Maison Des Sciences De L'homme

  • Depuis une dizaine d'années, un nombre considérable de Blancs pensent être les nouvelles victimes d'un « racisme anti-blanc », d'une « discrimination inversée », d'un « remplacement » et pour les plus extrémistes, d'un « génocide blanc ».Ces discours, propres aux sympathisants d'un nationalisme ethno-racial, ont motivé l'élection de Donald Trump à la présidence des EU et menacent d'entériner sa réélection en novembre 2020.Dans de très nombreux ouvrages, cette crispation communautariste blanche est souvent présentée comme une réaction politique à la mondialisation néolibérale et aux inégalités nouvelles qui en résultent, à l'immigration dite « massive » et surtout au développement d'une société multiculturelle en passe d'assurer un bouleversement démographique et culturel.Pourtant, ces discours sur le « déclin » même relatif des Blancs américains ne résiste pas à l'étude des données disponibles sur l'inégalité réelle et les positions de pouvoir entre Noirs, Hispaniques et Blancs.En réfléchissant à la construction historique d'une identité nationale ethno-raciale aux EU, Sylvie Laurent démonte le nouveau mythe du Blanc victime qui a déjà traversé l'Atlantique (Brexit, par exemple) et qui invisibilise des inégalités raciales pourtant toujours criantes.Elle dévoile avec brio que ce discours est en réalité l'ultime tour de passe-passe de la domination blanche aux États-Unis, qui s'approprie la posture de l'opprimé pour préserver un ordre social chahute´ par l'élection de Barack Obama et l'activisme des minorisés.

  • Depuis les années 1990, des associations, comme Allegro Fortissimo et plus récemment Gras politique, ainsi que des militantes et autrices comme Gabrielle Deydier, ont imposé un nouveau terme pour parler des discriminations liées au poids: la grossophobie. La tendance « body positive », résultat de ces mobilisations contre les normes esthétiques et pondérales dominantes, a renouvelé les problématiques propres aux mouvements féministes et queer, mettant à nouveau la question du corps au coeur des revendication des militantes dans le monde entier.Pourtant, les réseaux sociaux demeurent saturés d'« humour » grossophobe et la tyrannie de la minceur continue de sévir, générant mal-être, troubles du comportement alimentaire ou encore pratiques d'autocensure. Plus grave encore, les études chiffrées sur la grossophobie montrent qu'au-delà d'un certain poids les discriminations se systématisent. Elles ont lieu à l'embauche, au travail, mais aussi sur les applications de rencontre, dans les salles de sport, chez le médecin et même dans l'intimité, avec la famille.Avec cet ouvrage, Solenne Carof, signe une des premières études sociologiques sur la grossophobie en France. Que vivent les personnes très corpulentes dans une société comme la nôtre? Que révèle le stigmate de gros ou de grosse des normes qui pèsent différemment sur les hommes et sur les femmes? Quelles conséquences cette stigmatisation a-t-elle sur les personnes concernées? Au fil de son enquête, l'autrice dévoile les rapports de pouvoir qui se nichent dans la question du poids et structurent les hiérarchies propres à notre société.Une étude décisive pour mettre en évidence l'importance d'une discrimination encore peu condamnée, tant socialement que juridiquement.

