Albin Michel

  • Fable satirique et roman d'aventures, Les Animaux dénaturés s'ouvre sur la découverte d'un cadavre assez déconcertant, progéniture du journaliste Douglas Templemore.
    Quelques mois auparavant, Templemore partait avec une équipe de savant en Nouvelle-Guinée et découvrait une étrange colonie d'hommes-singes. Tandis que les scientifiques s'interrogeaient sur leur nature, des hommes d'affaires y voyaient une main-d'oeuvre gratuite et Templemore, pour contrecarrer leurs projets, se prêtait à l'expérience saugrenue qui le conduirait en prison.
    Paru en 1952, Les Animaux dénaturés a séduit la critique et les lecteurs autant par son humour que par l'aventure intellectuelle, toujours d'actualité, que l'auteur du célèbre Silence de la mer y narrait.
    C'est Gulliver, et c'est Candide aussi, c'est Wells et c'est Jules Verne. (André Wurmser)

  • 0LIVIER, le petit garçon des Allumettes suédoises, va se trouver éloigné de sa rue, dans un nouveau quartier de Paris, dans un autre univers : celui d'un appartement bourgeois, "cossu" comme il entend dire, et où il découvre des manières de vivre et de se conduire qui le déconcertent. II pense toujours à la mercerie de la rue Labat, à Bougras, à Mado, à l'Araignée, à la Mère Haque, à Jean et Élodie, aux copains, et une question le rejoint, simple comme la complainte du trouvère : Que sont mes amis devenus ?
    Mais ainsi va la vie, et bientôt, il s'apercevra que dans son nouveau milieu, la curiosité est sans cesse mise en éveil. Qui est vraiment l'oncle Henri ? Un industriel, certes, mais plus encore un ancien acteur qui regrette sa vocation manquée. Et la tante Victoria, belle, élégante, distinguée, mais tellement impénétrable, n'est-elle que cela ? II y a aussi les cousins d'Olivier : Jami le petit et Marceau l'aîné, adolescent tourmenté, tour à tour ange ou démon, fraternel ou autoritaire, Blanche et Marguerite les deux bonnes, et, comme on reçoit beaucoup, toute une foule de personnages cocasses, grandioses ou ridicules vivant dans ce monde des années 30 qui envahit chaque page du roman.
    Et puis, et surtout, les rues de Paris encore Ville Lumière, la Gare de l'Est, les Buttes-Chaumont, le Canal Saint-Martin, les faubourgs, les étonnants Grands Boulevards, leurs passages mystérieux, leurs théâtres, leurs cinémas, leurs musichalls comme le Petit Casino, dernier caf'conc' où Olivier est ébloui - tout un monde déjà lointain et qui revit magnifiquement sous les yeux d'un enfànt émerveillé.
    Pour Robert Sabatier, Trois Sucettes à la menthe, suite sensible des Allumettes, a été l'occasion d'accompagner Olivier dans sa nouvelle existence, mais aussi de ressusciter une manière de vivre, mille événements, mille faits oubliés souvent même par ceux qui les ont vécus, et des souvenirs, des évocations, toute une fête de la vie qui apparaît, de page en page, dans un univers de vérité et de poésie.

  • "L'insignifiance et la futilité qui règnent en maîtres barrent l'accès
    au réel et à la profondeur. Aussi ai-je gagné la certitude que les catastrophes ne sont là que pour nous éviter le pire.
    Et y a-t-il pire que d'avoir traversé la vie sans houle et sans naufrage, d'être resté à la surface des choses, d'avoir dansé toute une vie au bal des ombres ?"
    Christiane Singer.

