Les Presses de l'Université Laval (PUL)

  • En 45 ans de carrière, et dans un champ élargi, Paul Bussières aura concouru, tant par ses réalisations que par son enseignement, à la qualité de l'expression théâtrale. Il en connaissait les différentes composantes pour y être intervenu à la fois comme comédien que comme designer de théâtre, métier qu'il a fini par exercer à l'exclusion de celui d'acteur. Son atelier et ses cartons, qui abondent en maquettes d'environnements scéniques et de costumes, ébauches principalement mises en oeuvre dans les théâtres de Québec, font foi d'un accomplissement digne de mémoire. Créateur en 1967 du Département de scénographie du Conservatoire d'art dramatique de Québec, Paul Bussières, qui décédait dans cette ville en 2008, laisse en outre une importante descendance artistique.

  • « In the Land on the Free and the Home of the Brave »: la phrase ferme chacun des couplets de l'hymne national américaine The Star-Spangled Banner, composé en 1814 par Francis Scott Key (1779-1843), avocat et poète amateur de race blanche. Cri du coeur patriotique, elle magnifie aussi on ne peut mieux le « rêve américain ». Celui-ci est-il accessible à toutes les personnes qui peuplent le territoire? En principe, oui, depuis les amendements apportés en ce sens à la Constitution de 1787. De facto, la route est infiniment plus facile si l'on a eu l'immense chance d'appartenir par la naissance à la « bonne » race, celle de Francis Scott Key. La divergence entre le principe démocratique d'égalité et ce qui se donne à voir dans la pratique a inspiré notre sous-titre : le paradoxe racial.
    Dans une perspective sociologique et non pas d'abord littéraire, ce livre examine l'oeuvre romanesque courageusement bâtie par les écrivains africains américains, des hommes et des femmes, depuis la seconde moitié du XIXe siècle jusqu'à nos jours. Avec leur plume, ces ouvriers de l'imaginaire s'attaquent d'entrée de jeu à l'arbitraire de la stigmatisation raciale, font tout pour réduire les effets du paradoxe ci-dessus et aider leur minorité à pouvoir légitimement participer au « rêve américain ». Ils aspirent en même temps à se gagner une place au sein de la littérature universelle afin d'y être reconnus et respectés comme des artistes de haut niveau, s'exprimant à partir de leur situation particulière de Noirs américains.
    Une profonde leçon d'humanité se dégage de cette trajectoire intellectuelle hors du commun, remarquablement illustrée entre autres par la grande figure de Toni Morrison, fière récipiendaire du prix Nobel de littérature pour l'année 1993.

  • La relation de Biard donne à voir une image humoristique du Brésil. Il réussit à capturer des éléments très particuliers de la société brésilienne, que d'autres voyageurs n'ont pas remarqués. Connu alors comme l' « ennemi du Brésil », Biard donne malgré tout une image des Brésiliens qui est loin d'être tout simplement négative. Sa vision humoristique et parfois exagérée n'est rien à côté de l'image du Brésil diffusée par d'autres voyageurs européens, comme l'Allemand Hans Staden, qui a décrit le pays comme territoire habité par des hommes nus, féroces et anthropophages. Plus récemment, des films hollywoodiens comme Turistas (2006), où de jeunes touristes américains subissent toutes sortes de cruautés dans les mains des bandits brésiliens, ou encore Anaconda (1997), où une équipe de la revue National Geographic est aux prises avec un serpent sucuri à taille gigantesque en pleine forêt Amazonie, continuent de diffuser un certain stéréotype du Brésil et des Brésiliens, en montrant que les représentations de ces anciennes relations de voyage laissèrent des marques importantes dans les imaginaires brésilien, européen et nord-américain. Malgré cela, la relation de voyage de Biard demeure originale pour son époque. En représentant une certaine réalité exotique où le mode de l'humour prédomine, il avoulu non seulement « amuser le lecteur français », si ses propres mots sont vrais, mais aussi offrir une représentation réaliste du pays et des ses habitants, où la critique divertissante donne au récit une certaine légèreté.