  • Le 11 mars 2011 à 14h46, au large des côtes de l'île japonaise de Honshu, un séisme de magnitude 9,1 provoque un tsunami atteignant par endroit plus de 30 mètres de hauteur. À l'Est du Japon, 54 des 174 villes côtières sont englouties par la vague, ainsi que la centrale nucléaire de Fukushima Dai ichi... Trois des six réacteurs de la centrale fusionnent alors, entraînant un désastre nucléaire sans précédent. Plus de 160 000 personnes sont évacuées du département en quelques semaines et se sont trouvées sans logement.Cécile Asanuma-Brice, résidente permanente au Japon dans le cadre de ses recherches en sociologie urbaine au CNRS, était présente au moment des faits. Par la suite, la codirection d'un laboratoire de recherches sur les suites de la catastrophe de Fukushima lui a donné une place de choix pour suivre la gestion politique de ce désastre nucléaire.Dans cet ouvrage, elle analyse les différentes dimensions de la catastrophe, notamment au travers de témoignages qu'elle a recueilli en japonais auprès des résidents (réfugiés ou non), du directeur de la centrale nucléaire de Fukushima, Masao Yoshida, et du Premier ministre, Naoto Kan, tous deux en poste au moment des faits. Leurs récits dissonants interrogent les modalités de gestion de l'ignorance et du droit à savoir. Dans des circonstances qui mettent en jeu la vie de millions de personnes, qui régit l'accès à des informations de santé publique vitales? Qui peut décider de la non-évacuation d'une ville sinistrée ou du relogement des populations dans une ville radioactive?L'ouvrage est une mémoire vive, archives inédites d'un désastre, mais aussi, une analyse scientifique des politiques de relogement des réfugiés, des enjeux des mesures de radioactivité et du suivi psychologique des populations traumatisées.Autant de questionnements pour comprendre, ne pas laisser faire et surtout ne pas refaire.

  • En 2007, le monde du jeu vidéo est secoué par une violente polémique au sujet du jeu vidéo Resident Evil 5. Ce dernier est accusé de faire commerce du racisme, en invitant à se glisser dans la peau d'un américain blanc body-buildé, missionné dans une région africaine anonyme, et tuant des dizaines d'hommes et de femmes noires présentées comme de dangereux zombies infectés du virus T. Depuis, la communauté des joueurs et joueuses de jeux vidéo interpelle régulièrement les créateurset créatrices des jeux sur les questions du racisme et du sexisme.Dans son ouvrage, Mehdi Derfoufi analyse les rapports de force qui structurent l'industrie du jeu vidéo, dévoilant comment le racisme se niche parfois insidieusement au coeur de scénarios de jeux vidéo à succès. Il nous invite à nous questionner. Quels sont les pays qui pèsent sur les milliards d'eurosdu marché mondial du jeu vidéo? Qui sont les game designerset auteurs des jeux? Comment les représentations racistes sont-elles véhiculées à travers les personnages et les imaginaires vidéoludiques?L'auteur nous dévoile avec brio les logiques racialisantes à l'oeuvre au sein d'un marché économique très concurrentiel où des stéréotypes exotisants servent régulièrement à faire vendre un jeu. Il nous montre aussi comment la division internationale du travail et la hiérarchie économico-politique Nord/Sud pèse sur le marché du jeu vidéo et ralentit l'émergence de nouvelles représentations. Pourtant, de nombreux espoirs, notamment dans les pays du Sud participent au renouvellement de la culture geek: face aux violences racistes, la riposte s'organise.

  • Une guerre intestine divise la société à l'aube du règne de Louis XIV. Sous la régence d'Anne d'Autriche, des bourgeois ont investi massivement l'administration de l'État et la gestion des finances royales. Déjà en germe au xvie siècle, l'apparition de cette nouvelle classe de dirigeants suscite une hostilité marquée de la part de la noblesse mais aussi de la population qui souffre du poids croissant de l'impôt.C'est au coeur de ces années marquées par de vives tensions que naît sur l'île Saint-Louis un des plus beaux hôtels parisiens, l'hôtel de Lauzun, construit entre 1656 et 1660 par un financier dont le parcours de « parvenus » est emblématique. Charles Gruyn a fait carrière au service de la couronne et devient la cible de critiques acerbes, soulignant ses origines modestes et son enrichissement jugé frauduleux. Les jugements de ses contemporains marquent encore aujourd'hui son historiographie ainsi que celle de l'hôtel qu'il a fait construire sur les quais de la Seine.Il en va de même des propriétaires qui ont occupé l'hôtel après la famille Gruyn: le comte de Lauzun, favori déchu de Louis XIV, et le couple Richelieu-Mazarin, formé par les descendants des deux cardinaux-ministres, dont le destin fut marqué par des conflits familiaux qui menèrent à sa mise à l'écart de la cour.Au xviie siècle, l'histoire de l'hôtel de Lauzun est ainsi marquée par la présence de parias qui évoluent dans un cadre somptueux, l'architecture et le décor intérieur (réalisé par Michel Dorigny, élève de Simon Vouet) comptant parmi les plus belles créations de l'époque.L'hôtel se démarque-t-il des constructions de son temps? Quel rôle a joué le statut social du commanditaire et des propriétaires successifs dans sa conception et sa préservation? De quelle manière ont-ils occupé les lieux? L'histoire de l'art et l'histoire sociale, politique et financière sont mises à contribution pour apporter des éléments de réponse.