  • « Celui qui voudrait commenter les différents portraits de Laurent le Magnifique se heurterait à l'impossibilité de fixer dans une forme stable un être qui s'est accompli, détruit, renouvelé à chaque instant de sa vie. Le peintre et le sculpteur n'ont jamais atteint que la surface, incapables de traduire la prodigieuse diversité d'un être qui fut tous les hommes à la fois, et qui se refuse à toute définition.
    C'est alors que j'interroge le masque mortuaire de la Columbaria, et à cette unique image je demande la vérité ; non pas Laurent tel que ce peintre ou cet autre l'a vu, mais tel qu'il s'est modelé lui-même, en composant son dernier visage sous les mains lisses de la mort. Je ne l'ai pas quitté du regard, aussi longtemps que j'écrivais ce livre, et dans les moments où quelque incertitude naissait que les documents ne résolvaient point, j'ai interrogé ce masque comme pour lui demander une solution que l'histoire me refusait.
    Celui que la complexité ne rebute pas, et qui ne s'efforce pas de tout ramener à un unique dénominateur, peut lire en transparence sur ce masque tous les événements de la vie de l'homme. Tous les sentiments voisinant, toutes les passions contradictoires, mais, et c'est en cela que réside sa vraie grandeur, jamais emmêlées, agissantes et efficaces chacune dans sa propre voie, sur son propre plan. La grandeur de Laurent vient justement de ce qu'il a porté à leur plus haut degré toutes les facultés humaines sans les confondre, en les laissant s'accomplir librement, en n'usant point de ses vertus pour tempérer ses vices, en ne faisant point de ses forces un contrepoids de ses faiblesses, mais en étant, au contraire, totalement et sans réserves, chacun des êtres qu'il était. »Marcel Brion

  • Jésus-la-Caille

    Francis Carco


    Comme le dit Katherine Mansfield, Francis Carco est « l'écrivain des bas-fonds ». « Les rues obscures, les bars retentissants des appels des sirènes, les navires en partance et les feux dans la nuit » hantent son univers. Dans le Paris des mauvais garçons et des filles de joie, il partage la vie de bohême d'Apollinaire, Max Jacob, Modigliani ou Pierre Mac Orlan.
    C'est tout le pittoresque de ce monde interlope, dont Renoir, Duvivier et Carné se sont emparés au cinéma, que l'on retrouve dans ce premier roman. Il nous introduit dans le milieu des souteneurs et des prostituées de Montmartre, sur les traces de Jésus-la-Caille, proxénète homosexuel qui va connaître, pour la première fois, l'amour d'une femme. Le ton des dialogues, la peinture des personnages et l'atmosphère poisseuse en font un grand classique.
    « Relu Jésus-la-Caille qui m'a paru excellent d'un bout à l'autre. On y chercherait en vain une faute, une vulgarité. Ce sujet extraordinairement scabreux est traité sans fausse pudeur. » Julien Green, Journal.

  • - Je le jure, assura-t-elle. Il marche dans la combine au Marseillais. Il te fait du tort.
    Le Capitaine se tut. Ainsi - pour une absence de cinq mois - il ne retrouvait plus personne autour de lui. Sa bande, dont il était fier, l'avait lâché et il lui fallait maintenant chercher, pour de futurs exploits, de nouveaux volontaires. L'entreprise avait ses hasards. Il ne l'ignorait pas, mais il souffrait surtout dans son amour-propre à l'idée qu'un homme dont il ne savait rien s'était permis de le déposséder.
    C'est à lui qu'allait toute sa haine et il tâchait à démêler, parmi ses souvenirs, celui qui l'aiderait à découvrir qui pouvait être cet homme dont il se promettait de briser l'ambition.
    /> - J'aurai son rouge, déclara-t-il. Puis, comme ils arrivaient devant les bars de la porte des Lilas, le Capitaine les fouilla du regard.
    Francis Carco est né à Nouméa (Nouvelle-Calédonie) le 3 juillet 1886. Poète, conteur, critique, auteur dramatique et romancier, sa jeunesse s'écoule au milieu de la bohème du Quartier latin et de la butte Montmartre. En 1923, l'Académie française lui décerne le Grand Prix du roman pour l'Homme traqué. En 1937, il est élu membre de l'Académie Goncourt. Il meurt à Paris en 1958.