  • Gilbert Durand est connu dans le monde entier pour ses travaux sur l'imaginaire. Des milliers d'images et de symboles façonnent nos manières de vivre, de penser et de rêver. Dans ses ouvrages, Gilbert Durand montre comment les images et les symboles s'assemblent à certaines époques et influencent alors les hommes et leurs oeuvres.??Dans ce livre, nous proposons une lecture des travaux de recherche durandiens sur l'imaginaire. Nous insisterons, notamment, sur l'origine de la formation des images. Pour nombre d'anthropologues, de littéraires, de sociologues, de spécialistes des religions et de l'esprit humain, les structures de l'imaginaire décrites par Gilbert Durand apparaissent comme un modèle d'une extraordinaire richesse pour comprendre les individus et les sociétés.

  • Si plusieurs spécialistes de la littérature ont défini le rôle de l'intrigue dans le fonctionnement des récits, on ne s'était pas encore intéressé à comprendre la diversité des intrigues, la richesse de leurs occurrences dans la culture et ce que les récits en disent eux-mêmes lorsque, par exemple, des personnages de roman s'interrogent sur les motifs des intrigants. Ce livre propose pareille aventure en remontant à la source de la notion d'intrique (intricare, intrigo) et en découvrant comment le goût pour les intrigues s'instaure travers l'histoire de la narrativité et ouvre-t-il un espace de jeu entre la communauté et l'autorité qui la fonde, entre le pouvoir temporel et l'autorité divine ? C'est dans le passage de la figure médiévale du diable aux mentalités de la conspiration que se déploie, dans un premier mouvement, le sens de l'intrigue. Mais c'est aussi à travers ses sources ludiques - l'émergence d'un rire burlesque, le façonnement de l'individu moderne, la liberté de l'intrigant -, ses paradoxes et ses apories que la narrativité se transforme à la faveur des intrigues. Des procédures de l'Inquisition médiévale aux réflexions historiographiques sur le temps, en passant par Aristote, la courtisanerie, De Foe, Dostoïevski, Stevenson, Sabato, Tex Aveny, Antonioni et Hitchcock, le sens de l'intrigue découvre son jeu.?

  • Michaël La Chance nous convie, dans son essai, à un vertigineux voyage à travers les niveaux de réalité. Il explore, avec rigueur mais aussi animé par une flamme visionnaire, l'interstice entre la mécanique quantique et la poésie. Loin de superposer les notions scientifiques et esthétiques, il découvre l'infinité du sens de l'information, radicalement nouvelle, circulant dans cet espace de l'entre-deux. Michaël La Chance interroge le langage dans son adhérence à la réalité et au réel. Son essai a la densité dramatique d'une pièce de théâtre où se croisent Borges et Heisenberg, Mallarmé et Giordano Bruno, Roberto Juarroz et Niels Bohr, Fernando Pessoa et David Bohm, Ezra Pound et Stephen Hawking. Au fond, Michaël La Chance nous convie au spectacle inouï de la beauté poétique du monde. Il illustre ainsi d'une manière brillante la vérité axiomatique énoncée par Heisenberg : « toute philosophie authentique se tient [...] au seuil entre la science et la poésie ». J'ai rarement lu une méditation si profonde sur le lien entre science et poésie.

  • Dès les années 1930 des infirmières et quelques infirmiers ont offert des soins de santé et contribuer à bâtir les fondations d'un système de santé dans les communautés autochtones disséminées sur les côtes de l'Hudson, de l'Ungava et de la Baie James. Plusieurs de leurs collègues faisaient de même dans les communautés autochtones du sud du Québec. A ce jour leur histoire n'aura été que très peu racontée.

    Dans ce récit autobiographique, l'auteur raconte les débuts de sa carrière d'infirmier, en 1975, alors qu'il s'est retrouvé en région éloignée à la toute fin de ses études en soins infirmiers. Isolé et inexpérimenté, il dût faire appel à son audace et à sa détermination pour exercer son métier dans un environnement tout à la fois hostile et grandiose. Si cette expérience fut parfois difficile, elle fut surtout riche en humanité auprès de ces gens appartenant à ce que nous nommons aujourd'hui les Peuples premiers, enrichissante au point de vue personnel et, à bien des égards, palpitante au point de vue professionnel.