  • À l'heure où l'Amazonie connaît une crise majeure affectant la planète dans son ensemble, il est indispensable de (re)lire ce classique de l'anthropologie de la nature, qui a fait l'objet d'un nouveau travail éditorial et propose une préface inédite.Isolés dans la forêt du haut Amazone, les Jivaro Achuar d'Amazonie équatorienne domestiquent dans l'imaginaire un monde sauvage qu'ils ont peu transformé. En peuplant la jungle, les rivières et les jardins de parents animaux et végétaux qu'il faut séduire, contraindre ou cajoler, cette ethnie guerrière donne à la nature toutes les apparences de la société. À partir d'une ethnographie minutieuse de l'économie domestique, l'auteur montre que cette écologie symbolique n'est pas réductible à un reflet illusoire de la réalité, car elle influence les choix techniques des Achuar et, sans doute même, leur devenir historique.Philippe DESCOLA est anthropologue. Professeur au Collège de France où il occupe la chaire d'anthropologie de la nature et directeur d'études à l'EHESS, il a dirigé le Laboratoire d'anthropologie sociale de 2000 à 2013. Il est l'auteur de nombreux ouvrages. Médaille d'or du CNRS en 2012, Philippe Descola est membre de la British Academy et de l'American Academy of Arts and Sciences.

  • Les grèves d'août 1980 aux chantiers navals Lénine de Gdansk et la révolution pacifique qui en suivit furent essentiels dans la sortie du communisme en Europe centrale. Plus qu'un syndicat, Solidarnosc fut un « mouvement social total », selon les termes d'Alain Touraine et de Michel Wieviorka, car il croisa trois ordre d'action: syndical, démocratique et national, donnant lieu au premier syndicat libre et autonome en Pologne populaire. Quarante ans plus tard, au-delà des désillusions ainsi que des guerres mémorielles et politiques qui se jouèrent après 1989, le moment de cet éveil des consciences nationales et internationales continue à fasciner. Il interroge les formes de mobilisation et d'engagement dont sont capables les acteurs d'une société pour imaginer l'impossible et le faire advenir.À travers des événements choisis au tournant des années 1980 et leurs multiples représentations visuelles, Ania Szczepanska interroge l'idée même de solidarité en confrontant les traces de ce passé révolutionnaire. Elle éclaire tout autant ses mythes que ses figures invisibles, mises à l'écart du récit dominant. Spécialiste du cinéma polonais et des images d'archives, l'auteure pense la manière dont les images, qu'elles soient cinématographiques ou impures comme les images d'observation de la police ou les images dites amateurs, contribuent à nous faire connaître le passé, à le transmettre et à façonner les contours de nos imaginaires, par leur puissance mobilisatrice et leur richesse interprétative.

  • Quel est le rôle de la ville dans la lutte contre les discriminations? Les mouvements Black Live Matters ou les manifestations contre le harcèlement sexiste ont bien montré que la ville est un théâtre de représentations et d'actions discriminantes. Les villes, pour de nombreuses raisons politiques, civiques ou humaines, ont un rôle central à jouer dans cette promotion de l'égalité. A travers plusieurs contributions, ce livre se propose d'éclairer quatre grandes thématiques. Premièrement, celle des quartiers (dits) prioritaires et des inégalités subies par leurs habitant.e.s: quelle prise en compte de ces quartiers? Puis, dans un contexte post-confinement, quel accès à la santé pour ces territoires? Deuxièmement, celle de la prise en compte du racisme à l'échelle municipale à partir de deux « cas » municipaux. Troisièmement, celle des stigmatisations dans la ville: de quelles manières les municipalités peuvent-elles s'engager dans une ville vivable pour les minorités de genre et de sexualité, ou bien encore pour les personnes en situation de handicap psychique? Quatrièmement, celle de la précarité et du logement: comment faire glisser la question du sans-abrisme du côté de la discrimination? Pour conclure ce livre, des diagnostics seront posés, l'un en matière de prévention et de lutte contre les discriminations au logement au regard de villes « Airbnbisées », l'autre sous forme d'échanges entre élu.e.s en charge de la lutte contre les discriminations dans différentes villes: Bordeaux, Paris, et Lille. A la lecture de ces pages il s'avère qu'inoculer plus activement encore le principe de non-discrimination dans l'horizon des politiques municipales et métropolitaines doit devenir une priorité.