  • « Au lendemain de sa fuite, de ce que j'appelais sa trahison, je ne ressentis que de la colère. C'est plus tard que tout commença, que mon ressentiment tournant à vide se mua en inquiétude, puis en regret poignant. Le doute en moi prit corps. Avais-je jamais su qui était Sandra ? » Pierre Audret va passionnément questionner cette absente à travers ceux qui l'ont connue, et cette quête, tantôt vaine, tantôt féconde, fera plus que lui révéler qui était la femme qu'il aima jadis avec désinvolture, elle va le révéler à lui-même. Comme un phare tournant, le personnage de Sandra éclairera durement ceux qui furent ses proches : amis, amants, passants... Nathan qui tenta de lui inculquer un dégoût de vivre semblable au sien, Philippe mythomane véreux, certaine brute qui s'écrie : « Sandra était une garce. Avec elle, on avait toujours à un moment donné l'impression d'être une espèce particulière d'imbécile ». Mais en regard de ces visages d'hommes apparaîtront aussi quelques visages de douceur : vieilles éducatrices qui, en leur temps, s'arrachèrent l'âme de Sandra. « C'était une petite fille pâle avec de grands yeux bleus à la fois apeurés et curieux ». - « Sandra m'a dit la dernière fois que je l'ai vue : Dieu ? Mademoiselle vous m'en aviez fait une image bien sévère. Pour un peu, j'aurais cru que Dieu n'était qu'au ciel, alors qu'il y a un morcellement de Dieux sur la terre ». De recherches en recherches, Pierre Audret découvrira-t-il la vraie Sandra ? « Dans cette chambre nue, son dernier visage m'apparaissait bouleversant, par ce qu'il avait d'insolite... »

  • Ce livre, quelques-uns des entretiens que j'ai eus avec divers interlocuteurs en ces vingt dernières années. D'une part ceux qui portèrent sur la création artistique - architecture ou peinture - ou des peintres et des poètes ; et d'autre part ceux où j'ai eu à parler de mon propre travail ou de ma vie. Viendront plus tard des réflexions de nature plus générale bien que constamment sur la poésie. Pourquoi ce rassemblement ? Parce que l'imprévu des questions avive et même sert le désir de comprendre de celui qui cherche à répondre, en un « écrit parlé » qu'il veut aussi précis que possible. Et parce que ce désir va peut-être trouver dans les hypothèses et digressions alors permises des voies qui en valent d'autres vers la sorte de vérité dont cet auteur est capable. Se répétant, se contredisant, mais de ce fait même prenant conscience de soi, dans un champ où c'est le cheminement qui peut être jugé aussi véridique que les positions rejointes.
    Yves Bonnefoy

  • Qu'un mauvais étudiant, un truand, assassin peut être, ait été le premier des poètes français et peut être le plus grand, quel prodige!
    Francis Carco, le romancier-poète de la pègre et des mauvais garçons ne pouvait qu'être fasciné par l'insaisissable Maître François, voyou de génie, croyant et maudit, toujours entre l'église, le bordel et la prison. Avec le vaurien légendaire, il partageait la tendresse et la révolte, la fantaisie, le goût des prostituées et les déceptions amoureuses, l'amour du Paris louche et de son argot, la hantise de la mort.
    Lointain « frère humain » de Villon, Carco fut le premier à comprendre que seul le roman pouvait approcher le mythe et le mystère de cette vie pathétique et extraordinaire d'insolence, de gaieté et de désespoir. Pour nous donner, dès 1926, ce chef d'oeuvre fraternel, naïf et raffiné.

  • Rue de l'Odéon

    Monnier Adrienne

    "Adrienne Monnier était comme un jardinier, et dans la serre de la rue de l'Odéon où s'épanouissaient, s'échangeaient, se dispersaient ou se formaient les idées en toute liberté, en toute hostilité, en toute promiscuité, en toute complexité, souriante, émue et véhémente, elle parlait de ce qu'elle aimait : la littérature."
    Jacques Prévert évoquait ainsi la fondatrice de « La Maison des amis des livres ». Inaugurée en 1915 au 7, rue de l'Odéon, cette librairie devient très vite le rendez-vous du Tout-Paris littéraire. Louis Aragon, Walter Benjamin, André Gide, Nathalie Sarraute, André Breton s'y croisent lors de lectures, expositions ou soirées musicales. Foyer de la vie culturelle de l'entre-deux guerres, dont la renommée franchira les frontières françaises avec la traduction en 1929 de l'Ulysse de Joyce, édité par Adrienne Monnier, ce lieu mythique est indissociable de la personnalité qui l'habite et l'anime. Autoportrait d'une femme de passion et d'idées, subtile évocation de l'incroyable atmosphère d'émulation qu'elle sut créer autour d'elle, ce livre de référence est avant tout un hommage à la littérature.