    L'auteur a trempé sa plume dans l'encre de la nordicité pour raconter son attachement inconditionnel pour les Atikamekws, les Cris et les Inuits et tracer un portrait réaliste de ce que fut le travail d'un « infirmier en dispensaire » ... au temps des radiotéléphones.

  • Quelle place occupe aujourd'hui Jean Le Moyne (1913-1996), cet intellectuel canadien-français que l'on associe souvent à La Relève et au poète Saint-Denys Garneau ? Depuis les années 1960, sa renommée a tellement faibli qu'on peut dire aujourd'hui qu'il est un essayiste « en voie de disparition ». Cet essai offre une nouvelle lecture de son oeuvre sous l'angle de l'histoire intellectuelle. Le Moyne a développé, entre 150 et 1960, une conception spirituelle de l'homme et de la société que l'on pourrait considérer comme progressiste. Or, les changements sociaux qui ont lieu durant cette époque désamorcent son discours. Cet essai fait comprendre la trajectoire d'un intellectuel qui a cherché à faire une transition entre le monde ancien et le nouveau. Dans ses écrits, Le Moyne propose de nouveaux codes esthétiques et sociaux, il s'en fait même le modèle, sans pour autant réussir à les propager. Ce parcours est bien celui d'un « mauvais contemporain », comme il aimait se désigner lui-même.

  • L'Ours :Princesse ! Quel bonheur! Quel malheur, c'est vous... vous! Que faites-vous ici?

    La princesse : Je vous ai poursuivi pendant trois jours. J'ai perdu votre trace quand la tempête s'est déclenchée. Ensuite, j'ai rencontré un chasseur et je suis devenue son apprenti.

    L'Ours : Vous m'avez poursuivi pendant trois jours!

    La princesse : Oui. Pour vous dire que vous m'êtes indifférent. Sachez que vous ne représentez, pour moi, rien de plus que la grand-mère de quelqu'un d'autre. Je n'ai aucune envie de vous embrasser et je ne suis jamais tombée amoureuse de vous. Adieu! (Elle part et revient.) Vous m'avez tellement blessée qu'il faut que je me venge. Je vous prouverai que vous m'êtes indifférent. Je mourrai, mais je le prouverai! (Elle part.)



    Un miracle ordinaire d'Evgueni Schwartz (1896-1958) est l'une de ses pièces les plus aimées et les plus jouées en Russie. Les nombreuses mises en scène de cette oeuvre reflètent des compréhensions fort différentes de la nature de son rire ; elles se situent entre les pôles de la haute satire et de l'ambivalence carnavalesque. Tout comme les autres fantasmagories réalistes du théâtre héroïco-lyrique de Schwartz, Un miracle ordinaire unit les lois artistiques du conte merveilleux et l'esthétique de la comédie sociale. Cependant, dans cette pièce - l'une des dernières créations d'Evgueni Schwartz, parachevée et mise en scène à Moscou et à Leningrad pour la première fois en 1956 -, le caractère éthico-philosophique des problèmes essentiels est plus explicite que dans ses textes écrits pour la scène auparavant. Le " miracle " dans l'univers que cette comédie de fées respirant l'optimisme tragique sous-entend est " ordinaire ", non seulement parce qu'on ne pourrait pas définir autrement la nature de ce qui s'y produit - il n'y a pas d'autre nom, c'est tout simplement un miracle, ni plus ni moins -, mais aussi parce que les miracles, tout en restant, par définition, extraordinaires (inexistants ?), sont omniprésents et indispensables : il serait irréaliste de s'en passer. Le lecteur de Schwartz est invité à chercher la stabilité dans les métamorphoses, ou encore dans leur absence : dans la fidélité inconditionnelle - peut-être impossible - à son choix dialogique, fidélité désespérée à soi-même. Il est censé croire à la réalité non assujettie aux normes du quotidien et savoir que c'est seulement le prodige qui offre le salut. Libre d'illusions, ce lecteur est également tenu de se rendre compte que, dans son - dans notre - monde désespérément privé de l'harmonie prédéterminée, c'est uniquement le miracle qui garantit le bonheur impossible à ceux qui s'aiment.