  • Sur quoi repose le succès d'un artiste en dehors de son pays d'origine? Les attentes d'un public étranger orientent-elles la réception d'une oeuvre, parfois au prix d'une déformation de son sens initial? Le transfert d'une production artistique d'un contexte culturel à un autre peut donner lieu à un « malentendu productif » conduisant les récepteurs à apprécier celle-ci à l'aune de leurs propres références nationales, a priori loin des intentions revendiquées par son auteur.Ce phénomène expliquerait-il le succès de Robert Delaunay en Allemagne avant la Première guerre mondiale? Le peintre orphiste y est l'un des artistes les plus célèbres, dans un contexte pourtant marqué par de fortes tensions nationales. Au cours de l'année 1913, avec l'aide du galeriste et directeur de revue Herwarth Walden, il expose et voyage à deux reprises à Berlin. Ses oeuvres y suscitent l'engouement particulier de trois artistes expressionnistes aux trajectoires très différentes, et dont les travaux semblent à première vue très éloignés de ceux du Français: les peintres Ludwig Meidner et Lyonel Feininger, et l'architecte Bruno Taut.Dans un premier temps, ce livre retrace en détail ce qui a été alors lu et vu de l'oeuvre de Delaunay dans la capitale allemande. Ensuite, à travers l'étude de la réception critique de Delaunay par trois figures majeures de la scène artistique berlinoise, il revient sur l'idée que le contexte culturel national entraverait la compréhension d'une oeuvre ou en influencerait systématiquement les interprétations. En dépassant ainsi les préjugés nationaux qui nourrissent les débats esthétiques au début du XXe siècle et continuent d'imprégner aujourd'hui encore l'histoire de l'art, Sophie Goetzmann nous révèle les liens inattendus qui unissent, par-delà les frontières, les avant-gardes désignées sous les termes d'orphisme et d'expressionnisme.

  • Dans nos sociétés « iconophages », l'attrait pour les archives audiovisuelles s'accroît, menaçant parfois l'intégrité des images qui façonnent notre mémoire et nos imaginaires du passé. Leur importance est cruciale et pourtant elles ne bénéficient pas d'un statut équivalent à celui des archives écrites; elles ne profitent pas non plus pleinement des protections accordées aux oeuvres d'art.Parallèlement, la révolution numérique modifie en profondeur les conditions d'accès, de circulation et de reproduction des images, posant de constants défis aux institutions chargées d'en assurer la conservation et la communication.Ainsi, les usages des images d'archives soulèvent des questions politiques et éthiques tandis que leurs coûts freinent l'expérimentation de formes plus innovantes d'écriture de l'histoire dans le cadre de dispositifs pédagogiques et scientifiques.Parce qu'elles sont entrelacées, ces questions nécessitent une réflexion de fond associant historiens, juristes, philosophes, conservateurs, cinéastes, producteurs... Le présent ouvrage se propose d'amorcer ce dialogue nécessaire en dépliant les questions liées à la conservation, à l'interprétation, à la circulation et aux usages des images d'archives.

  • L'euthanasie fait débat.Cela fait vingt ans que des législations françaises entretiennent l'espoir de partir dignement chez ceux que la maladie condamne.Plusieurs ont pourtant fui en Belgique ou en Suisse.D'autres ont eu moins de chance. Ils sont morts seuls, suicidés.Philippe Bataille raconte leur combat et celui de leurs proches.Avec une grande finesse, le sociologue prolonge les débats éthiques qui laissent sans recours les désespérés qui demandent à partir.La clandestinité ne recule pas, elle devient la règle.La loi ne met pas fin à toutes les injustices, elle les renouvelle.Privés de droits, des condamnés réclament.Qui les entend?