  • Au fil du temps, Robert Sabatier a écrit des pensées, des aphorismes. II a composé ainsi son "livre de raison" qu'il a appelé "livre de déraison" en ajoutant l'épithète d'un sourire, peut-être pour éviter de se prendre au sérieux.
    Pour lui, aucun sujet n'est tabou. Ainsi le voit-on parcourir allègrement toutes les disciplines : la pensée ou la société, la politique ou la justice, et surtout les travers de nos contemporains, et aussi bien le Temps, la Vérité, l'Histoire, les Arts, les Lettres...
    Il suffit d'ouvrir Le Livre de la déraison souriante pour découvrir, avec humour et fulgurance, des traits que l'on n'oubliera pas. C'est aussi la joie, le bonheur d'écrire, l'interrogation, la drôlerie qui côtoie la gravité, une foule d'observations sur le vif, de quoi apporter bien des réjouissances au cours d'un de ces livres rares qui peut accompagner toute une vie et dans lequel le lecteur trouvera une complicité secrète et un éclairage nouveau sur bien des questions souvent informulées.

  • « Picasso en veste de toile bleue ressemblait à un zingueur, et son ami Vlaminck à un coureur cycliste sous son chandail à col roulé. D'autres s'affublaient de culottes de sport, de redingotes, de macfarlanes, de salopettes, de pet-en-l'air, de vestes à martingale, de capuchons, de houppelandes, de cache-poussière, tout le décrochez-moi-ça des magasins de confection. Max Jacob se distinguait par un caban soutaché de rouge ramené de Bretagne, André Salmon par son carrick de cocher londonien. La fantaisie n'était pas moindre pour les coiffures : Chas Laborde son chapeau de pasteur, Mac Orlan sa casquette de jockey, et Le Fauconnier, le cubiste, un curieux petit feutre, retroussé par derrière qui rappelait facétieusement Louis XI »

  • De son enfance retorse jusqu'au poste de secrétaire d'un vieil évêque qu'il mène à sa guise, en passant par le séminaire où il terrifie ses frustes condisciples échappés des travaux des champs, l'abbé Jules aura fait parler de lui. Jamais en bien.
    Y a-t-il un coeur sous cette soutane ? On hésite... Provocateur, mystificateur, blasphémateur, l'abbé est aussi capable de contrition, mais d'une telle franchise, d'une telle violence qu'on la redoute autant que le reste. « T'z'imbéé ... ciles ! » éructe-t-il pour peu qu'on le contrarie, grotesque et fulminant, solitaire et pathétique.
    Derrière la charge féroce - contre la Fille aînée de l'Église façon fin XIXe, contre une hypocrite bourgeoisie provincale - , si hénaurme qu'elle déclenche le rire autant qu'elle peut laisser de sombres impressions, une compassion vraie éclaire le roman d'Octave Mirbeau, compassion qui prend toute sa force de sembler involontaire. L'abbé Jules, grand corps gauche doté de trop d'énergie, érotomane et ascète, en est le grand bénéficiaire. Et son génial « T'z'imbéé .. . ciles ! » finit par rendre un son des plus fraternels.