  • Dédié à la mémoire de notre ami, collègue et mentor David Trott, ce volume s'est voulu une illustration de sa conviction la plus profonde : qu'à condition d'en concevoir l'étude autrement, le théâtre français du XVIIIe siècle restait, en grande partie, un domaine à redécouvrir.

    Aussi les dix-neufs articles que l'on va lire apparaissent-ils, dans leur grande diversité, comme autant de preuves de la vitalité des recherches actuelles sur ce théâtre dans sa richesse multiforme. Au plus près des textes, de la pratique théâtrale du temps et des divers courants de la pensée des Lumières, ces articles font écho à des intuitions, vérifient des hypothèses ou reprennent le flambeau là où David fut forcé de le laisser.

    /> Qu'il s'agisse du bon usage de l'informatique dans les études théâtrales ou de la revalorisation de formes longtemps sous-estimées - parades, parodies ou théâtre de foire -, domaines dans lesquels David Trott fit réellement figure de pionnier, ce volume illustre abondamment l'utilité des efforts qui s'emploient désormais à rendre au théâtre des Lumières, et à son incomparable foisonnement, toute la place qu'il occupa, dans le goût, la pensée et la vie du public du XVIIIe siècle.

  • Antiquisant de réputation internationale, Jackie Pigeaud est aussi un grand historien de nos traditions culturelles ; en particulier de la pensée médicale, dont en maintes occasions - notamment dans L'art et le vivant, publié en 1995 aux Éditions Gallimard - il a montré quels rapports elle entretient avec la théorie et la pratique artistiques. À cet égard comme à d'autres, les nombreux travaux qu'il a menés à l'Université de Nantes et à l'Institut universitaire de France ont ouvert des champs nouveaux à la connaissance humaniste. Qu'ils traitent de Galien ou de Winckelmann, du bouclier d'Achille ou de la psychiatrie naissante, de la maladie de l'âme ou de la poésie du corps, ils soulignent tous la « modernité de l'Antique ».

    La pensée, qui selon la formule ancienne consiste à « faire surgir des apparitions », s'exerce chez Jackie Pigeaud dans les domaines les plus variés, avec une érudition rêveuse qui donne son unité profonde à leur apparente discontinuité. À l'originalité et surtout à la fécondité de cette approche, quelques amis, collègues et disciples ont voulu rendre hommage dans un ouvrage collectif, qui mérite pleinement de s'intituler Une traversée des savoirs.

  • L'imaginaire du corps est sans bornes, mais chaque culture lui impose des limites qui la caractérise et donnent lieu à des représentations verbales et visuelles. Le présent ouvrage explore les images et les usages du corps tel que décrits et illustrés dans les fictions romanesques de l'Ancien Régime à travers l'Europe et la France, sans négliger les arts, les croyances et les connaissances qui en affectent les représentations narrées et gravées.

    Trois grandes catégories se dégagent de la topique du corps romanesque et constituent les trois principales parties de l'ouvrage. La première partie, Corps souffrant, étudie la vulnérabilité du corps qui, voué à la douleur et à la mort, appelle des soins voire une rédemption. La seconde partie, Corps éloquent, étudie l'expressivité du corps dont l'apparence peut révéler l'identité, la sensibilité, le caractère et dont les gestes exemplaires suscitent l'admiration. La troisième partie, Corps surprenant, s'intéresse aux mystères du corps tantôt volatile, tantôt opaque, souvent équivoque et généralement irréductible et insaisissable. Chacune de ces catégories topiques est développée par dix articles offrant des aperçus historiques, ainsi que des enquêtes plus ponctuelles sur des auteurs ou des oeuvres en particulier. On verra ainsi les représentations topiques des anciens et des auteurs du Moyen Âge se modifier au cours des siècles de la Renaissance à la Révolution et même un peu au-delà.

    Pour clore ce triple parcours éclairant le corps des personnages qui peuplent récits et romans, une quatrième partie, Corps métaphore, met en jeu le roman lui-même. Cin études montrent que la poétique et la rhétorique évoquent bien souvent le corps afin qu'il figure par mtaphore la vie et les formes de la création littéraire et de l'écriture romanesque. Puis, placé entre les mains d'un corps qui s'adonne à la lecture, le roman en tant que livre devient enfin lui-même l'objet d'une image topique largement diffusée en peinture, mais habilement subvertie par les illustrateurs de romans...

