce fil rouge, la " vision des vaincus ", va guider son travail de recherche. Combinant de façon systématique les approches de l'historien et de l'ethnologue, il enquête sur le folklore andin, s'inscrivant dans l'École des Annales qui s'ouvre à l'histoire culturelle à partir des années 1970, et montrant que le folklore peut être intégré à la démarche de l'historien. Profondément marqué par les travaux de Marc Bloch, Nathan Wachtel entend bâtir une " histoire régressive ", tout en participant à la " décolonisation de l'historiographie elle-même ".
    Après une vingtaine d'années à étudier les Indiens urus et les archives de leurs ancêtres, il collecte des récits de vie de Juifs vivant en France, et s'intéresse à la condition juive en diaspora et, en particulier, au monde marrane. Nathan Wachtel se penche sur les archives des Inquisitions ibériques et délivre le secret des errances des judaïsants. Il poursuit son analyse à propos d'autres vaincus, mais toujours porté par la même exigence : " relier les archives au terrain, le terrain aux archives, le passé au présent, les morts aux vivants ".

  • Le métro revisité

    Marc Augé

    • Seuil
    • 4 Septembre 2008

    Je n'ai jamais cessé de prendre le métro, jamais cessé d'être un Parisien. Je peste parfois contre les embarras de la capitale et rêve d'une ville sans embouteillages, sans heures de pointe, mais, d'un autre côté, je suis toujours un peu dérouté par la paix des champs, la douceur angevine ou la solitude des plages désertes en hiver lorsque, d'aventure, il m'arrive d'en faire l'expérience. Pus de vingt ans après Un ethnologue dans le métro, publié en 1986 dans « Textes du XXe siècle », l'ancêtre de la présente collection chez Hachette, ce n'est pas d'un retour à proprement parler qu'il peut s'agir ici, mais plutôt d'un arrêt, d'une pause, d'un coup d'oeil rétrospectif pour essayer de faire le point. Car l'étonnant, avec le changement, ce n'est pas qu'il ait eu lieu, c'est que nous ne nous en soyons pas rendu compte : il s'est imposé si « naturellement » que nous avons besoin aujourd'hui des traces du passé, évidences d'hier devenues plus ou moins obsolètes, pour en admettre la réalité et en prendre la mesure.En vingt ans, le métro s'est transformé au rythme de Paris et du monde. Qui sont au juste mes contemporains ou plutôt de qui puis-je me dire contemporain ? Pour répondre à cette question, j'invite mes lecteurs à me rejoindre dans le métro, à se perdre dans la foule anonyme de tous ceux que j'y côtoie quotidiennement. Peut-être nous y frôlerons nous sans le savoir. M. A .

  • Le présent travail se divise en deux parties : une méthodologie générale et un ensemble d'études de cas. Il a pour objet l'analyse des phénomènes qu'on appelle couramment « sociaux » (classes, usines, mouvements de lutte) ; mais c'est justement une des forces du livre que de tenir à distance le prédicat « social » au profit d'un autre, considéré comme plus fondamental : le prédicat « politique ».Est ainsi engagé une doctrine originale de la politique : celle-ci ne se caractérise pas par des objets empiriques particuliers (appareil d'État, gouvernement, représentation parlementaire, etc.), mais comme pensée singulière, avec son champ et ses catégories propres. C'est ce que l'auteur appelle la « politique en subjectivité ».Pour mesurer l'enjeu de cette nouvelle approche de la politique, il convient de rappeler que, depuis les Grecs, toute la pensée politique s'accorde sur un principe : la politique est d'abord un ensemble d'objets (cités, royaumes, États, etc.) ; et que, pour bien des modernes, ces objets se laissent encore typifier en un seul : l'appareil d'État.

  • On dit que l'homme est un être social, mais que signifie exactement cette phrase ? Quelles sont les conséquences de ce constat banal, qu'il n'existe pas de je sans tu ? En quoi consiste, pour l'individu, la contrainte de ne jamais connaître qu'une vie commune ?
    Dans cet essai de réflexion et de synthèse, où la philosophie côtoie la théorie psychanalytique, où les oeuvres littéraires secondent l'introspection, Tzvetan Todorov aborde le thème central d'une nouvelle - ou très ancienne -discipline, l'anthropologie générale.
    Il cherche à comprendre l'orgueil et le dévouement, l'identification au tyran ou à la victime, l'amour des parents et celui des enfants. L'être humain est condamné à l'incomplétude, il aspire à la reconnaissance, et son soi, même dans la solitude, est fait de rencontres avec les autres.
    On est heureux parce qu'on aime, on aime parce que, sans l'amour, on n'existe pas. Notre bonheur dépend exclusivement des autres, qui détiennent donc aussi les instruments de sa destruction.
    La vie commune ne garantit jamais, et dans le meilleur des cas, qu'un frêle bonheur.

  • Ce livre a pour objet l'analyse des systèmes symboliques qui, en Europe occidentale, définissent les catégories de folie à travers une constellation de manques identifiés à des ratés de la coutume : ratés de l'accès à la parole, ratés des relations entre les vivants, les saints et les morts, ratés de l'identité sexuelle.

    Tous ces désordres composent d'énigmatiques récits de « vies à l'envers », produits par le groupe social pour penser une déviance d'abord perçue comme transgression des règles qui régissent l'exercice de la sexualité et le rapport au travail, mais qui conduit toujours hommes et femmes à vivre le lien matrimonial comme une menace mortelle. Aussi bien, pour conjurer ces figures de l'altérité, l'impératif social du mariage, parfois considéré comme « remède », se trouve-t-il le plus souvent inversé en interdit coutumier.

    Ce traitement paradoxal doit être resitué dans un vaste ensemble de rituels curatifs qui prolongent des rites liturgiques et des rôles cérémoniels toujours vivants. L'auteur restitue leur cohérence en conjuguant étroitement approche ethnographique et reconstruction de leur profondeur historique.

    Qu'il s'agisse des développements théoriques inédits ou de l'interprétation des pratiques curatives, Giordana Charuty sait nous captiver par une composition et une écriture romanesques qu'appelait cette mise en regard de vies parallèles.

  • L'Écho d'Ambert, Le Nouvel Observateur, La Centrale des particuliers, Demeures et Châteaux et bien d'autres journaux publient des annonces immobilières souvent illustrées de photos. Manoirs, prieurés, châteaux, gentilhommières ou coquettes maisonnettes s'inscrivent, pour l'auteur, dans des paysages qui sont avant tout littéraires même si les souvenirs vécus et les souvenirs de lecture semblent parfois se confondre. Souvenirs d'enfance: les châteaux de la Bibliothèque rose et de la comtesse de Ségur. Souvenirs toujours récurrents: les demeures réelles ou fictives fréquentées à la suite de Rousseau, Nerval, Balzac, Stendhal ou Proust. Ces maisons de mots et d'images, où l'on sait bien que l'on ne vivra jamais, nous parlent aussi du temps qui passe, de la vie qui change, d'amour et d'amitié. Dans ce livre, Marc Augé poursuit en ethnologue l'exploration d'une mythologie moderne d'autant plus efficace qu'elle sait en chacun de nous éveiller les attentes les plus intimes.

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