  • En 1902, sur les grands boulevards, un panneau lumineux immortalise L'Arriviste, un roman populaire de Félicien Champsaur. Le jeune éditeur qui lance avec tant d'audace sa première production se nomme Albin Michel. Ancien commis-libraire chez Flammarion, il a décidé de voler de ses propres ailes.
    Avec un instinct de chasseur, il flaire les auteurs en devenir. Après la première guerre mondiale, il ouvre sa maison à toute une nouvelle génération d'écrivains et recueille une moisson de prix prestigieux : Goncourt, Académie française, Fémina... Il invente l'ancêtre du Livre de Poche, crée des collections de guides pratiques et s'impose comme un généraliste de l'édition.
    Emmanuel Haymann, auteur de plusieurs biographies (Labiche, Courteline), brosse le joyeux tableau d'une époque où apparaissent Pierre Benoit, Roland Dorgelès, Francis Carco, Romain Rolland, Willy, avec lesquels Albin Michel entretient des rapports d'amitié et de fidélité qui sont pour lui essentiels.

  • Il est nécessaire d'atteindre la plus grande différenciation des sons pour pouvoir ensuite rechercher leur accord. II en va de même pour l'homme et la femme. C'est seulement lorsque cette différenciation est entièrement accomplie, à savoir lorsque l'homme a développé toutes ses possibilités viriles et la femme toutes ses virtualités féminines, que leur accord parfait devient possible. Chacun possédant en outre une individualité nettement accusée, peut alors songer à l'être qui lui manque pour que l'harmonie règne en chacun d'eux, autrement dit pour connaître le bonheur. L'amour sublime est précisément cet accord parfait entre deux êtres harmonieusement appariés. C'est à cette harmonie nouvelle qu'aspire l'Occident sans en avoir une claire conscience. De là vient que, dans notre monde, l'amour sublime reste asocial et parfois même antisocial, puisque ce monde, de nos jours, porte à son comble un dualisme dont il tire tout son pouvoir oppressif perceptible jusque dans les moindres détails de la vie quotidienne.

  • L'homme traqué

    Francis Carco


    Dans le quartier des Halles, la police recherche depuis des semaines l'assassin de la rue Saint-Denis. Lampieur, l'ouvrier boulanger criminel, n'a aucun remords, pourtant l'angoisse monte en lui. Une des filles de la rue s'est aperçue de son absence du fournil la nuit du crime. Pourquoi ne l'a-t-elle pas dénoncé ?
    Il doit savoir...
    Maître de la littérature populaire et précurseur du roman noir, Francis Carco a écrit, avec L'Homme traqué, couronné par le grand prix de l'Académie française, un de ses plus beaux récits. Peinture à la fois réaliste et pittoresque du Paris des années vingt, il met en scène, dans une langue forte et riche, les destins croisés de deux personnages liés par le remords et la peur.
    « Une lumière hallucinante baigne ces pages, submerge toutes choses : décors et personnages. Cela fait songer moins à Dostoïevski qu'à Hoffmann et, même, à Caligari. Le chef-d'oeuvre de Carco. » André Négis.

  • Le rideau rouge

    André Roussin

    Auteur, comédien et metteur en scène de la plupart de ses pièces, André Roussin a eu pour interprètes beaucoup des plus grands acteurs de notre époque. De son travail avec eux il a toujours cherché à apprendre quelque chose et il se rappelle ici les leçons, qu'à travers ses grands serviteurs, le Théâtre apporte aux auteurs. Elvire Popesco, Pierre Fresnay, Gaby Morlay, Suzanne Flon, François Périer, Sophie Desmarets, Pierre Dux ne sont pas les seuls à avoir joué les comédies d'André Roussin, mais c'est avec eux qu'il nous dit avoir reçu ces leçons et il nous les rapporte.
    Nous découvrons dans ces souvenirs de professionnel quelques mystères du Théâtre. Nous suivons aussi les réflexions de l'auteur sur de nombreux aspects de cet art fascinant qu'est l'art dramatique, sur de grands classiques et sur maintes surprises de la vie théâtrale. Un livre qui passionnera tous les amateurs de Théâtre et les admirateurs des grands comédiens cités plus haut.