  • À l'Université de Waterloo, en 2005, un peu plus de 10 ans après la première rencontre sur les femmes écrivains de l'Ancien Régime sous l'égide du groupe MARGOT, était organisé le collogue « Dix ans de recherche sur les femmes écrivains de l'Ancien Régime : influences et confluences » sous la présidence d'honneur de Hannah Fournier. C'est à la fois afin de rendre hommage à notre collègue, co-fondatrice du groupe MARGOT et pionnière des études sur les femmes, et de souligner le dynamisme et la diversité des études sur les femmes écrivains de l'Ancien Régime que nous avons décidé de regrouper, au sein du présent recueil, seize articles témoignant de la vitalité d'un champ de recherche si longtemps oublié. Du Moyen Âge au Siècle des Lumières, études d'oeuvres de femmes écrivains, réflexions théoriques et analyses des conditions de production se succèdent afin de mieux explorer les « circonvolutions » du passé des femmes écrivains de l'Ancien Régime.

  • Des traditions populaires de tous les pays rapportent des histoires étranges de maisons hantées. Curieusement, les croyances liées à ces phénomènes demeurent stables et, depuis longtemps, les esprits des défunts sont désignés comme les seuls responsables de ces singulières manifestations. La quantité de témoignages recueillis jusqu'à ce jour porte à croire qu'elles ne peuvent être le simple fruit de l'imagination. Les hantises touchent en majorité des résidences privées et il est question de flaques d'eau, d'incendie, de problèmes électriques, de musique, de vêtements ou de rideaux déchirés ainsi que de phénomènes lumineux ou de déplacements d'objets, SANS OUBLIER LES BRUITS INQUIETANTS: coups retentissants, tapotements, grattements. Qu'en est-il vraiment?

  • En explorant la représentation de l'Asie dans le contexte de la culture et de la littérature québécoises, cet ouvrage collectif met l'accent sur une différence identitaire en proie à des remaniements soudains. Si, d'un côté, l'Orient apparaît comme une énigme spirituelle et même une forme de jouissance inextinguible, de l'autre côté, l'altérité négative qu'on lui attribue côtoie les expressions à la fois aventureuses et stigmatisantes de l'ancien discours civilisateur. Or, l'Orient ne peut être la mise à jour d'un contentement, un récit de soi qui favorise un ressourcement factice. Au contraire des faux miroirs de l'exotisme, il pose constamment la question du dilemme séculaire entre le rejet et l'idéalisation de l'autre.

  • A l'aube de sa dernière année d'études secondaires, Rose raconte tout ce qu'elle a enduré, dans le plus grand des silences. On se retrouve dans sa tête, on voit ce qu'elle a vu et on vit ce qu'elle a vécu dès son entrée au secondaire.

    Qu'est-ce que l'intimidation? Pourquoi tant de jeunes cherchent-ils à intimider leurs camarades? Jusqu'où l'intimidation peut-elle mener lorsqu'on est seul contre tous?