  • Par quelles opérations un édifice ou un objet se trouve-t-il intégré au corpus du patrimoine ."Quelles sont les étapes de la " chaîne patrimoniale ", depuis le premier regard jusqu'à l'éventuelle obtention du statut juridique de " monument historique " ? Quels sont les critères mis en oeuvre par les chercheurs de l'Inventaire pour décider que tel château, telle ferme, tel tableau d'église possède ou non une valeur patrimoniale ? Quelles émotions animent les mobilisations des profanes en faveur des biens à préserver ? Et finalement, sur quelles valeurs fondamentales repose la notion même de patrimoine ?.
    Telles sont les questions auxquelles répond ce livre, à partir d'enquêtes au plus près du terrain. Car c'est dans le détail des procédures, des propos enregistrés, des scènes et des gestes observés que l'on peut réellement comprendre comment - c'est-à-dire pourquoi les limites du patrimoine n'ont cessé, en une génération, de s'étendre, englobant désormais non seulement la " cathédrale " mais aussi la " petite cuillère" selon les mots d'André Chastel définissant le service de l'Inventaire , voire, tout récemment, la borne Michelin.
    Appliquant à la question patrimoniale les méthodes de la sociologie pragmatique, cette étude s'inscrit dans la perspective d'une sociologie des valeurs, tentant d'élucider ce qu'on entend aujourd'hui dans notre société par l'ancienneté, l'authenticité, la singularité ou la beauté - et qu'on en attend.

  • Depuis le miracle économique, la pauvreté n'a joué qu'un rôle marginal en Allemagne. Compte tenu de l'euphorie suscitée par le nouveau plein emploi, l'ampleur des inégalités sociales, la montée des bas salaires et la précarité grandissante n'ont pas été pris suffisamment en compte.Sous la surface d'une société apparemment stable, les piliers de l'intégration sociale s'effritent.Or, les enjeux des luttes sociales en France qui ont pris une ampleur historique à la fin de l'année 2019 ressemblent de manière troublante aux remaniements massifs engagés par l'Allemagne dans les années 1990. Et malgré toutes les différences, les mouvements de protestation tels que Podemos, « Pegida », les syndicats parisiens ou les gilets jaunes partagent une perception commune: les promesses sociales qui ont maintenu les sociétés européennes modernes ensemble jusqu'à la fin du xxe siècle ne sont plus valables. A mesure que les systèmes de protection sociale se réduisent, le danger de polarisation sociale augmente et le déclin social menace également la communauté démocratique en tant que telle.

  • La notion d'urbicide appartient au vocabulaire classique des chercheurs qui s'intéressent à toutes les formes de destruction urbaine, au point de nourrir désormais tout un pan des disaster studies. Mais le fait que plusieurs disciplines en revendiquent la paternité montre qu'il faut continuer à la discuter; c'est l'ambition de ce livre.Qu'est-ce que la mise à mort d'une ville? Si la guerre est une caractéristique sui generis de l'urbicide, elle ne saurait recouvrir entièrement la notion. L'urbicide est en effet emblématique du rapport affectif que les sociétés urbaines nouent autour de leur ville, quand les violences infligées à la ville, à son architecture, à sa population et à sa culture menacent l'urbanité au point de se muer en catastrophe urbaine. L'urbicide existe alors autant en temps de guerre qu'en temps de paix, autant dans les faits que dans les récits et les images. Ceux-ci expriment tout à la fois une perte et la nécessité de la réparer afin de construire une mémoire de la catastrophe.La renaissance urbaine coïncide toujours avec l'urbicide, qui met en lumière la résilience des sociétés et la vigueur des territoires mutilés. Toutes ces questions sont au coeur de ce livre collectif de près de trente auteurs issus de formations différentes (architecture et urbanisme, histoire et histoire de l'art, géographie, droit, sociologie) mais acquis à l'idée que les logiques de l'urbicide ne peuvent apparaître sans profondeur historique ni dialogue interdisciplinaire.

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