  • C'est à Marie Dormoy, que Léautaud a confié la publication de son Journal Littéraire. Grande preuve d'estime, de confiance et aussi d'amitié. Les lettres publiées ici sont extraites de la correspondance qu'il lui a adressée de l'année 1922, à l'occasion d'un article publié par elle dans le Mercure de France, à l'année 1956, la dernière lettre ayant été écrite le matin même de sa mort.
    C'est par Marie Dormoy que Léautaud est entré dans un monde qui, jusqu'alors, lui avait été totalement inconnu : les familles régulièrement constituées, les structures normalement établies, ce qui lui a causé de grandes surprises. Cette correspondance est donc, en quelque sorte, un complément au Journal. Léautaud s'y exprime à coeur ouvert, sur le meilleur et sur le pire, cela dans la proportion du cheval et de l'alouette, celle-ci figurant, bien entendu, le meilleur, celui-là le pire.
    Ce meilleur et ce pire ne sont toutefois pas absolument ceux du Journal. Ecrivant à une femme pour laquelle il avait, quoi qu'il en ait dit, quoi qu'il lui ait fait, une sincère affection, il y a, dans ces lettres, un ton, une « étoffe » aurait dit Valéry, qu'on ne retrouve dans aucune autre de ses oeuvres.

  • Voici le roman vrai d'une enfance « retrouvée » dans toute sa grâce et dans toute sa fraîcheur : l'enfance de G.-E. Clancier lui-même, au lendemain de la Première Guerre mondiale.
    Une enfance limousine que le petit personnage va vivre partagé entre deux mondes, celui des ouvriers - ses grands-parents, qui furent les héros du Pain noir - et celui plus bourgeois, de ses parents.
    Dans ce beau livre, l'imagination est fidèle au souvenir, et celui-ci surgit avec l'intensité même du présent. Humour et tendresse imprègnent cette peinture d'une époque, d'une famille, où pour l'enfant double tout est motif d'étonnement, tantôt douloureux, tantôt émerveillé.
    Les innombrables lecteurs qui ont aimé Le Pain noir, voudront faire connaissance avec L'Enfant Double et découvrir en sa compagnie ceux et celles qui servirent de modèles aux personnages de Cathie, d'Aurélien, de Francet et de leurs amis.

  • Pascin prononcer Passkine, citoyen du monde et juif errant, aristocrate de la bohème et Américain du Danube, Pascin le dandy des trois monts (Vénus, Montparnasse et Montmartre, enfant prodigue et clochard, vivant son art à corps perdu, aimé de tous et pourtant peintre maudit, mérite d'être mieux connu.
    Né en Bulgarie le 31 mars 1885, il est mort à Paris le 2 juin 1930. Révolté par l'autorité paternelle, des l'âge de seize ans, sûr de son talent, il s'exilait, d'abord en Allemagne, puis a Paris où il débarquait, déjà célèbre pour ses dessins au Simplicissimus, un soir de Noël 1905.
    Fervent admirateur de Toulouse-Lautrec, il se voulait et il se voulut toute sa vie grand calife des Mille et Une Nuits qui avaient hanté sa jeunesse et caïd des bordels et de la bohème. Pour fuir la guerre de 1914, il partit en Amérique et ne revint a Paris qu'en 1920, citoyen américain et marié à son amie l'artiste Hermine David. Mais il n'avait cesse d'être amoureux de Lucy Vidil qui entre-temps avait épousé le peintre norvégien Per Krogh dont elle avait un fils. Leurs retrouvailles furent un coup de foudre réciproque. Pour eux, les années folles furent l'histoire d'un amour fou, d'une passion à laquelle ils se brûlèrent merveilleusement et tragiquement.
    À Paris comme à Tokyo, Pascin connut la gloire de son vivant ; son oeuvre est éparpillée dans tous les grands musées du monde. Couvert de femmes mais n'en aimant qu'une, il mit fin à ses jours, entraînant avec lui la fin d'une époque qu'il avait incarnée plus que quiconque.