  • L'origine des lettres québécoises remonte au XVIIIe siècle. C'est ce que révèle ce travail archéologique sur un patrimoine littéraire longtemps négligé par les historiens : les représentations du Canadien par des Européens dans les dernières décennies de la Nouvelle-France, mais aussi les premiers textes conçus et diffusés par les Canadiens eux-mêmes dans la nouvelle Province de Québec puis au Bas-Canada.
    La figure du fier et indiscipliné Canadien parfois assimilé au « Sauvage » traverse en Nouvelle-France les écrits de Lahontan, de Lafitau, de Charlevoix et de Mgr de Saint-Vallier. Elle hante aussi les récits de Beauchêne, de Lesage et de Voltaire, comme les témoignages de Kalm, de Montcalm, de Bougainville et de madame Bégon. Mais cette dernière est canadienne et c'est de l'intérieur qu'elle livre alors son point de vue sur ses compatriotes.
    Au lendemain de la Conquête anglaise, les lettrés canadiens prennent eux-mêmes la plume pour défendre leurs intérêts et résister à l'assimilation. L'imprimerie et les premières gazettes leur fournissent de nouvelles armes dont ils tirent parti en s'initiant aux « Belles lettres » et à la politique. Chansons, récits, poèmes, mémoires et polémiques, mais aussi productions théâtrales animent le paysage culturel, alors que grondent les révolutions américaine et française. Les plus hardis connaissent la prison. Dans cette première génération d'écrivains se côtoient des Canadiens de naissance comme Saint-Luc de La Corne, Mézières, Bailly de Messein et Plessis, mais aussi des Français installés à demeure, comme Mesplet, Jautard, De Sales Laterrière et Du Calvet.
    Egalement romancier, Bernard Andrès choisit ici de nous raconter leur histoire et leurs histoires. Il offre, dans cet essai qui constitue l'aboutissement de vingt années de recherches, une synthèse de ses travaux, en concluant sur le passage de la génération de la Conquête à celle des Patriotes.

  • Je n'ai jamais lu un essai qui pose de façon aussi convaincante les rapports entre la forme romanesque et la pensée nietzschéenne et, plus largement, avec l'esprit nihiliste. Il s'agit d'une réflexion contemporaine sur le nihilisme et le désespoir et il y a une invitation dans ce texte à conserver la lucidité nietzschéenne moderne afin de dire oui à la vie et à la création et à ne pas sombrer dans le désespoir stérile. Je pense qu'il y a là un travail essentiel et nécessaire à l'heure actuelle. De plus, la langue et le " je " du livre rendent celui-ci accessible. Il y a ici un véritable essai où l'auteure inscrit une subjectivité forte qui permet au lecteur de la suivre et de ne jamais se perdre. C'est un vrai bonheur de lecture qui nous est donné.

  • François-Xavier Garneau (1809-1866) s'est démarqué comme « historien national » du Canada français. Sait-on bien, toutefois, que la poésie fut à la source de sa vocation d'historien? Qu'il fut le premier poète romantique du Bas-Canada? Que son grand oeuvre, l'Histoire du Canada depuis sa découverte jusqu'à nos jours (1845), est l'incarnation de son rêve poétique? Notre ouvrage restitue dans son intégrité la plus complète à ce jour cette rêverie romantique, dont, « Le dernier Huron » et « Le vieux Chêne » élucident la portée. Né au moment où éclatait une crise latente depuis un demi-siècle, Garneau a grandi au milieu de tensions politiques aiguës. Il a débuté son parcours de poète au moment où un mouvement de libération des peuples embrasait l'Europe (1830). Adulte, il a vécu une période critique, marquée par deux évènements majeurs : la Rébellion des Patriotes (1837-1839) et l'Union des Canadas (1840). Venu à l'écriture dans l'enthousiasme de ses 20 ans. Ce jeune homme doté d'un idéal intellectuel peu commun a voulu renverser de sa plume le sort imposé aux siens. La poésie a transformé son destin. Il a changé le nôtre.

  • Joseph-Sabin Raymond est l'auteur d'Entretiens sur l'éloquence et la littérature qu'il compose vers 1833 et qui, depuis lors, étaient restés inédits. Lecteur enthousiaste de Chateaubriand et des romantiques, il s'y livre à une critique fiévreuse de la raison et des Lumières, pour mieux exiger de la littérature qu'elle fasse entendre les accents puissants d'une parole pathétique. Cette édition permet au lecteur du XXIe siècle de découvrir un texte où, pour la première fois au Québec, la tradition rhétorique enseignée dans les collèges s'épanouit dans une réflexion sur les pouvoirs de la littérature. C'est pourquoi la découverte de ce manuscrit où se formule une véritable esthétique de l'exaltation offre un point de vue privilégié sur l'univers culturel des collèges classiques de jadis, dont Raymond aura été l'un des plus brillants représentants.

  • Ce classique de l'oeuvre de Jacques ferron, qui a fait de son auteur le patriarche des ferroniennes, a été ici augmenté de six textes écrits et publiés entre 1970 et 1996.