  • La dernière passion

    Massin

    Au début de l'année 1609, dans la grande galerie du Louvre et pendant les répétitions du Ballet des Nymphes de Diane que veut donner la reine pour le jour de mardi gras, Henri IV se trouve soudain en face d'une jeune fille à demi nue sous des voiles diaphanes, et qui tient à la main une flèche dorée. Il tombe foudroyé d'amour.
    La jeune Charlotte de Montmorency, qui passe pour la beauté la plus éclatante de la cour, n'a pas quinze ans. Henri va en avoir cinquante-sept ans. C'est le début de la dernière passion amoureuse qui va enflammer le coeur du roi et le conduire aux pires extravagances : mariage arrangé, déguisements burlesques, tentative d'enlèvement lorsque Condé, l'époux complaisant, emmène Charlotte aux Pays-Bas, se réfugiant ainsi chez les Espagnols...
    Henri IV, qui ne cherchait qu'un prétexte pour mettre en oeuvre son grand projet de fédération de l'Europe - lequel suppose le démantèlement de l'Empire des Habsbourg - lève une armée énorme, fixant au 16 mai 1610 son entrée en campagne. Mais le 14, le poignard de Ravaillac va tout arrêter.
    Massin, qui a déjà publié deux étonnants romans historiques, Le Branle des voleurs et Les Compagnons de la marjolaine, s'en tient à son époque de prédilection : le tournant entre le XVIe et le XVIIe siècle. La Dernière Passion, fondé sur une documentation sans faille, entraîne le lecteur dans de passionnantes péripéties où la raison d'État se mêle à l'amour, où le rocambolesque côtoie l'émotion vraie.

  • Selon Andy Warhol, l'individu moderne est en droit de réclamer son quart d'heure de célébrité. Formulait-il une des lois fondamentales à toute humanité ? Certainement, si l'on en croit le thème de la royauté temporaire. Cultures anciennes, contes, oeuvres théâtrales, reprennent, sur des registres différents, le motif du roi d'un jour, cet homme de modeste condition transporté endormi au palais pour y exercer durant une journée le pouvoir et rendu ensuite à sa condition d'origine. Le pauvre hère croit à un rêve qu'il s'en va raconter. Dans des contextes différents, les uns dramatiques - les rites annuels de sacrifices d'un substitut royal dans certaines sociétés -, les autres burlesques - l'inversion carnavalesque, le roi de la fève, etc. -, c'est toujours au même miroir que l'homme se reflète : être autre, rêver, ne serait-ce qu'un moment, que l'on est beau, riche et puissant.
    Constatant qu'à partir du XVIe siècle, le théâtre européen met très souvent en scène le thème de la royauté temporaire, Anne-Marie Le Bourg-Oulé, maître de conférences en littérature comparée à l'université de Toulouse-Le Mirail, pour en comprendre les raisons, lui restitue toute sa richesse symbolique et montre qu'il met en jeu l'essence même du théâtre comme représentation du désir humain et du monde.

  • En 18 tableaux où se mêlent humour et rigueur scientifique approximative, Benoît Jacques démontre (par l'absurde) au lecteur encore sceptique que la terre est bien ronde.

  • Éditeur de Malcolm Lowry, Witold Gombrowicz, Leonardo Sciascia, Georges Perec, et tant d'autres, fondateur des Lettres Nouvelles et de La Quinzaine littéraire, critique et écrivain, Maurice Nadeau est un des acteurs essentiels de la vie artistique et littéraire de ce siècle, dont il est aussi le témoin privilégié.
    Il revisite dans ces mémoires un itinéraire hors du commun, fait de rencontres et de sa passion, déterminante, pour « l'écrit » auquel il voue depuis l'enfance un respect qui lui interdit tout compromis. Redouté parmi les jurys et les cercles littéraires pour sa franchise, Nadeau défend la littérature, la vraie, mais aussi ses plus fervents acteurs. D'Adrienne Monnier, dont il fréquentait assidument la librairie lorsqu'il avait vingt ans, à son ami Henry Miller en passant par les surréalistes André Breton et Benjamin Péret, ou encore Raymond Queneau, avec lequel il revendique une ressemblance physique et spirituelle aussi troublante que drôle, ces chroniques racontent, avec ironie et tendresse, le fabuleux parcours d'un passeur de génie qui déclare, en toute modestie : « Henri Michaux, qui m'avez, un jour, étrillé, Witold, qui m'avez si cordialement haï, je vous remercie. Pour vous, j'ai existé. Même si ce n'était que par vous. »

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