  • C'est bien connu: la jeune génération d'aujourd'hui est la première à avoir grandi sous l'oeil de l'appareil numérique avec autant d'intensité, mais aussi avec un appareil personnel dans les mains. D'ailleurs, il semble que rien n'échappe à l'oeil de ces appareils numériques manipulés par les jeunes: ni les relations sexuelles, ni les épisodes de défonces, pas plus que les bagarres ou les agressions... Or, avant de comprendre les risques liées aux usages de l'appareil numérique, il importe de saisir comment elle joue un rôle dans la vie des plus jeunes depuis déjà quelques années. À partir du discours de jeunes adultes au sujet de leur adolescence, cet ouvrage montre comment les usages de cet appareil s'inscrivent dans le contexte plus large d'une jeunesse hypermoderne aux prises avec des questionnements relativement traditionnels: comment s'autonomiser? comment rencontrer l'autre?

  • Le Voyage en Orient est un récit admirablement écrit. On peut croire qu'il sera le plus ancien et sans doute le meilleur des récits de voyage que nous a donnés la littérature d'ici, au XIXe siècle.

    Ce journal est signé de Pierre-Gustave Joly, un jeune homme d'affaires français arrivé au Canada en 1827. Devenu seigneur de Lotbinière par son mariage, il n'en était pas à son premier voyage lorsqu'en 1839, il partit pour les terres lointaines du Levant.

    Cette fois, c'est la grande aventure. Carnet à la main, il visitera la Grèce, aux prises avec une indépendance difficile à vivre. Il ira voir de près les problèmes d'un Empire ottoman en voie de se fracturer. Il testera sa foi de huguenot en parcourant la Terre sainte. Quoi de plus stimulant pour un esprit curieux ?

    Ajoutons à cela qu'il trouve une seconde motivation à son voyage : il vient d'entendre parler d'une intervention unique, qu'on n'appelle pas encore la photographie, mais qui en est le premier pas: le daguerréotype. Il s'y intéresse et part avec l'un des premiers équipements fournis par Deguerre. Certaines de ses «vues» seront publiées dès 1842, ce qui fera de lui un pionnier de la photographie et le premier dans l'histoire à avoir photographié le Parthénon d'Athènes.

    Tous les historiens de cet art le citent. À leurs yeux, il est un pionnier, mais on ne sait rien de lui. Ils ont peu à dire à son propos, si ce n'est qu'il a inspiré nombre d'illustrateurs de son époque, comme Hector Horeau ou le prolifique David Roberts. La publication du journal et des carnets de terrain que ce praticien de la photographie a laissés servira à combler ce silence.

  • Entre 1959 et 1960, onze lettres ont créé une onde de choc sans précédent dans la communauté politique québécoise. Un jeune frère enseignant, intelligent et cultivé, répond à l'éditorial d'un journaliste lucide et critique.

    Jean-Paul Desbiens réagit aux propos d'André Laurendeau, éditeur du journal Le Devoir. Nous sommes le 30 avril 1960. Laurendeau interroge les éducateurs francophones : « De quoi ont-ils peur et pourquoi? » demande-t-il. La réponse est assez simple, rétorque l'enseignant : « Nous avons peur de l'autorité. Nous vivons dans un climat magique où il s'agit, sous peine de mort, au moins, de n'enfreindre aucun tabou, de respecter toutes les formules, tous les formalismes,» Les propos du jeune frère ont résonné dans notre espace public. Mais ne devraient-ils pas résonner encore ? Les formalismes ont changé, mais peut-être en avons-nous créé de nouveaux ?

    Aujourd'hui, Le Devoir a cent ans et nous présentons les onze lettres écrites par le frère Untel. Elles furent le creuset des célèbres Insolences; elles sont l'occasion de découvrir ou de revisiter un des moments les plus importants de notre devenir national, celui de la Révolution tranquille. Ne seraient-elles pas aussi l'occasion d'évaluer cette révolution et ses conséquences ? C'était du moins l'avis du frère Untel en 2004.

    Dans cet ouvrage, en plus des lettres, vous retrouverez le texte inédit d'un entretien entre Jean -Paul Desbiens et Louis-André Richard.

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